Leçons à tirer de la crise ou la solidarité illusoire au sein de l’Union européenne.
L’Irlande et l’Islande ont servi de laboratoires à la crise. Frappées toutes deux en 2008 aucune concession ne leur a été faite. La France, derrière le FMI et la BCE, a forcé l’Irlande a un emprunt énorme aujourd’hui remboursé par les contribuables irlandais. Les banques françaises protégeaient ainsi leurs investissements et, en plus, gagnaient 3% d’intérêts sur le dos des Irlandais puisqu’elles empruntaient à 3,5% à la BCE et prêtaient aux Irlandais à 6,5%. La menace de défaut de la Grèce a soudain calmé l’avidité des banques françaises qui ont revu leurs taux d’intérêts à la baisse. Si Nicolas Sarkozy ne faisait pas passer les intérêts des banques avant celui des pays, y compris le sien, les décisions qui s’imposaient auraient été prises à temps.
Ces deux peuples se sont servis des processus démocratiques pour éloigner les responsables de la crise tant au niveau politique que financier dans leur pays. Ils attendaient des nouvelles équipes en place qu’elles soient courageuses et équitables. Les plans d’austérité furent sévères mais ces deux pays ont retrouvé un taux de croissanceraisonnable. Si ce n’était pour l’instabilité des autres pays européens et l’avidité des spéculateurs qui jouissent toujours d’une immunité parfaite tant que le système ne sera pas régulé ces deux petits pays sont la preuve qu’il existe des solutions et que celles-ci passent par un courage politique qui se base sur une perspective à long terme qui fait cruellement défaut. Qu’attendent aujourd’hui les pays ciblés par les spéculateurs pour imiter ce qui a marché ? Les mesures « Merkozy » ne sont pas à la hauteur de ce qui est nécessaire et arrivent trop tard. Les décisions finalement prises cette semaine auraient du l’être au printemps 2010. Elles auraient évité à la France de perdre son triple A. L’indécision n’aura servie à rien et certainement pas à protéger leur système bancaire puisque Merkel et Sarkozy perdent tous deux toutes les élections dans leur pays respectifs.
Au fil des ans, gouvernements et législateurs ont répondu à des attentes catégorielles dans un système opaque. Cette approche a provoque d’incroyables inégalités. Pire encore les promesses non tenues éloignent un peu plus les peuples de la confiance qu’ils donnent aux politiques. Il ne suffit plus de tenir de bons discours le passage à l’acte se relève essentiel. L’Irlande avait perdu son âme à force de courir après le rêve vide et vain du bonheur matériel. Elle revient enfin à ses fondamentaux. Le candidat du Labour Michael D. Higgins gagnera certainement la présidentielle et continuera à apporter à la fonction la dignité que Mary Robinson puis Mary Mc Aleese lui ont donnée. Les élections qui se succèdent prouvent que les citoyens ont encore leur mot à dire et font le bon choix. Espérons qu’ils le feront massivement en 2012.
Photos AP
Et vous, que ferez-vous face aux frères Marché?
Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.
Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait.
Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.
Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 euros par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes.
Les jours suivants, il offrit 300 euros et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants.
Constatant qu’il n’en restait plus un seul ce jour-là, il fit savoir qu’il reviendrait en acheter à 500 euros l’unité dans huit jours et il quitta le village.
Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 euros l’unité.
Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 euros dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.
Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.
Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt.
Le cours de l’âne s’effondra : les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier.
Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant.
Or, celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement!
Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale…
On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.
Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front.
On les appelle les frères Marchés.
Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants …
Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place? Que ferez-vous?
L’Irlande et la crise économique
En dehors des débats politiques qui nous intéressent nous avons l’avantage, nous Français de l’étranger, de pouvoir partager ce que nous observons dans nos pays de résidence. Nous pouvons y glaner ce qui marche et nous en inspirer dans nos propositions. Nous pouvons aussi témoigner des erreurs à éviter.
Pendant près d’une décennie l’Irlande fut adulée par les medias. La presse française présenta le pays comme un Eldorado ; le pays où l’on trouvait du travail dans les 24 heures (ce qui était vrai) et où tout était possible, en particulier pour les risques financiers. Les Irlandais étaient trop contents de croire au miracle et en ont profité sans penser aux lendemains puisque ceux-ci ne pouvaient être que plus sombres. Ils n’avaient pas eu le temps d’oublier leur passé.
Où va l’Irlande aujourd’hui ? A son arrivée au pouvoir le gouvernement de centre gauche a été forcé de revoir à la baisse toutes ses prévisions de croissance et à la hausse son endettement. Dans un élan de fierté nationale les Irlandais ont fait un point d’honneur de rembourser l’argent prêté par la BCE et le FMI. Ils paient le prix fort et le savent. Dans les vieilles lois et coutumes gaéliques, pour que la paix sociale demeure, il faut honorer ses dettes. Ils l’assument donc comme ils assument qu’ils ont joué à un jeu sans règles ni limites et qu’ils ont perdu. D’autres continuent de jouer et gagnent encore beaucoup d’argent. Les Irlandais, eux, n’ont plus rien à mettre sur la table.
Il leur faut trouver des solutions et vite. Le gouvernement donne l’exemple avec la réduction des salaires des ministres et de leurs cabinets. Le service public connait les coupes les plus sévères. Aucun départ à la retraite n’est remplacé et des coupes successives de salaire ont atteint 14,5% pour la seule année 2010. La consommation intérieure est pratiquement nulle alors ils misent tout sur les exportations. Ils stimulent l’investissement, en particulier les PME qui n’ont plus accès au crédit. Ils créent alors une banque publique d’investissement stratégique. La recherche et l’innovation sont les seuls domaines qui ont vu leurs crédits augmenter quand les réductions de budget touchent tous les secteurs de l’éducation. L’objectif premier est la réduction du chômage. Les allocations n’ont pas été affectées et le salaire minimum va être augmenté d’un euro l’heure à l’automne prochain. C’est toute la société irlandaise qui participe à l’effort de redressement des finances.
Il semblerait que les Irlandais aient passé la phase de vouloir faire payer le prix fort aux banquiers pour les erreurs commises. Certains sont poursuivis par la brigade des fraudes. Aucun président ou directeur général en fonction en 2009 ne siègent aujourd’hui dans les banques dont ils étaient responsables. Du directeur de la banque centrale irlandaise aux principales banques encore présentes on ne trouve que des nouveaux visages. Confronté à une crise de liquidité et de solvabilité, le système bancaire ne doit sa survie qu’au soutien de l’Etat. La sortie de la crise est conditionnée à la maitrise de l’endettement et au succès de la stratégie de « désinflation compétitive », moteur de la croissance. Le gouvernement attend beaucoup des exportations qui rendraient les ajustements douloureux plus supportables. Les Irlandais attendent de la BCE qu’elle cesse de se concentrer sur sa seule mission de contenir l’inflation et se préoccupe davantage de croissance et d’emploi. Ils attendent aussi de leurs partenaires plus de solidarité. Ils ne comprennent pas l’obsession du président Sarkozy sur le taux de 12,5% d’imposition sur les bénéfices appliqué en Irlande. Ce taux effectif est le taux réel, payé par tous, sans exception. Alors que le taux affiché de la France est de plus de 30% une étude de la banque mondiale et Pricewaterhouse Coopers viennent de démontrer que le taux effectif moyen est de 11% pour la France, grâce notamment a certaines dispositions fiscales qui permettent au groupe Total, par exemple, de ne payer que 8%. En tout cas, changer le système au moment où le pays a un besoin crucial d’attirer des investissements étrangers parait suicidaire.
La volonté de s’en sortir est palpable à tous les niveaux. Seuls deux ministres du gouvernement précédent furent élus il y a maintenant 4 mois aux législatives. Le vent du changement et du renouvellement a soufflé. Les Irlandais veulent croire qu’ils peuvent s’en sortir. Ils regardent avec inquiétude ce qui se passe en Grèce mais aussi au Portugal, en Espagne et en Italie. Il existe encore trop d’incertitudes pour savoir si les mesures en place suffisent. Seule certitude elles font mal et personne n’a envie de voir répété les erreurs du passé. La baisse de la note de l’Irlande par l’agence de notation Moody’s indique qu’en 2013 l’Irlande aura du mal à revenir sur le marché. Elle indique aussi de gros risques pour les investisseurs privés. Si l’Italie devait suivre le pays est trop important pour les mesures de sauvetage mises en place pour l’Irlande puissent être appliquées. Faut-il en arriver là pour que l’UE prenne enfin les mesures d’une politique économique commune qui protègent les Etats des spéculateurs ?
Gravy train still stops at all the right stations by Fintan O’Toole (The Irish Times)

Voici un article paru il y a quelques semaines, mais qui reste cruellement d’actualité. En Mai, un sénateur irlandais du Fianna Fail, laminé aux dernières élections, recevait une confortable rente à vie alors que s’ouvrait le débat sur l’opportunité d’une réduction du salaire de ceux qui travaillent le dimanche, dans le cadre de l’effort partagé pour renflouer l’économie. Tous dans le même bateau, mais le "Gravy Train" roule pour les riches. J’aime l’énergie de Fintan O’Toole lorsqu’il dénonce l’archaïsme d’une élite qui reste volontairement de marbre face aux injustices qu’elle inflige aux citoyens. Alors que les marchés s’acharnent sur la Grèce, le Portugal et bientôt l’Espagne et l’Italie, avant de passer au plat de résistance, dont la France, un certain nombre de "lucky ones" y trouve son compte, dans une démonstration d’égoïsme et de cynisme inouï. Ce capitalisme triomphant nous ramène deux siècles en arrière, aux pires heures de la révolution industrielle, comme le souligne Fintan qui mentionne très justement Dickens.
Ivor Callely will get €63,000 a year for the rest of his life yet Richard Bruton targets the poorest workers FINTAN O’TOOLE
WHAT IS the price of a litre of milk? How much does a sliced pan cost? Are baked beans cheaper in Aldi or in Dunnes? What’s the typical bus fare between a working-class city suburb and an industrial estate?
There are people who know the answers to these questions and there are those who don’t. And the most nauseating sound in Ireland is the people who don’t, pontificating about the people who do. It is smug, sleek people who live in a bubble of comfort and self-satisfaction deciding that the problem in this bloody country is that the women who clean their offices are paid too much.
This is a State in which Ivor Callely, who is so smart he couldn’t quite figure out where he was living, is due to get more than a quarter of a million euro from the taxpayers over the next year as compensation for the fact that he can’t get elected anymore. For the rest of his life, which could be about 40 years, Ivor will get a pension of €63,000 a year. With his lump sums that’s a total of about €2.75 million.
Now let’s consider a contract cleaner, whose feathered-bedded status apparently keeps Richard Bruton awake at night. She gets up before dawn or leaves home after dusk to scrub toilets, polish floors and pick up the mess of people she’ll never even see.
I’ve never worked as a senator, so I can only imagine the stress that Ivor would have been under trying to work out all those complex expenses claims. But I have worked as a contract cleaner. It is miserable and soul-destroying, and I’d stick my neck out and say it’s a lot harder on the human spirit than waffling in the Senate while doing a bit of property development on the side.
Under the wage-setting mechanisms that Richard Bruton sees as such a problem, the contract cleaner gets €370.50 a week and no pension. That’s €770,000 over 40 years.
In other words, Ivor will get more than 3½ times for doing nothing at all what the cleaner will get for doing a miserable job in unsocial hours. And which of them does Richard Bruton see as a problem for Ireland, as the one whose over-inflated sense of self-worth must be brought down to size if we are to face reality? Not Ivor, apparently.
But then, Ivor, however repellent, is an individual. He’s a person. He has a name. Contract cleaners don’t have names. They are not people. They don’t have kids. They are “units of labour cost”.
They belong to what Charles Dickens in Hard Times calls “the multitude . . . generically called ‘the Hands’ – a race who would have found more favour with some people if providence had seen fit to make them only hands.”
What do the Hands need with Sundays? There was a time when it suited the powers that be to grant them Sundays for their spiritual and moral edification. But now that time is gone, Sunday should be just another day for the Hands. Not, mind you, for the Brains who have important things to do on Sundays, like being with their kids or visiting their parents or going to a match or taking a walk.
But since the Hands do none of these things, it is clearly extortionate that they should demand extra money for giving up something that couldn’t possibly mean anything to them.
What is the agenda in all of this? Ostensibly, it is to create jobs.
But as the Kevin Duffy-Frank Walsh report on the subject found, there is simply no evidence that attacking the wages of low-paid workers will lead to a substantial increase in employment.
The notion that the Irish low paid are living high on the hog is ludicrous. Hourly labour costs in the hospitality sector, for example, are already the third lowest in the EU. And the evidence shows that workers in the sectors covered by the system are just as likely to have taken wage cuts as those who are not; so much for the need for “flexibility”.
Is the agenda, then, to do with the crisis in the public finances? Clearly not: wage cuts will cost the State revenue. According to the think tank Tasc (whose council I chair), the direct cost to the exchequer of cutting a worker from €9.27 an hour to the current minimum wage is €1,865 a year per worker. This is without considering the indirect costs of reduced economic demand and the growth in demand for social services as workers and their families struggle to cope on poverty wages.
So if it’s not to do with jobs and it would make the crisis in the public finances worse, why are we even discussing wage cuts for the low paid? Because the crisis is an opportunity to dismantle the minimal protections that vulnerable working people have gained over the last century. Because the elite will sacrifice anyone to protect itself.
And because it allows sleek, smug people to look tough while the gravy train still stops at all the right stations.
Armée française : risque de surchauffe (Le Monde)
| 12.07.11 | 12h00 • Mis à jour le 12.07.11 | 12h13
Le ministère des finances a décidé que le défilé militaire du 14-Juillet coûtait trop cher. Comme d’autres démocraties, la France renonce à sa démonstration annuelle. Elle se contentera d’un logiciel de simulation pour donner au pays un aperçu des capacités de son armée.
Ce scénario de fiction le restera-t-il longtemps ? Le 14 juillet 2011 a lieu dans un climat tendu entre les armées et le pouvoir politique. Le débat actuel sur la"surchauffe" que provoqueraient les opérations en cours en témoigne.
En France, comme au Royaume-Uni au même moment, les chefs militaires ont averti : ils ont des difficultés pour durer. Après l’Afghanistan, la lutte antiterroriste au Sahel, la Côte d’Ivoire, ils ont pu répondre aux demandes urgentes de la"diplomatie militaire" en Libye grâce à une bonne planification. La période est à la "suractivité" comme l’a dit le chef d’état-major de la marine, l’amiral Pierre-François Forissier, plus qu’à la "surchauffe". Mais celle-ci est pour demain. Car les armées n’ont plus assez de marge pour, à la fois, combattre et régénérer le potentiel militaire.
Pendant que la marine et l’armée de l’air remplissent leur mission en Libye, la formation des jeunes pilotes est arrêtée. Si l’opération dure jusqu’à la fin 2011, l’unique porte-avions français, outil-vitrine à disposition du président, sera au port en 2012 pour renouveler les équipements et qualifier les hommes aux normes exigées par l’OTAN. Plus généralement, à l’arrière du front, les matériels manquent pour l’entraînement. La disponibilité est mauvaise, moins de 50% pour les avions. Le moral n’est pas bon.
RESTRUCTURATIONS, PROJECTIONS EXTÉRIEURES, PHASES DE CONTRAINTE FINANCIÈRE…
Les responsables militaires qui se sont exprimés ont été convoqués et rappelés à l’ordre ; ceux qui voulaient le faire en ont été empêchés. L’appareil militaire est"au taquet", a pourtant convenu le ministre de la défense, Gérard Longuet. Depuis les années 1960, les armées ont connu des restructurations, des projections extérieures et des phases de contrainte financière.
"Mais jamais les trois à la fois comme aujourd’hui", souligne le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud. "Les armées sont fragiles et fragilisées, il ne faut pas le nier ni se voiler la face : nous sommes dans une situation difficile", admettait-il, en mai, devant l’Institut des hautes études de défense nationale. Les contraintes financières "grèvent notre endurance opérationnelle"et "demain (…) pourraient remettre en cause notre régénération, c’est-à-dire notre aptitude à assumer les missions qui nous sont confiées". Au moment où, bien davantage que l’affaiblissement du lien entre l’armée et la nation, la crise met en péril la cohésion nationale, les exigences financières dominent le débat stratégique.
Souvent comparées, les opérations aériennes du Kosovo en 1999 et de la Libye depuis mars, divergent ainsi sur un point notable. La guerre contre le colonel Kadhafi a été d’emblée jaugée au prisme de ce qu’elle coûte. C’est 1,2 million d’euros par jour, a dû indiquer le ministère de la défense, 100 millions en trois mois. Le surcoût des opérations extérieures dépassera sûrement 1 milliard d’euros à la fin 2011, quand 640 millions ont été budgétés.
L’argent dépensé de la sorte est "aberrant", a estimé Daniel Cohn-Bendit, coprésident des Verts au Parlement européen. Le député évoquait, en juin, la situation de la Grèce, pays aux 100 000 soldats pour 11 millions d’habitants, lancé dans une course aux armements avec la Turquie. Quel sens cela a-t-il de demander à des fonctionnaires de baisser leur salaire, quand leur pays vient d’acheter à la France pour 3 milliards d’euros d’armement, ainsi que six sous-marins à l’Allemagne, pour 1 milliard, s’est interrogé M. Cohn Bendit ? Selon lui, une initiative européenne pour le désarmement serait plus efficace pour régler la crise grecque.
LA SÉCURITÉ COMME THÈME DE CAMPAGNE ?
Dans ce contexte, la France partage avec les puissances occidentales un même défi : disposer d’une armée "au juste prix". Professionnelle et resserrée. Moderne et efficace. Soutenable par l’opinion et disponible dans l’heure pour le pouvoir politique comme ce fut le cas pour l’armée de l’air en Libye. Contrairement aux Européens, les Etats-Unis se définissent comme une "nation en guerre". Mais au moment où la question de la dette rattrape l’Amérique, les sommes dépensées en Afghanistan, 450 milliards de dollars (320 milliards d’euros) en dix ans, apparaissent, elles aussi, exorbitantes.
Si les militaires s’inquiètent de perdre à ce jeu, c’est que les budgets de défense européens ne cessent de baisser au profit des priorités économiques et sociales. L’effort ne peut pas être regardé comme faible dans l’absolu, avec une dépense annuelle de 31 milliards, dont 18 milliards d’acquisition, le premier budget français d’investissement public.
La question est bien celle du hiatus entre les ambitions et les moyens alloués. La contradiction est devenue par trop manifeste. "La question n’est pas : avons-nous ce qu’il nous faut ? Elle est : dites-moi ce que vous voulez que je fasse", indique l’amiral Guillaud. Le chef d’état-major "souhaite que la défense soit non un enjeu, mais un sujet pour 2012."
La stratégie nationale établie en 2008 dans le Livre blanc doit être révisée en 2012. Un Livre vert est à l’étude, qui poserait, avant l’élection présidentielle, un premier diagnostic sur la sécurité du pays et les menaces qu’il affronte. Une étape consensuelle. Sa déclinaison concrète – quelles opérations, avec quels moyens ? – exige un débat plus âpre. L’exécutif ne veut pas l’ouvrir avant la présidentielle.
Nathalie Guibert Article paru dans l’édition du 13.07.11
L’Irlande reste une terre d’espoir malgré tout
Malgré le retour du spectre de l’émigration, du fait de la crise actuelle, l’Irlande a la bonne surprise de compter 100 000 habitants de plus qu’envisagé. Le recensement de l’année 2011 confirme en effet l’augmentation de la population déjà constatée en 2006. L’Irlande compte désormais près de 4,6 millions d’habitants. Une bonne nouvelle pour l’économie, qui signifie que le gouvernement devra revoir ses prévisions notamment en matière de réorganisation des services publics.
La carte des hausses de population. Source CSO
En 2006, la barre des 4 millions d’habitants avait été passée pour la première fois depuis 1871, avec 4,2 millions de personnes vivant en Irlande. Avec 341.421 habitants en plus, l’Irlande compte désormais 4.581.269 personnes sur son sol, selon les résultats du recensement effectué en avril dernier.
La population a ainsi augmenté de 8,1 % en cinq ans et les résultats du recensement ont dépassé les attentes du CSO (Central Statistics Office), qui attendait 100.000 personnes de moins. En comptant 363.500 naissances et 140.700 décès, l’accroissement naturel de la population a été de 222.800 habitants. Le reste de la population vient de la migration d’étrangers en Irlande entre 2006 et 2011.
Une hausse disparate
L’augmentation de la population a en revanche été différente selon les comtés. Cavan (13,9 %), Fingal (13,8 %), Longford (13,3 %) et Meath (13 %) ont connu les plus forts accroissements de population. De leur côté, les villes de Cork et Limerick ont connu une baisse du nombre de leurs habitants. Limerick a ainsi perdu 5 % de sa population entre 2006 et 2011.
Le comté de Cork passe néanmoins la barre des 500.000 habitants pour la première fois depuis la Grande Famine.
Ballade irlandaise
L’histoire commence avec un pays pauvre. Famine, oppression du colonisateur anglais puis de l’église catholique, misère décrite dans « les cendres d’Angèle » nous donnent les paroles de la chanson, triste comme le sont toujours les chansons irlandaises. Tout cela fait partie de la mémoire collective et de la réalité qu’ont vécue des générations d’Irlandais. Et puis, un jour, cette petite île que seuls les descendants de ceux qui l’ont quittée viennent découvrir ainsi, que quelques Européens curieux, connait la prospérité. Elle est adulée par ses partenaires européens, montrée en exemple dans les journaux financiers du monde entier et elle devient un Eldorado qui attire des milliers de jeunes à la recherche d’un emploi. Le salaire minimum double en dix ans, les allocations et aides de toutes sortes augmentent, le chômage est un mauvais souvenir. Les banques encouragent et soutiennent les dépenses. Elles prêtent sans garantie et les spéculateurs prennent de plus en plus de risques. Grisé par cette richesse soudaine qui est dépensée comme s’il n’y avait aucun lendemain le pays a tous les symptômes du nouveau riche qui ne sait pas gérer sa nouvelle fortune. Avec la même rapidité qui avait amené la richesse la bulle a soudain éclaté. La crise financière qui suit entraine en quelques mois une crise économique pour déboucher sur une crise sociale. Le gouvernement, trop proche des milieux financiers, est lent à prendre les décisions nécessaires. Le peuple qui souffre, à qui on fait payer les erreurs de quelques-uns, a besoin de faire payer les coupables. En moins de six mois le Premier ministre n’a plus que 14% de soutien dans la population. Pourtant son parti est l’un des deux partis fondateurs de la République et est au pouvoir depuis des décennies. Il s’accroche au pouvoir et gagne une série de motions de défiance présentées au parlement et au sein de son propre parti. Si l’Irlande n’était pas une démocratie elle aurait connue la révolte du peuple comme l’ont connue la Tunisie et l’Egypte. Sa chute sera finalement provoquée par la révélation qu’il avait rencontré le directeur général d’Anglo Irish Bank deux semaines avant sa nationalisation. Depuis la nationalisation de cette banque l’Etat a versé 35 milliards d’euros, financés par les contribuables. Le salaire des fonctionnaires a été baissé de 15% en six mois. Le chômage est passé de 3 à 14,8% et on estime à près de 100 000 le nombre de jeunes qui vont quitter le pays.
Les leaders des cinq partis politiques qui espèrent gagner l’élection législative du 25 février débattent et présentent leurs programmes. Tous proposent de créer un environnement qui stimulera l’emploi, changera radicalement le parlement et réformera les institutions. Il est évident qu’ils ont tous pris la mesure de la crise et que les solutions pour en sortir ne peuvent être qu’impopulaires. Le courage politique n’est pas très visible quand ceux qui le pratiquent sont engagés dans un jeu de séduction et les promesses restent vagues. Le srutin approche, les débats se terminent. Ils furent tous peu convaincants mais la démocratie donne l’espoir de lendemains meilleurs. On connait trop le présent pour lui offrir le mot de la fin. On terminera notre ballade en pensant que « Tomorrow is another day ! »
L’Irlande à la dérive: une crise financière, économique, sociale, et maintenant politique

Cet homme, à terre alors que passent les officiels du FMI, vous le reconnaissez ?
Ce qui se passe en Irlande est très grave. La gestion de l’état est catastrophique et les politiques accusent les banquiers qui ne sont pas les seuls fautifs. La souveraineté du pays leur échappe. Conclusion pour l’Europe: une gouvernance commune des budgets (rien de nouveau mais Bruxelles l’exigera quand on sera vraiment au bord du gouffre). Les prochaines victimes sont déjà connues le Portugal et l’Espagne.
Alors que les experts de l’UE et du FMI ont commencé lundi à Dublin à mettre au point les détails d’un vaste plan de sauvetage à l’Irlande l’agence de notation Moody’s a jugé que le plan de sauvetage UE/FMI destiné à l’Irlande aurait un impact négatif sur la note de Dublin, puisqu’il transfèrerait sur le secteur public le fardeau de la crise bancaire et creuserait la dette souveraine. «Une dégradation de plusieurs crans, qui laisserait la notation de la République (d’Irlande) en catégorie d’investissement, est désormais l’issue la plus probable de notre réexamen de la dette souveraine", note l’analyste Dietmar Hornung, dans un document de travail. A Londres, le ministre britannique des Finances, George Osborne, a indiqué que le Royaume-Uni allait fournir à l’Irlande un prêt bilatéral d’environ 7 milliards de livres, soit 8 milliards d’euros. La Suède, également non membre de la zone euro, envisage un prêt bilatéral de 530 millions à 1,06 milliard d’euros à l’Irlande. L’aide internationale à l’Irlande pourrait faire l’objet d’un premier versement en janvier, a déclaré lundi le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker, qui estime que l’aide à l’Irlande ne devrait pas dépasser les 100 milliards d’euros. L’euro a réagi à la hausse, touchant un plus haut d’une semaine à 1,3786 dollar avant de retomber légèrement à 1,3742 dollar.
Cette crise financière nous entraine vers une crise politique dont nous voyons les premiers prémices aujourd’hui. Les Verts qui forment un gouvernement de coalition avec Fainne Fail ont annoncé à l’heure du déjeuner qu’ils se retireront du gouvernement en janvier. Les deux indépendants qui soutenaient jusqu’alors le gouvernement ont déclaré dans la foulée qu’ils ne le soutiendraient plus. Si le budget n’est pas voté et que le plan de rigueur promis ne peut être mis en place il est improbable que l’aide de 100 milliards soit donnée. Des militants du Sinn Feinn sont entrés par la force dans le parlement il y a quelques heures. Tout s’enchaine si vite que l’on ne sait trop où l’on va. Le gouvernement n’a plus aucune crédibilité mais on craint fort de découvrir une situation encore plus catastrophique que celle qui a été annoncée.
Retraites: l’arrogance de l’UMP dénoncée sur les ondes irlandaises
Parmi les moyens de combattre la réforme des retraites, j’ai choisi de passer sur les ondes et d’expliquer pourquoi les gens sont dans la rue pour manifester. De toute évidence les Français rejettent le modèle anglo-saxon qu’a adopté Nicolas Sarkozy qui nous fait croire que le bonheur passe par toujours plus d’argent. Les Français veulent une réforme juste dont le poids financier soit supporté également par tous, suivant leurs moyens.
C’est ce que j’ai exprimé dans l’émission "The Wide Angle", présentée par Karen Coleman, une émission d’actualité phare dans le paysage politique irlandais, diffusée sur Newstalk, radio nationale dont les programmes sont très suivis.
Pour écouter la deuxième partie de l’émission de ce 30 octobre : http://media.newstalk.ie/listenback/229/sunday/2/popup
L’entretien commence à la 6ème minute, après les nouvelles et la météo, pour un total de 30 minutes. Mon intervention commence à la 22ème minute.
L’ambassadeur a défendu la ligne du gouvernement qui consiste a souligner le caractère indiscutable du vote, sur la base que le parlement était l’expression démocratique du peuple et que celui-ci venait d’ approuver la loi sur la réforme des retraites.
Pour ma part j’ai développé un argument sur le type de société que nous voulions qui ne passe pas nécessairement par une explication comptable à tous les problèmes. D’autre part il ne faut pas oublier le CPE: le parlement vote les lois mais le peuple continue à être souverain. Cet épisode est encore frais dans les mémoires. Il était important de montrer que les Français ne sont opposés aux réformes. Une concertation qui aurait permis la promulgation d’une loi plus juste dont le coût aurait été mieux partagé n’aurait certainement pas provoqué une telle réaction de la rue. Pour rendre l’intervention pertinente, il fallait garder à l’esprit que les auditeurs irlandais partent à la retraite à 65 ans et bientôt à 67 ans et que la situation économique et financière du pays est si catastrophique qu’on parle maintenant d’une intervention probable du FMI.
Image: Newstalk www.newstalk.ie
A l’étranger aussi, nous sommes inquiets pour l’avenir des retraites en France !
Le Parti Socialiste appelle à suspendre le débat sur les retraites au Sénat
A l’étranger aussi, nous sommes toujours plus nombreux à nous inquiéter pour l’avenir des retraites en France !
L’avenir des retraites concerne tous les Français, en France comme à l’étranger. En effet, selon la reconstitution de sa carrière, un Français établi à l’étranger peut dépendre du système français de retraites. La loi de finance de la sécurité sociale de 2010 prévoit que le prix du rachat des trimestres passés à l’étranger sera multiplié par 4 à compter du 1er janvier 2011. La retraite peut subir une décote de 20%, voire plus, si aucune action n’est entreprise individuellement avant le 31décembre 2011.
La situation des conjoints est encore plus grave : carrières interrompues, activité locale impossible et retraites tronquées. C’est le montant des pensions de réversion qui est en jeu.
Une autre réforme que celle de la droite, qui prenne en compte la situation de tous les Français, en France et à l’étranger, est possible.
La force et l’ampleur croissante de la mobilisation dans notre pays peuvent encore faire reculer le Gouvernement. C’est une nécessité: malgré quelques faux-semblants dans le débat au Sénat, la réforme Sarkozy-Woerth reste profondément injuste et ne règle rien. Elle ne garantit ni le financement du système par répartition ni le pouvoir d’achat des retraités.
Les mesures du Gouvernement vont :
· Transformer les jeunes retraités en vieux chômeurs, en obligeant les seniors à cotiser plus longtemps et contraindre les femmes qui ont eu des carrières fractionnées à partir à 67 ans ;
· Entraîner une baisse du niveau des pensions, comme après les précédentes réformes de la droite ;
· Exclure la prise en compte de la pénibilité, qui ne saurait être confondue avec l’invalidité ;
· Faire porter plus de 90 % des nouveaux efforts sur les seuls salariés et rien ou presque sur les revenus du capital ;
· Piller le fonds de réserve des retraites pour maquiller les déficits en vue des échéances 2012 sans régler durablement la question du financement.
Le Parti Socialiste propose :
1. Le maintien de l’âge légal de départ à 60 ans, la protection pour les salariés ayant commencé à travailler le plus tôt et la liberté de choix pour tous ;
2. Une juste prise en compte de la pénibilité, sur base de l’espérance de vie liée aux parcours professionnels ;
3. Le financement des retraites du premier au dernier Euro par des efforts partagés : les revenus du capital et les banques doivent aussi contribuer à l’effort de solidarité ;
4. La reconnaissance par des mesures démographiques de l’allongement de la durée de la vie ;
5. Un fonds de réserve des retraites garanti pour amortir les chocs démographiques et économiques.
Mobilisons-nous pour une réforme juste, qui préserve nos retraites et celles de nos enfants !
Fédération des Français à l’Etranger : 00 33 1 45 56 77 82
Retrouvez toutes les propositions du PS sur les retraites à www.parti-socialiste.fr
De l’orage dans l’Eire
Crise immobilière, financière et politique… L’Irlande a tiré un trait sur ses années de croissance et se débat avec un déficit hallucinant et des plans de rigueur à répétition. Par CHRISTIAN LOSSON (envoyé spécial à Dublin)
C’est une fin de rêve de martingale, un miroir aux alouettes brisé. «L’économie irlandaise a longtemps été le poster d’enfant du libre marché globalisé ; une sorte de fable morale avec un happy end pour ceux qui auraient bien appris les leçons du capitalisme. Le prix à payer pour une telle illusion sera terrible.» Ce prix, Fintan O’Toole, en a une idée assez précise. Chroniqueur et historien, il a écrit le pamphlet le plus fin sur la crise. Ship of Fools («le navire des fous»). «Il suffit, dit-il, de passer en revue le flot d’infos depuis une semaine.» Un sauvetage des banques, jusqu’à 50 milliards d’euros, et un déficit budgétaire hallucinant : 32%. Une nouvelle récession annoncée, après une année 2009 déjà apocalyptique (- 7,1% de croissance). Un cinquième plan de rigueur budgétaire (4,5 milliards à trouver) à l’étude pour décembre et un chômage qui a triplé, et frole les 14%. Une agence de notation qui dégrade la capacité d’emprunt du pays…«Chaque jour, c’est une mauvaise nouvelle. Puis une nouvelle encore pire le lendemain, résume Jimmy Kelly, secrétaire général du syndicat Unite. Mais le pire n’est jamais sûr. Ou plutôt si : il est devant nous.»
Comment l’Irlande, ex-championne d’Europe de la richesse par habitant, en est arrivée là ? «Le modèle de développement irlandais nous a conduits dans le mur, souffle Fintan O’Toole. Parce qu’il est le fruit vénéneux, mélange d’un cocktail létal d’une idéologie libérale sans frein et sans vergogne, et d’un héritage irlandais d’une élite multipliant la collusion, le copinage et la complaisance.» Tournée, donc, la page du pays capable de doubler le nombre de ses chevaux de courses et de ses exportations en cinq ans. Zappées les fiestas des magnats de la construction sur des yachts d’Onassis, ou l’achat pour 379 millions d’euros d’un terrain à Ballsbrige, quartier hype, qui en vaut aujourd’hui dix fois moins. Oubliée la fierté retrouvée d’un pays en marge de l’Europe devenu – grâce aussi aux 10 milliards de fonds de Bruxelles – numéro 1 des exportations de logiciels avant que les multinationales, comme Dell, ne fuient.
«On s’est vu trop beaux». «Le pays a connu deux booms, résume Fintan O’Toole.A partir de 1994, un impôt sur les sociétés de 12,5% a attiré 40% des investissements américains en Europe.» Le vent de dérégulation a aimanté les multinationales. Le cash a afflué. Avec le krach de la bulle Internet, Dublin a voulu trouver un autre levier, un relais de croissance. «Les taux d’intérêts bas de la Banque centrale européenne ont alors permis un déluge de prêts, notamment immobiliers.» Mais la crise planétaire a frappé le pays de plein fouet en 2007. La bulle immobilière a éclaté ; les ressources fiscales ont plongé de 37%. Il a fallu sauver des banques (Libération du 1er octobre), dont le symbole honni : l’Anglo Irish Bank, dont le nouveau siège, squelette de béton figé par l’arrêt des travaux, hante les rives de la Liffey, au sud de Dublin…
«L’Irlande se retrouve face à la plus grave crise de son histoire ! estime ainsi Jimmy Kelly. La rigueur à coups de marteau, les coupes hallucinantes dans le secteur public ne feront qu’aggraver la crise et la récession. Les gens, tétanisés, vont geler leurs dépenses. La récession sera encore plus virulente.» Sans parler d’un dogme, que le gouvernement veut toujours intouchable : le bouclier fiscal made in Ireland.«De l’hystérie : le Premier ministre ne veut pas rompre avec la politique qui nous a conduits dans le gouffre», enrage Jimmy Kelly. «Comment peut-on, dans ces conditions, croire que l’on va passer d’un déficit budgétaire de 32% en 2010 à 3% en 2012, s’interroge, un brin incrédule, John O’Hagan, économiste au Trinity College. Certes, l’Irlande a engrangé des infrastructures, développé une main-d’œuvre qualifiée, mais le cartel feutré au pouvoir semble désemparé pour trouver une autre voie de développement.»
Ironie de l’histoire, les sorties du gouvernement ont des allures de credo tchatcheriens : Tina («There is no alternative»). «Il n’y a pas d’alternative, tout le monde doit faire des sacrifices horribles», assure Brian Lenihan, ministre des Finances. «On s’est cru plus proche de Boston que de Berlin, sourit Eamon, un vidéaste. La classe moyenne a acheté des maisons, est partie en vacances, a payé son café 5 euros. On s’est vu beaux. Trop beaux.»Résultat, «le sauvetage des banques nous plonge tous dans la déprime : 11 000 euros de dette en plus par Irlandais, ça fait cher le mirage, non ?»
Visa en main. Le mirage s’évapore chaque jour. Les pancartes «à louer» balisent l’Irlande. Plus de 300 000 logements seraient vides ou à moitié vides. Jusqu’à 3 000 ghost estates, des lotissements fantômes. Comme à Clongriffin, aux portes de Dublin. «Bienvenue dans le nouveau City Center», vante une pancarte. Un centre-ville, ça ? Un centre vide. Peuplé d’une poignée d’appartements comme habités par des zombies, dont les ombres se découpent. «On vit dans un cimetière immobilier, sourit Aider, 19 ans, étudiant en biologie. A part la gare, il n’y a rien. Pas de restaurants, pas de pharmacie, rien… Ces biens immobiliers sont maudits.» Des fantômes qui tiendront d’héritage-boulet du Tigre celtique. Les pots de peintures séchés immortalisent l’arrêt brutal des constructions. Si les Midlands, au cœur du pays, cristallisent ces subprimes à l’irlandaise, Dublin n’y échappe pas.«Après avoir connu une envolée digne d’un conte de fée pour promoteurs – 500% en dix ans -, les prix de l’immobilier ont chuté de 33% en trois ans,rappelle Fintan O’Toole. Le carrosse de Cendrillon a des allures de citrouille cabossée.» Un bureau sur cinq est désormais vide, record d’Europe. Et les affiches de location à 15 euros le mètre carré pullulent. Une honte, pour Richard Boyd Barrett, de l’organisation People Before Profits («le peuple avant les profits»). «60 000 familles vivent encore misérablement en attente de logements, déplore-t-il. Le pays n’a pas investi massivement dans des services publics – éducation ou santé. On vient de baisser de 20% les salaires des fonctionnaires. On ferme des lits dans les hôpitaux quand il faut huit mois pour avoir une visite chez un spécialiste.» Les transports ? «La mairie de Dublin vient ainsi de supprimer 200 bus sur 1 000. Et les premiers touchés, ceux qui paient la facture, sont les plus vieux et les plus démunis.»
Ils ne sont pas les seuls. «Les Européens sont partis, mais ça ne suffit pas, on expulse les Africains ; on a choisi de diviser la société plutôt que de s’attaquer à la finance, la racine du mal», s’indigne le député (Sinn Féin) Aengus O’Snodaigh, devant une manif au pied du Parlement contre le durcissement de la politique du droit d’asile. La plaie de l’émigration, qu’on pensait cautérisée après l’arrivée historique de migrants des années fastes, s’est rouverte. Béante. «40 000 Irlandais ont fui l’île l’an passé ; on parle de 100 000 cette année», rappelle O’Toole.Sur 4,5 millions d’habitants. Un peu comme si 1,5 million de Français quittaient l’Hexagone… «On est une génération perdue, la génération sacrifiée», lâche Connie, agrégée de lettres, visa pour l’Australie en main. Derrière la crise économique et financière, une autre crise se profile donc. Politique, démocratique.
Moins d’un Irlandais sur quatre soutient encore le pouvoir ultradominant du Fianna Fail. «L’ère du Tigre celtique a entraîné l’institutionnalisation de la déconnexion entre les citoyens et la vie démocratique. Les politiques et les hommes d’affaires baignent dans une inertie telle qu’elle ne peut conduire qu’à la banqueroute morale.» Fiach Mac Conghaile dirige l’Abbey Theater, cofondé par le poète et dramaturge William Butler Yeats. Il dit : «Notre chute résulte de l’absence de vision et de modèle de notre pays. Résultat, l’Irlande n’a plus été dirigée comme un pays, mais comme une entreprise. Les Irlandais ne se sont pas comportés comme des citoyens, mais des consommateurs.» Mac Conghaile s’agace et entend prendre sa part dans le réveil.«A l’inverse de la France, il n’y a jamais eu de débat de fond, en dehors du Parlement, sur le pacte social.» Même l’Eglise s’en indigne. L’évêque de Dublin, Diarmuid Martin, a ainsi résumé l’affaire lundi. Assimilant l’Irlande d’avant crise à une «tour de Babel»,«dominée par une cupidité intellectuelle», il a appelé à écouter les plus pauvres pour éviter de verser dans «une société tyrannique».
Culture de l’Impunité. Fiach Mac Conghaile ne verse pas dans le sermon. Il vient de monter John Gabriel Borkman, du Norvégien Ibsen. L’histoire d’un banquier véreux en quête d’une réhabilitation qui ne viendra jamais. Presque d’actualité, si ce n’est que l’Irlande pratique la culture de l’impunité avec un sens quasi inégalé. «Ici, les politiques et les hommes d’affaires prennent le pouvoir, mais pas le sens des responsabilités qui va avec.» En trois ans, seules deux personnes ont écopé d’une peine de prison.
Collusion, népotisme, passe-droit : une forme de trilogie maison, résume Elaine Byrne. Cette jeune politologue à Trinity University et auteure d’un livre à paraître sur l’histoire de la corruption, est plus prosaïque : «L’Irlande n’a jamais eu d’argent. Donc elle n’a pas su comment dépenser la manne.» Ou plutôt si, façon retour d’ascenseur : «Le parti au pouvoir a été financé pour un bon tiers par le secteur de l’immobilier.» Dans un pays où le renouvellement politique se fait de façon dynastique ( «Le Premier ministre ou le ministre des Finances sont des fils de politiques») et les salaires loin des compétences («Bertie Ahern, ex-Premier ministre, fut le mieux payé des chefs d’Etat du monde entier»), difficile de porter une nouvelle génération au pouvoir.
Dans les pubs, on parle, comme Tim, chauffeur-livreur, «de ressortir les guillotines pour couper des têtes politico-financières». Mais dans la rue, les micromanifs démontrent un stoïcisme très pénitence. Tétanisés, les Irlandais se révoltent en silence. Pour l’instant. Elaine Byrne dit ceci : «Les économistes passent leur temps à se demander si le verre est à moitié plein ou à moitié vide. Or, il est cassé. Il faut en trouver un autre. Et refonder une démocratie qui soit enfin, inclusive.» Sinon, la colère pourrait bien déborder de Facebook et du courrier des lecteurs. «La psyché de revanche des Irlandais a généré une fascination pour l’argent et une euphorie délirante, dit Fintan O’Toole. L’histoire est finie.» Comment en réécrire une nouvelle qui ne finisse pas tel un trash movie de série Z économique ?
Cet article paru sur le site de Libération résume bien notre situation actuelle.
La solidarité européenne suffira-t-elle à la Grèce et à l’UE ?
L’Union européenne, avec en première ligne la France et l’Allemagne, a enfin déclaré soutenir la Grèce dans le comblement de son déficit. Celui-ci dépasse en effet très nettement ce que l’UE demande à ses Etats membres en application des traités de Maastricht et de Lisbonne, avec 12,9 % de déficit au lieu des 3 % demandés par Bruxelles. La dette publique représente 115 % du PIB grec. Le pays ne sera pas laissé à l’abandon. Il pourra recevoir l’aide du FMI s’il la demande ainsi que des aides bilatérales européennes, à condition qu’il persiste dans son plan de rigueur budgétaire, et ce malgré le fort grondement social s’élevant dans l’ensemble du pays. Mais faut-il vraiment être soulagé ? Outre les risques réels de contagion à d’autres pays de l’Union (le Portugal, l’Espagne et l’Irlande en premier lieu), la crise grecque pose deux questions : celle de la solidarité des pays dans la zone euro et celle de la régulation de la finance au niveau de l’Union européenne
Dans quelle mesure les Etats membres de l’Union doivent-ils rester solidaires ? Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré : « Nous avons toujours fait preuve de solidarité avec tous les Etats membres de l’UE, et nous montrerons qu’à l’avenir la Grèce peut compter sur notre solidarité ». Une démarche que n’approuvent pas l’ensemble des 27, sachant qu’ils devront augmenter leur propre dette et celle de l’UE au risque d’un certain mécontentement de leurs propres opinions. Il s’agira là forcément de démarches volontaires puisque le traité de Maastricht prévoit qu’aucun Etat ne peut être forcé à en secourir un autre.
Or, le traité de Lisbonne prévoit dans ses articles la suppression des droits de vote pour les pays ne suivant pas les règles budgétaires communes, voire même leur expulsion en cas d’atteintes multiples aux principes démocratiques européens. L’Allemagne souhaiterait d’ailleurs élargir cette possibilité aux multiples dérapages économiques afin de sortir des Etats de la zone euro. Des mesures plus coercitives aideraient peut-être plus les Etats à tenir une gestion plus stricte de leur économie ?
Cette crise ne montre-t-elle un pan manquant à l’UE ? Les gouvernements ont répugné jusqu’à présent à s’effacer devant un gouvernement économique commun. Les plus libéraux ont même bloqué toute évolution car ils espéraient faire jouer une concurrence fiscale entre les vingt-sept et organiser une baisse des impôts et de la protection sociale. Asphyxiée par plus de vingt ans de désinflation compétitive l’Europe risque fort de ne pas résister aux marchés prêts à dégommer l’euro. On savait que l’euro ne ferait pas l’Europe. Il représente cependant encore cette monnaie unique qui devait permettre à l’UE de se battre à armes égales avec l’Amérique et les puissances asiatiques. Après les échecs diplomatiques successifs de Copenhague et de Doha l’UE frise l’humiliation en devant s’en remettre au FMI pour régler un problème interne. L’aveu est fait qu’elle ne peut s’en sortir seule et que les pays qui la composent se préoccupent plus de leur destin personnel que du destin collectif. Le politique semble crispé entre une opinion publique fixée sur son pouvoir d’achat et les marchés obsédés par la rentabilité.
Si l’UE veut survivre elle sera forcé de se réinventer, plus politique et plus solidaire, plus inscrite dans une logique fédérale. Portées par la déroute libérale, les gauches européennes ne doivent pas avoir peur de proposer l’accélération de l’harmonisation économique ainsi que des mesures fortes qui tordront le cou à la crise comme l’avait fait Roosevelt en encadrant la spéculation sur les marchés des produits dérivés et en décourageant les excès de la cupidité par des taux élevés d’imposition.
L’endettement appelle la solidarité, pas l’austérité
L’endettement sévit à tous les niveaux. De l’Etat à l’individu personne ne semble épargné. En mars dernier, j’ai rencontré avec quelques camarades de mon comité Jacques Attali dans le cadre de notre recherche sur l’impact de la crise financière et de la crise économique sur les Etats. Il était extrêmement pessimiste sur l’avenir de l’euro et prédisait sa fin dans les dix années à venir si l’Union européenne était incapable de s’accorder sur une gouvernance économique, seule capable d’exiger des régulations au niveau mondial.
Dans son dernier livre, « Tous ruinés dans dix ans » Editions Fayard, sorti la semaine dernière il reprend certaines des analyses qu’il avait partagées il y a deux mois. Ses conclusions plutôt déprimantes, soutenues par des données et des diagrammes, démontrent que « sauf en période de guerre totale, la dette publique des pays les plus puissants du monde n’a été aussi élevée. Jamais les dangers qu’elle fait peser sur leur niveau de vie et leur système politique n’ont été aussi menaçants ». Il ajoute que, pour la France, la dette représentera pas moins de 83% du PIB et 535% de ses revenus fiscaux à la fin de cette année. De plus, en 2010 le Trésor public, deviendra le premier emprunteur en Europe avec ses 454 milliards d’euros. On imagine vite ce qui se passerait si les taux d’intérêts devaient augmenter pour un pays où les dépenses atteignent 55% du PIB et les recettes sociales et fiscales 45%.
Nous héritons d’une gestion laxiste des finances publiques à laquelle est venue s’ajouter la crise bancaire de 2008, née de la folie de la dérégulation et des sub-primes aux Etats-Unis. Alors qu’ils étaient déjà en déficit les Etats ont dû emprunter des milliards d’euros et de dollars qu’ils n’avaient pas en caisse et ainsi augmenter d’autant plus leur dette. Aujourd’hui les conclusions sont tirées mais les solutions sont lentes à se mettre en place. Chacun pense que l’autre doit faire le même effort et reste figé dans une attente qui nous fait perdre un temps précieux. L’engrenage de la concurrence à tous les niveaux tue l’esprit collectif. Il est grand temps qu’un projet socialiste mobilisateur apporte les changements nécessaires que nous attendons tous. Le monde a besoin de solidarité, d’empathie et non d’une austérité qui va faire augmenter le chômage et amener la dépression. C’est pour cela qu’il faut soutenir l’économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur. La tâche ne sera pas facile pour la personne qui succèdera à Nicolas Sarkozy.
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