L’Irlande et la crise économique
En dehors des débats politiques qui nous intéressent nous avons l’avantage, nous Français de l’étranger, de pouvoir partager ce que nous observons dans nos pays de résidence. Nous pouvons y glaner ce qui marche et nous en inspirer dans nos propositions. Nous pouvons aussi témoigner des erreurs à éviter.
Pendant près d’une décennie l’Irlande fut adulée par les medias. La presse française présenta le pays comme un Eldorado ; le pays où l’on trouvait du travail dans les 24 heures (ce qui était vrai) et où tout était possible, en particulier pour les risques financiers. Les Irlandais étaient trop contents de croire au miracle et en ont profité sans penser aux lendemains puisque ceux-ci ne pouvaient être que plus sombres. Ils n’avaient pas eu le temps d’oublier leur passé.
Où va l’Irlande aujourd’hui ? A son arrivée au pouvoir le gouvernement de centre gauche a été forcé de revoir à la baisse toutes ses prévisions de croissance et à la hausse son endettement. Dans un élan de fierté nationale les Irlandais ont fait un point d’honneur de rembourser l’argent prêté par la BCE et le FMI. Ils paient le prix fort et le savent. Dans les vieilles lois et coutumes gaéliques, pour que la paix sociale demeure, il faut honorer ses dettes. Ils l’assument donc comme ils assument qu’ils ont joué à un jeu sans règles ni limites et qu’ils ont perdu. D’autres continuent de jouer et gagnent encore beaucoup d’argent. Les Irlandais, eux, n’ont plus rien à mettre sur la table.
Il leur faut trouver des solutions et vite. Le gouvernement donne l’exemple avec la réduction des salaires des ministres et de leurs cabinets. Le service public connait les coupes les plus sévères. Aucun départ à la retraite n’est remplacé et des coupes successives de salaire ont atteint 14,5% pour la seule année 2010. La consommation intérieure est pratiquement nulle alors ils misent tout sur les exportations. Ils stimulent l’investissement, en particulier les PME qui n’ont plus accès au crédit. Ils créent alors une banque publique d’investissement stratégique. La recherche et l’innovation sont les seuls domaines qui ont vu leurs crédits augmenter quand les réductions de budget touchent tous les secteurs de l’éducation. L’objectif premier est la réduction du chômage. Les allocations n’ont pas été affectées et le salaire minimum va être augmenté d’un euro l’heure à l’automne prochain. C’est toute la société irlandaise qui participe à l’effort de redressement des finances.
Il semblerait que les Irlandais aient passé la phase de vouloir faire payer le prix fort aux banquiers pour les erreurs commises. Certains sont poursuivis par la brigade des fraudes. Aucun président ou directeur général en fonction en 2009 ne siègent aujourd’hui dans les banques dont ils étaient responsables. Du directeur de la banque centrale irlandaise aux principales banques encore présentes on ne trouve que des nouveaux visages. Confronté à une crise de liquidité et de solvabilité, le système bancaire ne doit sa survie qu’au soutien de l’Etat. La sortie de la crise est conditionnée à la maitrise de l’endettement et au succès de la stratégie de « désinflation compétitive », moteur de la croissance. Le gouvernement attend beaucoup des exportations qui rendraient les ajustements douloureux plus supportables. Les Irlandais attendent de la BCE qu’elle cesse de se concentrer sur sa seule mission de contenir l’inflation et se préoccupe davantage de croissance et d’emploi. Ils attendent aussi de leurs partenaires plus de solidarité. Ils ne comprennent pas l’obsession du président Sarkozy sur le taux de 12,5% d’imposition sur les bénéfices appliqué en Irlande. Ce taux effectif est le taux réel, payé par tous, sans exception. Alors que le taux affiché de la France est de plus de 30% une étude de la banque mondiale et Pricewaterhouse Coopers viennent de démontrer que le taux effectif moyen est de 11% pour la France, grâce notamment a certaines dispositions fiscales qui permettent au groupe Total, par exemple, de ne payer que 8%. En tout cas, changer le système au moment où le pays a un besoin crucial d’attirer des investissements étrangers parait suicidaire.
La volonté de s’en sortir est palpable à tous les niveaux. Seuls deux ministres du gouvernement précédent furent élus il y a maintenant 4 mois aux législatives. Le vent du changement et du renouvellement a soufflé. Les Irlandais veulent croire qu’ils peuvent s’en sortir. Ils regardent avec inquiétude ce qui se passe en Grèce mais aussi au Portugal, en Espagne et en Italie. Il existe encore trop d’incertitudes pour savoir si les mesures en place suffisent. Seule certitude elles font mal et personne n’a envie de voir répété les erreurs du passé. La baisse de la note de l’Irlande par l’agence de notation Moody’s indique qu’en 2013 l’Irlande aura du mal à revenir sur le marché. Elle indique aussi de gros risques pour les investisseurs privés. Si l’Italie devait suivre le pays est trop important pour les mesures de sauvetage mises en place pour l’Irlande puissent être appliquées. Faut-il en arriver là pour que l’UE prenne enfin les mesures d’une politique économique commune qui protègent les Etats des spéculateurs ?
La disparition du réseau diplomatique français
Point de vue
La diplomatie française n’est plus qu’un château de sable
| 23.06.11 | 13h52 • Mis à jour le 24.06.11 | 14h57
Sur les planches de Deauville, accueillant le G8 hier, sur la Croisette demain pour le G20, il est facile de jouer une pièce de théâtre et de laisser croire que la France a les moyens de ses grandes ambitions déclaratoires.
Nous aimerions applaudir sans réserve à cette séduisante mise en scène. Il y a tant à faire pour gagner les paris d’une mondialisation plus juste et plus humaine. Mais, si on passe dans les coulisses, les illusions s’évanouissent. Le château de sable de la diplomatie française est proche de s’écrouler à la prochaine marée…
Alain Juppé avait exprimé en juin 2010, dans une tribune partagée avec Hubert Védrine, ex-ministre des affaires étrangères, la crainte que "l’instrument (diplomatique) soit sur le point d’être cassé". Il vit maintenant tous les jours l’état dramatique du ministère. Saura-t-il convaincre le gouvernement d’inverser la tendance pour assurer au ministère des affaires étrangères les moyens des ambitions affichées ?
La diplomatie de crise, des communiqués et des coups médiatiques est la plus visible. Mais, à l’opposé de la diplomatie "de perron", la diplomatie de l’influence et la coopération souffrent gravement. La France est en train de perdre la bataille du soft power, qui se joue sur le terrain et à long terme.
Se vanter dans les discours officiels de disposer du deuxième réseau diplomatique après les Etats-Unis est de la poudre aux yeux. Année après année, ce réseau s’appauvrit et devient une coquille vide. Qu’est-ce qu’une politique d’influence sans hommes et sans femmes pour la faire vivre sur le terrain ? Après avoir réduit ses effectifs de 10 % entre 1994 et 2005, le petit ministère des affaires étrangères (15 500 agents au total) doit en sacrifier deux mille de plus d’ici 2013, au titre de la révision générale des politiques publiques (RGPP).
Tandis que les chancelleries et les consulats manquent de personnels essentiels, ceux du secteur culturel et de la coopération, servant de principale variable d’ajustement, diminuent comme peau de chagrin… Au même moment pourtant, de nouveaux emplois "honorifiques" et très coûteux sont donnés à des amis(e) s politiques, dont l’action comme ambassadeurs itinérants ou thématiques est aussi floue que les missions, ou qui font fi des règles déontologiques s’imposant aux diplomates en continuant de mener leur carrière politique nationale.
D’un débat budgétaire à l’autre, les gouvernements successifs ne disent pas la vérité et le Parlement se voile la face. Deux des 5 milliards d’euros dont est "crédité" le Quai d’Orsay ne font en fait que transiter pour faire face à nos engagements internationaux, tels que la contribution au Fonds de développement européen (FED) ou celle destinée aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, qui augmentent chaque année.
Le budget effectif du ministère n’est que de 3 milliards environ. Subissant des coupes drastiques, il est largement insuffisant pour financer un réseau mondial et conduire une politique d’influence ambitieuse.
Ce que l’on appelle la diplomatie culturelle, universitaire et scientifique a été sévèrement touchée et ne dispose plus que d’un budget dépassant à peine les 200 millions d’euros, soit l’équivalent de celui de deux grandes écoles françaises comme Polytechnique, ou du tiers du coût de nos opérations militaires en Afghanistan. La réforme en cours est un fiasco, vue du terrain. Le budget des bourses données à des étrangers est aussi en chute libre, passant de 105 millions d’euros en 2006 à 61 millions d’euros en 2010. Notre réseau scolaire – plus de 460 établissements qui accueillent 250 000 élèves, dont la moitié sont des étrangers qui paient leur scolarité et seront des vecteurs essentiels de rayonnement pour notre pays – est menacé par les conséquences d’engagements présidentiels inconsidérés.
Les contributions volontaires aux programmes des Nations unies, qui témoignent de notre attachement au multilatéralisme et aux valeurs humanistes et de solidarité, ont diminué de moitié en trois ans : avec un total de 48 millions d’euros, la France devient un contributeur secondaire. Elle n’est plus qu’au 17e rang des contributeurs du Haut-Commissariat pour les réfugiés ou de l’Unicef, au 15e rang de l’Unwra (Aide aux 4 millions de réfugiés de Palestine), etc. Dans le même temps, 360 millions d’euros ont été promis par le président de la République pour le Fonds mondial sida. Où les prendra-t-on ? Où est la cohérence de notre action ?
On pourrait multiplier les exemples. Quel que soit le secteur d’activité – culturel, linguistique, coopération universitaire et scientifique, audiovisuel, missions et invitations de jeunes talents et d’experts -, la baisse des moyens depuis 2008 varie de moins 33 % à moins 50 %, voire conduit à la disparition de pans entiers de notre coopération.
Nos partenaires y voient au mieux la marque d’un décalage entre les paroles et les actes, au pire, celle d’un sérieux déclin, et les amis de la France s’en inquiètent partout dans le monde.
Enfin, en matière d’aide publique au développement, nous nous vantons d’être le troisième donneur d’aide derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni. En fait, l’aide publique au développement (APD) française repose pour 40 % de son montant sur des remises de dettes et sur la croissance très rapide des prêts bancaires accordés par l’Agence française de développement (AFD) aux pays émergents.
Les flux encore positifs aujourd’hui deviendront négatifs demain quand le remboursement de ces prêts devra être comptabilisé. En tendance, l’aide publique au développement française est plus proche des 0,3 % du revenu national brut (RNB) que des 0,5 % annoncés publiquement à l’OCDE, et très loin de l’engagement pris lors du sommet du Millénium de porter notre aide à 0,7 % du RNB en 2015.
La comparaison avec le Royaume-Uni est éclairante. Les deux pays affichent aujourd’hui des montants globaux comparables de l’ordre de 10 milliards d’euros, mais le décrochage de la France est patent au regard de l’argent "cash" que le Royaume-Uni investit dans des projets sur le terrain sous forme de dons, à travers des programmes bilatéraux ou multilatéraux, et qui est six fois supérieur au nôtre. Faute de peser financièrement, nous influençons de moins en moins les débats et les décisions dans les pays africains prioritaires pour nous, et ce sont les Anglo-Saxons qui s’imposent dans les enceintes où se concertent les bailleurs.
Des mesures d’urgence s’imposent : L’acte I doit être la négociation du budget 2012, pour donner un coup d’arrêt à la dégradation et fixer un nouveau cap pluriannuel. Au-delà, une réflexion plus globale s’impose. Des états généraux de l’influence de la France dans le monde pourraient permettre de mobiliser l’opinion publique et d’identifier les voies et moyens du redressement nécessaire. Notre pays dispose (encore) d’atouts dans la compétition mondiale. Il n’est que temps de réagir.
Groupe Marly, diplomates français
Article paru dans l’édition du 24.06.11
Un grand pas en avant pour l’égalité.

Le premier civil partnership entre personnes homosexuelles (en excluant les six autres couples ayant bénéficié d’une exemption des trois mois de bans) a eu lieu hier à Dublin. Cette loi promulguée le 1er janvier 2011 est équivalente au PACS en France. Elle permet d’officialiser aux yeux de l’administration une union entre deux personnes, de même sexe ou non.
Hugh Walsh et Barry Dignam ont donc entamé hier une nouvelle étape dans leur relation. Ils se sont rencontrés il y a 20 ans alors que l’homosexualité était encore illégale en Irlande – elle n’a été décriminalisée qu’en 1993. Leur vie de couple a donc tenu la distance et ce civil partnership n’est pour eux qu’une occasion de renouveler leurs vœux, "devant le pays, devant l’Etat". 
Le civil partnership a été soumis à débat depuis que la proposition de loi le concernant a été publiée, en juin 2009. Au sein même de la communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels), certains auraient préféré refuser cette nouvelle loi pour viser à légaliser le mariage entre personnes homosexuelles. L’association Gay and Lesbian Equality Network y voit néanmoins un changement historique pour la communauté gay et lesbienne d’Irlande.
Au 1er avril, 267 demandes d’unions civiles avaient été enregistrées, selon le Department of Social Protection. Lors du premier PACS célébré à Belfast il y a trois ans une émeute avait accompagnée la cérémonie. Des protestataires étaient venus montrer leur opposition et s’étaient heurtés aux amis « rainbow » du couple. Un seul opposant à Dublin posté devant le bureau de l’Etat civil et une couverture médiatique importante comme pour bien montrer que dans ce domaine aussi, comme dans celui de la paix en Irlande du Nord, une page est définitivement tournée et qu’il n’y aura plus de retour en arrière.
Que reste-t-il du modèle social français?
Que reste-t-il du modèle social français et de ce qui faisait l’exemplarité de la France ? On demande aux générations actuelles et futures de travailler jusqu’à 62, voire 67 ans pour être sûr de pouvoir bénéficier de sa retraite en occultant les chiffres alarmants du chômage actuel chez les seniors et chez les jeunes. Il serait plus judicieux de commencer à s’intéresser à la création et le maintien des emplois et la mise en place de nouvelles mesures incitatives à l’emploi des quinquagénaires, mais également à l’emploi des jeunes. Sinon, nous ne faisons que décaler le problème dans le temps et punir les générations futures. Près d’un Français sur trois aura plus de 60 en 2060, d’après les dernières projections de l’Insee.
Dans le domaine de la santé on remet en cause le remboursement d’un nombre croissant de médicaments par la sécurité sociale. Et que fait-on de l’égalité d’accès aux soins ? Ce qui faisait la grandeur de la France, son exceptionnel service de santé. Elle n’existe plus. Et l’égalité des chances à l’école ? Quant à l’égalité d’accès à la formation, au travail, n’en parlons pas. La liberté d’expression? On vole à des journalistes ayant travaillé sur l’une des plus troublantes histoires de délinquance financière française leur outil de travail et le recueil de leurs investigations.
Cette logique de consommation s’étend et elle touche aujourd’hui à des biens de notre société qui ne doivent pas y être soumis. Pourtant, au nom de cette crise, on démantèle les services publics du domaine de la santé, de l’éducation nationale, de la justice, de la culture. On essaie de leur impliquer une logique comptable, de rentabilité. Or, ce n’est pas possible. L’éducation que l’on donne à un enfant n’a pas de logique comptable mesurable, et encore moins à court terme. Mais elle se conclura par une formation complète et solide, une bonne préparation au monde du travail, un emploi correspondant à ses capacités, un renouement du lien social. C’est ainsi qu’elle peut être mesurable.
On ne peut pas laisser les choses partir ainsi à la dérive. Quelque chose gronde dans la société. La crise sociale que connaissent l’Irlande et la Grèce risque fort d’être contagieuse. La dérive autoritaire d’exclusion, d’individualisation ne peut pas durer. Il faut réfléchir aux choses encore et encore, avancer pour l’épanouissement de tous, pour retrouver de vraies valeurs de solidarité, d’égalité, de liberté.
Le fait du Prince, encore et toujours
Malgré sa compétence et son attachement au projet de modernisation des Archives nationales, qui ont été unanimement loués, la directrice des Archives nationales de France est aujourd’hui la victime collatérale des caprices d’un Président dont le projet de musée de l’histoire de France a révélé la méconnaissance profonde de l’Histoire et sa volonté de l’instrumentaliser.
La décision expéditive de son éviction relève du fait du prince et traduit la pratique autoritaire d’un pouvoir qui ne supporte pas que ses projets contestables concernant notre patrimoine soient discutés par ceux qui ont la charge de la conserver. Est-ce là ce que l’on attend d’un président élu démocratiquement ? Est-il normal qu’entre deux élections celui-ci s’accorde le pouvoir absolu et que le seul rôle de l’opposition soit celui de dénoncer ces abus ?
Est-ce bien le modèle démocratique que nous avons encore la prétention de vouloir voir adopter par d’autres ?
Ballade irlandaise
L’histoire commence avec un pays pauvre. Famine, oppression du colonisateur anglais puis de l’église catholique, misère décrite dans « les cendres d’Angèle » nous donnent les paroles de la chanson, triste comme le sont toujours les chansons irlandaises. Tout cela fait partie de la mémoire collective et de la réalité qu’ont vécue des générations d’Irlandais. Et puis, un jour, cette petite île que seuls les descendants de ceux qui l’ont quittée viennent découvrir ainsi, que quelques Européens curieux, connait la prospérité. Elle est adulée par ses partenaires européens, montrée en exemple dans les journaux financiers du monde entier et elle devient un Eldorado qui attire des milliers de jeunes à la recherche d’un emploi. Le salaire minimum double en dix ans, les allocations et aides de toutes sortes augmentent, le chômage est un mauvais souvenir. Les banques encouragent et soutiennent les dépenses. Elles prêtent sans garantie et les spéculateurs prennent de plus en plus de risques. Grisé par cette richesse soudaine qui est dépensée comme s’il n’y avait aucun lendemain le pays a tous les symptômes du nouveau riche qui ne sait pas gérer sa nouvelle fortune. Avec la même rapidité qui avait amené la richesse la bulle a soudain éclaté. La crise financière qui suit entraine en quelques mois une crise économique pour déboucher sur une crise sociale. Le gouvernement, trop proche des milieux financiers, est lent à prendre les décisions nécessaires. Le peuple qui souffre, à qui on fait payer les erreurs de quelques-uns, a besoin de faire payer les coupables. En moins de six mois le Premier ministre n’a plus que 14% de soutien dans la population. Pourtant son parti est l’un des deux partis fondateurs de la République et est au pouvoir depuis des décennies. Il s’accroche au pouvoir et gagne une série de motions de défiance présentées au parlement et au sein de son propre parti. Si l’Irlande n’était pas une démocratie elle aurait connue la révolte du peuple comme l’ont connue la Tunisie et l’Egypte. Sa chute sera finalement provoquée par la révélation qu’il avait rencontré le directeur général d’Anglo Irish Bank deux semaines avant sa nationalisation. Depuis la nationalisation de cette banque l’Etat a versé 35 milliards d’euros, financés par les contribuables. Le salaire des fonctionnaires a été baissé de 15% en six mois. Le chômage est passé de 3 à 14,8% et on estime à près de 100 000 le nombre de jeunes qui vont quitter le pays.
Les leaders des cinq partis politiques qui espèrent gagner l’élection législative du 25 février débattent et présentent leurs programmes. Tous proposent de créer un environnement qui stimulera l’emploi, changera radicalement le parlement et réformera les institutions. Il est évident qu’ils ont tous pris la mesure de la crise et que les solutions pour en sortir ne peuvent être qu’impopulaires. Le courage politique n’est pas très visible quand ceux qui le pratiquent sont engagés dans un jeu de séduction et les promesses restent vagues. Le srutin approche, les débats se terminent. Ils furent tous peu convaincants mais la démocratie donne l’espoir de lendemains meilleurs. On connait trop le présent pour lui offrir le mot de la fin. On terminera notre ballade en pensant que « Tomorrow is another day ! »
Dans l’oeil du cyclone
Le Premier Ministre irlandais discute en ce moment-même avec son parti de sa légitimité à conduire la prochaine élection au Parlement irlandais, qui sera anticipée, probablement en Mars. J’en profite pour partager avec vous un commentaire paru dans l’Est Républicain suite à l’entretien que j’avais eu avec ce journaliste lorsque ce scrutin a été annoncé dans l’urgence, suite à la colère qu’avait suscité l’adoption du plan de sauvetage imposé par l’UE et le FMI.

«Dans l’oeil du cyclone »
LA COMMUNAUTÉ française n’est pas épargnée par la crise financière qui frappe l’Irlande. Explications avec deux Français vivant sur l’Ile.
« C’est effrayant. On a l’impression d’être dans l’oeil du cyclone », constate Hélène Conway. « Il y a une sorte de calme alors que l’on sait que des vents violents sont en train de tout dévaster ». Cette Française installée en Irlande depuis plus de 20 ans a une bonne connaissance de la société irlandaise. Elle est chargée du département des langues au Dublin Institute of Technologie (20.000 étudiants).
Elle est aussi élue à l’Assemblée des Français de l’étranger pour l’Irlande où elle représente la communauté française forte de quelque 20.000 membres.
Une communauté peu présente dans cette petite république insulaire comparée aux 150.000 Polonais ou aux 200.000 Chinois sur une population totale de 4,5 millions d’habitants.
« L’essentiel des étrangers sont venus ici il y a cinq ou six ans quand l’Irlande a connu un formidable essor économique », explique Hélène Conway. « A cette époque, le chômage était de 3 % à peine. Il y avait un boom dans la construction. La croissance était à 14 %. Les jeunes qui sont venus se sont endettés pour acheter des propriétés qui, aujourd’hui, ne valent plus grand chose. Ils sont coincés : la vente de leur maison ne leur permet plus de rembourser les banques ».
Si certaines entreprises françaises résistent bien à la bourrasque financière qui souffle sur l’Irlande, comme Yves Rocher (cosmétiques) ou Servier (laboratoire pharmaceutique), d’autres, plus petites, se sont délocalisées à Londres ou ailleurs.
La crise financière frappe sans pitié tous les habitants. « Tout le monde a eu des réductions de salaire alors que les remboursements bancaires restent les mêmes », constate Hélène Conway. « Chacun se serre la ceinture. Autrefois, on pouvait se faire de l’argent rapidement si on achetait et on revendait au bon moment. Ce temps-là est fini. Finalement, le boom économique apparaît comme un accident de parcours. Les Irlandais en ont bien profité. C’est du jamais vu depuis 1916, date de la création de la République».
Quant aux jeunes qui sortent de l’université, ils savent qu’ils vont être forcés de partir. Ils ne trouveront plus de travail. « C’est une génération qui a connu l’aisance et qui va connaître des difficultés », souligne la représentante de la communauté française. « Le changement a été brutal. D’un mois à l’autre on vous enlève 10 % de votre salaire ». La faute à qui ? « Aux politiques», n’hésite pas à affirmer Hélène Conway. « Les décideurs n’ont pas su imposer un système de régulation du système financier pour encadrer la spéculation mondiale. Mais les Irlandais sont inventifs et capables de relever le défi ».
Marcel GAY
L’Irlande à la dérive: une crise financière, économique, sociale, et maintenant politique

Cet homme, à terre alors que passent les officiels du FMI, vous le reconnaissez ?
Ce qui se passe en Irlande est très grave. La gestion de l’état est catastrophique et les politiques accusent les banquiers qui ne sont pas les seuls fautifs. La souveraineté du pays leur échappe. Conclusion pour l’Europe: une gouvernance commune des budgets (rien de nouveau mais Bruxelles l’exigera quand on sera vraiment au bord du gouffre). Les prochaines victimes sont déjà connues le Portugal et l’Espagne.
Alors que les experts de l’UE et du FMI ont commencé lundi à Dublin à mettre au point les détails d’un vaste plan de sauvetage à l’Irlande l’agence de notation Moody’s a jugé que le plan de sauvetage UE/FMI destiné à l’Irlande aurait un impact négatif sur la note de Dublin, puisqu’il transfèrerait sur le secteur public le fardeau de la crise bancaire et creuserait la dette souveraine. «Une dégradation de plusieurs crans, qui laisserait la notation de la République (d’Irlande) en catégorie d’investissement, est désormais l’issue la plus probable de notre réexamen de la dette souveraine", note l’analyste Dietmar Hornung, dans un document de travail. A Londres, le ministre britannique des Finances, George Osborne, a indiqué que le Royaume-Uni allait fournir à l’Irlande un prêt bilatéral d’environ 7 milliards de livres, soit 8 milliards d’euros. La Suède, également non membre de la zone euro, envisage un prêt bilatéral de 530 millions à 1,06 milliard d’euros à l’Irlande. L’aide internationale à l’Irlande pourrait faire l’objet d’un premier versement en janvier, a déclaré lundi le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker, qui estime que l’aide à l’Irlande ne devrait pas dépasser les 100 milliards d’euros. L’euro a réagi à la hausse, touchant un plus haut d’une semaine à 1,3786 dollar avant de retomber légèrement à 1,3742 dollar.
Cette crise financière nous entraine vers une crise politique dont nous voyons les premiers prémices aujourd’hui. Les Verts qui forment un gouvernement de coalition avec Fainne Fail ont annoncé à l’heure du déjeuner qu’ils se retireront du gouvernement en janvier. Les deux indépendants qui soutenaient jusqu’alors le gouvernement ont déclaré dans la foulée qu’ils ne le soutiendraient plus. Si le budget n’est pas voté et que le plan de rigueur promis ne peut être mis en place il est improbable que l’aide de 100 milliards soit donnée. Des militants du Sinn Feinn sont entrés par la force dans le parlement il y a quelques heures. Tout s’enchaine si vite que l’on ne sait trop où l’on va. Le gouvernement n’a plus aucune crédibilité mais on craint fort de découvrir une situation encore plus catastrophique que celle qui a été annoncée.
Nominations au CESE: le Président en campagne verrouille la République, bafouée par l’UMP
Le Conseil des ministres du 27 octobre a procédé, sur proposition du Premier ministre, à la nomination des 40 personnalités qualifiées appelées à siéger au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Ces nominations ont été officialisées par un décret du 28 octobre (J.O., 29 oct. 2010).
Conformément à l’article 7 de la loi organique du 28 juin 2010 relative au CESE, le gouvernement devait désigner – sans consultation préalable de l’Assemblée des Français de l’étranger – un représentant des activités économiques françaises à l’étranger parmi les dix personnalités choisies en raison de leur expérience dans le domaine économique.
Force est de constater que les nominations auxquelles il a été procédé remettent en cause de manière inacceptable le pluralisme et l’indépendance de la troisième assemblée constitutionnelle de la République, elles ont été manifestement décidées sur des critères exclusivement politiques, et les personnalités nommées, quasi exclusivement toutes liées à l’UMP, ne semblent pas posséder pour nombre d’entre elles les compétences requises dans les champs sociaux, économiques ou écologiques que le CESE doit représenter.
Depuis 1984, les Français établis hors de France étaient représentés au CESE par deux conseillers nommés par décret pris sur le rapport du ministre des affaires étrangères après consultation de l’AFE.
Le gouvernement a injustement supprimé cette représentation en invoquant le fait que les Français établis hors de France disposent de leur propre assemblée, qu’ils sont représentés au Sénat et qu’ils seront prochainement représentés à l’Assemblée nationale. Il a cependant simultanément maintenu l’obligation pour le gouvernement de nommer des représentants des activités économiques à l’étranger.
Nous pensons qu’une erreur manifeste d’appréciation et une erreur de droit entachent ce raisonnement :
L’argument suivant lequel les français établis hors de France seraient déjà représentés au Sénat et demain à l’Assemblée de telle sorte qu’ils pourraient être exclus du CESE est inopérant. C’est une obligation légale.
Dans la liste des 40 nommés, personne ne possède le profil de représentant des activités économiques à l’étranger, ce qui constitue une erreur manifeste d’appréciation de la part du gouvernement.
Motion proposée
La FFE dénonce sur le fond et la forme ces nominations:
Nous sommes sincèrement attachés à une représentation au CESE qui soit conforme à l’expression de tous les Français établis hors de France dans leur diversité sociologique ;
Nous rappelons que deux millions de compatriotes vivent à l’étranger en assurant à
Nous ne pouvons nous résoudre à voir les français de l’étranger ainsi écartés d’une assemblée dans laquelle ils ont tant à apporter et à voir le CESE ainsi privé, de fait, d’une partie de sa légitimité.
Image AFP
L’exception culturelle française, enjeu politique majeur par Tahar Ben Jelloun
Dignité, un bel article de Tahar BEN JELLOUN, à lire ICI, des retraites à l’exception culturelle française :
… la France officielle ne cesse de réduire le budget de ses instituts culturels dans le monde. Elle abîme son image, réalise quelques économies (il en faut pour payer la présence en Afghanistan), mais elle fait fausse route, elle fait une grave erreur. C’est avec la culture, avec ses productions littéraires, théâtrales, musicales, picturales, cinématographiques, avec ses valeurs humanistes, son héritage des Lumières qu’elle assurera une belle présence, laquelle lui faciliterait des réalisations économiques importantes. Le pari sur la culture est le seul qui vaille. Or, le ministère des affaires étrangères fait des économies ridicules tout en continuant à espérer que la voix de la France sera entendue et respectée. Calcul de petit épicier sans envergure, sans vision à long terme. (…)
Retraites: l’arrogance de l’UMP dénoncée sur les ondes irlandaises
Parmi les moyens de combattre la réforme des retraites, j’ai choisi de passer sur les ondes et d’expliquer pourquoi les gens sont dans la rue pour manifester. De toute évidence les Français rejettent le modèle anglo-saxon qu’a adopté Nicolas Sarkozy qui nous fait croire que le bonheur passe par toujours plus d’argent. Les Français veulent une réforme juste dont le poids financier soit supporté également par tous, suivant leurs moyens.
C’est ce que j’ai exprimé dans l’émission "The Wide Angle", présentée par Karen Coleman, une émission d’actualité phare dans le paysage politique irlandais, diffusée sur Newstalk, radio nationale dont les programmes sont très suivis.
Pour écouter la deuxième partie de l’émission de ce 30 octobre : http://media.newstalk.ie/listenback/229/sunday/2/popup
L’entretien commence à la 6ème minute, après les nouvelles et la météo, pour un total de 30 minutes. Mon intervention commence à la 22ème minute.
L’ambassadeur a défendu la ligne du gouvernement qui consiste a souligner le caractère indiscutable du vote, sur la base que le parlement était l’expression démocratique du peuple et que celui-ci venait d’ approuver la loi sur la réforme des retraites.
Pour ma part j’ai développé un argument sur le type de société que nous voulions qui ne passe pas nécessairement par une explication comptable à tous les problèmes. D’autre part il ne faut pas oublier le CPE: le parlement vote les lois mais le peuple continue à être souverain. Cet épisode est encore frais dans les mémoires. Il était important de montrer que les Français ne sont opposés aux réformes. Une concertation qui aurait permis la promulgation d’une loi plus juste dont le coût aurait été mieux partagé n’aurait certainement pas provoqué une telle réaction de la rue. Pour rendre l’intervention pertinente, il fallait garder à l’esprit que les auditeurs irlandais partent à la retraite à 65 ans et bientôt à 67 ans et que la situation économique et financière du pays est si catastrophique qu’on parle maintenant d’une intervention probable du FMI.
Image: Newstalk www.newstalk.ie
A l’étranger aussi, nous sommes inquiets pour l’avenir des retraites en France !
Le Parti Socialiste appelle à suspendre le débat sur les retraites au Sénat
A l’étranger aussi, nous sommes toujours plus nombreux à nous inquiéter pour l’avenir des retraites en France !
L’avenir des retraites concerne tous les Français, en France comme à l’étranger. En effet, selon la reconstitution de sa carrière, un Français établi à l’étranger peut dépendre du système français de retraites. La loi de finance de la sécurité sociale de 2010 prévoit que le prix du rachat des trimestres passés à l’étranger sera multiplié par 4 à compter du 1er janvier 2011. La retraite peut subir une décote de 20%, voire plus, si aucune action n’est entreprise individuellement avant le 31décembre 2011.
La situation des conjoints est encore plus grave : carrières interrompues, activité locale impossible et retraites tronquées. C’est le montant des pensions de réversion qui est en jeu.
Une autre réforme que celle de la droite, qui prenne en compte la situation de tous les Français, en France et à l’étranger, est possible.
La force et l’ampleur croissante de la mobilisation dans notre pays peuvent encore faire reculer le Gouvernement. C’est une nécessité: malgré quelques faux-semblants dans le débat au Sénat, la réforme Sarkozy-Woerth reste profondément injuste et ne règle rien. Elle ne garantit ni le financement du système par répartition ni le pouvoir d’achat des retraités.
Les mesures du Gouvernement vont :
· Transformer les jeunes retraités en vieux chômeurs, en obligeant les seniors à cotiser plus longtemps et contraindre les femmes qui ont eu des carrières fractionnées à partir à 67 ans ;
· Entraîner une baisse du niveau des pensions, comme après les précédentes réformes de la droite ;
· Exclure la prise en compte de la pénibilité, qui ne saurait être confondue avec l’invalidité ;
· Faire porter plus de 90 % des nouveaux efforts sur les seuls salariés et rien ou presque sur les revenus du capital ;
· Piller le fonds de réserve des retraites pour maquiller les déficits en vue des échéances 2012 sans régler durablement la question du financement.
Le Parti Socialiste propose :
1. Le maintien de l’âge légal de départ à 60 ans, la protection pour les salariés ayant commencé à travailler le plus tôt et la liberté de choix pour tous ;
2. Une juste prise en compte de la pénibilité, sur base de l’espérance de vie liée aux parcours professionnels ;
3. Le financement des retraites du premier au dernier Euro par des efforts partagés : les revenus du capital et les banques doivent aussi contribuer à l’effort de solidarité ;
4. La reconnaissance par des mesures démographiques de l’allongement de la durée de la vie ;
5. Un fonds de réserve des retraites garanti pour amortir les chocs démographiques et économiques.
Mobilisons-nous pour une réforme juste, qui préserve nos retraites et celles de nos enfants !
Fédération des Français à l’Etranger : 00 33 1 45 56 77 82
Retrouvez toutes les propositions du PS sur les retraites à www.parti-socialiste.fr

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