Crise

Quel avenir pour l’Europe? Débat dominical sur RTE avec Marian Finnucane

Voici le lien vers l’une des émissions phare de RTE le weekend, une revue de presse avec Marian Finnucane, à laquelle j’ai participé ce dimanche 13 novembre. Ce fut une discussion riche de points de vue différents, centrée autour de la question du futur de l’euro, de la démocratie en Europe et la perspective sérieuse d’une Union à deux vitesses. J’ai apporté un éclairage français sur le traitement de la crise par le Président Sarkozy et son acolyte Madame Merkel. Nous avons également brièvement abordé le rôle du Sénat, qui intéresse aussi les irlandais, engagés dans une réflexion sur leur deuxième chambre, Seanad Éireann. Le débat commence après la 4ème minute. 

 

    Pour écouter: Marian Finnucane – RTE Radio 1  

Leçons à tirer de la crise ou la solidarité illusoire au sein de l’Union européenne.

 L’Irlande et l’Islande ont servi de laboratoires à la crise. Frappées toutes deux en 2008 aucune concession ne leur a été faite. La France, derrière le FMI et la BCE, a forcé l’Irlande a un emprunt énorme aujourd’hui remboursé par les contribuables irlandais. Les banques françaises protégeaient ainsi leurs investissements et, en plus, gagnaient 3% d’intérêts sur le dos des Irlandais puisqu’elles empruntaient à 3,5% à la BCE et prêtaient aux Irlandais à 6,5%. La menace de défaut de la Grèce a  soudain calmé l’avidité des banques françaises qui ont revu leurs taux d’intérêts à la baisse. Si Nicolas Sarkozy ne faisait pas passer les intérêts des banques avant celui des pays, y compris le sien, les décisions qui s’imposaient auraient été prises à temps.

Ces deux peuples se sont servis des processus démocratiques pour éloigner les responsables de la crise tant au niveau politique que financier dans leur pays. Ils attendaient des nouvelles équipes en place qu’elles soient courageuses et équitables. Les plans d’austérité furent sévères mais ces deux pays ont retrouvé un taux de croissanceraisonnable. Si ce n’était pour l’instabilité des autres pays européens et l’avidité des spéculateurs qui jouissent toujours d’une immunité parfaite tant que le système ne sera pas régulé  ces deux petits pays sont la preuve qu’il existe des solutions et que celles-ci passent par un courage politique qui se base sur une  perspective à long terme qui fait cruellement défaut. Qu’attendent aujourd’hui les pays ciblés par les spéculateurs pour imiter ce qui a marché ? Les mesures « Merkozy » ne sont pas à la hauteur de ce qui est nécessaire et arrivent trop tard.  Les décisions finalement prises cette semaine auraient du l’être au printemps 2010. Elles auraient évité à la France de perdre son triple A. L’indécision n’aura servie à rien et certainement pas à protéger leur système bancaire puisque Merkel et Sarkozy perdent tous deux toutes les élections dans leur pays respectifs.

Au fil des ans, gouvernements et législateurs ont répondu à des attentes catégorielles dans un système opaque. Cette approche a provoque d’incroyables inégalités. Pire encore les promesses non tenues éloignent un peu plus les peuples de la confiance qu’ils donnent aux politiques. Il ne suffit plus de tenir de bons discours le passage à l’acte se relève essentiel. L’Irlande avait perdu son âme à force de courir après le rêve vide et vain du bonheur matériel. Elle revient enfin à ses fondamentaux. Le candidat du Labour Michael D. Higgins gagnera certainement la présidentielle et continuera à apporter à la fonction la dignité que Mary Robinson puis Mary Mc Aleese lui ont donnée. Les élections qui se succèdent prouvent que les citoyens ont encore leur mot à dire et font le bon choix. Espérons qu’ils le feront massivement en 2012.

Photos AP

Et vous, que ferez-vous face aux frères Marché?

 Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.

 Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait.

Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.

 Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 euros par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes.

Les jours suivants, il offrit 300 euros et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants.

Constatant qu’il n’en restait plus un seul ce jour-là, il fit savoir qu’il reviendrait en acheter à 500 euros l’unité dans huit jours et il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 euros l’unité.

Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 euros dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt.

Le cours de l’âne s’effondra : les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier.

Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

 Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant.

Or, celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement!

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale…

On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front.

On les appelle les frères Marchés.

Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants …

Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place? Que ferez-vous?

L’Irlande et la crise économique

 En dehors des débats politiques qui nous intéressent nous avons l’avantage, nous Français de l’étranger, de pouvoir partager ce que nous observons dans nos pays de résidence. Nous pouvons y glaner ce qui marche et nous en inspirer dans nos propositions. Nous pouvons aussi témoigner des erreurs à éviter. 

Pendant près d’une décennie l’Irlande fut adulée par les medias. La presse française présenta le pays comme un Eldorado ; le pays où l’on trouvait du travail dans les 24 heures  (ce qui était vrai) et où tout était possible, en particulier pour les risques financiers. Les Irlandais étaient trop contents de croire au miracle et en ont profité sans penser aux lendemains puisque ceux-ci ne pouvaient être que plus sombres. Ils n’avaient pas eu le temps d’oublier leur passé.

Où va l’Irlande aujourd’hui ? A son arrivée au pouvoir le gouvernement de centre gauche a été forcé de revoir à la baisse toutes ses prévisions de croissance et à la hausse son endettement. Dans un élan de fierté nationale les Irlandais ont fait un point d’honneur de rembourser l’argent prêté par la BCE et le FMI. Ils paient le prix fort et le savent. Dans les vieilles lois et coutumes gaéliques, pour que la paix sociale demeure, il faut honorer ses dettes. Ils l’assument donc comme ils assument qu’ils ont joué à un jeu sans règles ni limites et qu’ils ont perdu. D’autres continuent de jouer et gagnent encore beaucoup d’argent. Les Irlandais, eux, n’ont plus rien à mettre sur la table. 

Il leur faut trouver des solutions et vite. Le gouvernement donne l’exemple avec la réduction des salaires des ministres et de leurs cabinets. Le service public connait les coupes les plus sévères. Aucun départ à la retraite n’est remplacé et des coupes successives de salaire ont atteint 14,5% pour la seule année 2010.  La consommation intérieure est pratiquement nulle alors ils misent tout sur les exportations. Ils stimulent l’investissement, en particulier les PME qui n’ont plus accès au crédit. Ils créent alors une banque publique d’investissement stratégique. La recherche et l’innovation sont les seuls domaines qui ont vu leurs crédits augmenter quand les réductions de budget touchent tous les secteurs de l’éducation. L’objectif premier est la réduction du chômage. Les allocations n’ont pas été affectées et le salaire minimum va être augmenté d’un euro l’heure à l’automne prochain. C’est toute la société irlandaise qui participe à l’effort de redressement des finances.

Il semblerait que les Irlandais aient passé la  phase de vouloir faire payer le prix fort aux banquiers pour les erreurs commises. Certains sont poursuivis par la brigade des fraudes. Aucun président ou directeur général en fonction en 2009 ne siègent aujourd’hui dans les banques dont ils étaient responsables. Du directeur de la banque centrale irlandaise aux principales banques encore présentes on ne trouve que des nouveaux visages. Confronté à une crise de liquidité et de solvabilité, le système bancaire ne doit sa survie qu’au soutien de l’Etat. La sortie de la crise est conditionnée à la maitrise de l’endettement et au succès de la stratégie de « désinflation compétitive », moteur de la croissance. Le gouvernement attend beaucoup des exportations qui rendraient les ajustements douloureux plus supportables.  Les Irlandais attendent de la BCE qu’elle cesse de se concentrer sur sa seule mission de contenir l’inflation et se préoccupe davantage de croissance et d’emploi. Ils attendent aussi de leurs partenaires plus de solidarité. Ils ne comprennent pas l’obsession du président Sarkozy sur le taux de 12,5% d’imposition sur les bénéfices appliqué en Irlande. Ce taux effectif est le taux réel, payé par tous, sans exception. Alors que le taux affiché de la France est de plus de 30% une étude de la banque mondiale et Pricewaterhouse Coopers viennent de démontrer que le taux effectif moyen est de 11% pour la France, grâce notamment a certaines dispositions fiscales qui permettent au groupe Total, par exemple, de ne payer que 8%. En tout cas, changer le système au moment où le pays a un besoin crucial d’attirer des investissements étrangers parait suicidaire.

La volonté de s’en sortir est palpable à tous les niveaux. Seuls deux ministres du gouvernement précédent furent élus il y a maintenant 4 mois aux législatives. Le vent du changement et du renouvellement a soufflé. Les Irlandais veulent croire qu’ils peuvent s’en sortir. Ils regardent avec inquiétude ce qui se passe en Grèce mais aussi au Portugal, en Espagne et en Italie. Il existe encore trop d’incertitudes pour savoir si les mesures en place suffisent. Seule certitude elles font mal et personne n’a envie de voir répété les erreurs du passé. La baisse de la note de l’Irlande par l’agence de notation Moody’s indique qu’en 2013 l’Irlande aura du mal à revenir sur le marché. Elle indique aussi de gros risques pour les investisseurs privés. Si l’Italie devait suivre le pays est trop important pour les mesures de sauvetage mises en place pour l’Irlande puissent être appliquées. Faut-il en arriver là pour que l’UE prenne enfin les mesures d’une politique économique commune qui protègent les Etats des spéculateurs ?

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Gravy train still stops at all the right stations by Fintan O’Toole (The Irish Times)

Voici un article paru il y a quelques semaines, mais qui reste cruellement d’actualité. En Mai, un sénateur irlandais du Fianna Fail, laminé aux dernières élections, recevait une confortable rente à vie alors que s’ouvrait le débat sur l’opportunité d’une réduction du salaire de ceux qui travaillent le dimanche, dans le cadre de l’effort partagé pour renflouer l’économie. Tous dans le même bateau, mais le "Gravy Train" roule pour les riches. J’aime l’énergie de Fintan O’Toole lorsqu’il dénonce l’archaïsme d’une élite qui reste volontairement de marbre face aux injustices qu’elle inflige aux citoyens. Alors que les marchés s’acharnent sur la Grèce, le Portugal et bientôt l’Espagne et l’Italie, avant de passer au plat de résistance, dont la France, un certain nombre de "lucky ones" y trouve son compte, dans une démonstration d’égoïsme et de cynisme inouï. Ce capitalisme triomphant nous ramène deux siècles en arrière, aux pires heures de la révolution industrielle, comme le souligne Fintan qui mentionne très justement Dickens. 

 

 Ivor Callely will get €63,000 a year for the rest of his life yet Richard Bruton targets the poorest workers FINTAN O’TOOLE

WHAT IS the price of a litre of milk? How much does a sliced pan cost? Are baked beans cheaper in Aldi or in Dunnes? What’s the typical bus fare between a working-class city suburb and an industrial estate?

There are people who know the answers to these questions and there are those who don’t. And the most nauseating sound in Ireland is the people who don’t, pontificating about the people who do. It is smug, sleek people who live in a bubble of comfort and self-satisfaction deciding that the problem in this bloody country is that the women who clean their offices are paid too much.

This is a State in which Ivor Callely, who is so smart he couldn’t quite figure out where he was living, is due to get more than a quarter of a million euro from the taxpayers over the next year as compensation for the fact that he can’t get elected anymore. For the rest of his life, which could be about 40 years, Ivor will get a pension of €63,000 a year. With his lump sums that’s a total of about €2.75 million.

Now let’s consider a contract cleaner, whose feathered-bedded status apparently keeps Richard Bruton awake at night. She gets up before dawn or leaves home after dusk to scrub toilets, polish floors and pick up the mess of people she’ll never even see.

I’ve never worked as a senator, so I can only imagine the stress that Ivor would have been under trying to work out all those complex expenses claims. But I have worked as a contract cleaner. It is miserable and soul-destroying, and I’d stick my neck out and say it’s a lot harder on the human spirit than waffling in the Senate while doing a bit of property development on the side.

Under the wage-setting mechanisms that Richard Bruton sees as such a problem, the contract cleaner gets €370.50 a week and no pension. That’s €770,000 over 40 years.

In other words, Ivor will get more than 3½ times for doing nothing at all what the cleaner will get for doing a miserable job in unsocial hours. And which of them does Richard Bruton see as a problem for Ireland, as the one whose over-inflated sense of self-worth must be brought down to size if we are to face reality? Not Ivor, apparently.

But then, Ivor, however repellent, is an individual. He’s a person. He has a name. Contract cleaners don’t have names. They are not people. They don’t have kids. They are “units of labour cost”.

They belong to what Charles Dickens in Hard Times calls “the multitude . . . generically called ‘the Hands’ – a race who would have found more favour with some people if providence had seen fit to make them only hands.”

What do the Hands need with Sundays? There was a time when it suited the powers that be to grant them Sundays for their spiritual and moral edification. But now that time is gone, Sunday should be just another day for the Hands. Not, mind you, for the Brains who have important things to do on Sundays, like being with their kids or visiting their parents or going to a match or taking a walk.

But since the Hands do none of these things, it is clearly extortionate that they should demand extra money for giving up something that couldn’t possibly mean anything to them.

What is the agenda in all of this? Ostensibly, it is to create jobs.

But as the Kevin Duffy-Frank Walsh report on the subject found, there is simply no evidence that attacking the wages of low-paid workers will lead to a substantial increase in employment.

The notion that the Irish low paid are living high on the hog is ludicrous. Hourly labour costs in the hospitality sector, for example, are already the third lowest in the EU. And the evidence shows that workers in the sectors covered by the system are just as likely to have taken wage cuts as those who are not; so much for the need for “flexibility”.

Is the agenda, then, to do with the crisis in the public finances? Clearly not: wage cuts will cost the State revenue. According to the think tank Tasc (whose council I chair), the direct cost to the exchequer of cutting a worker from €9.27 an hour to the current minimum wage is €1,865 a year per worker. This is without considering the indirect costs of reduced economic demand and the growth in demand for social services as workers and their families struggle to cope on poverty wages.

So if it’s not to do with jobs and it would make the crisis in the public finances worse, why are we even discussing wage cuts for the low paid? Because the crisis is an opportunity to dismantle the minimal protections that vulnerable working people have gained over the last century. Because the elite will sacrifice anyone to protect itself.

And because it allows sleek, smug people to look tough while the gravy train still stops at all the right stations.

Armée française : risque de surchauffe (Le Monde)

 | 12.07.11 | 12h00   •  Mis à jour le 12.07.11 | 12h13

Le ministère des finances a décidé que le défilé militaire du 14-Juillet coûtait trop cher. Comme d’autres démocraties, la France renonce à sa démonstration annuelle. Elle se contentera d’un logiciel de simulation pour donner au pays un aperçu des capacités de son armée.

Ce scénario de fiction le restera-t-il longtemps ? Le 14 juillet 2011 a lieu dans un climat tendu entre les armées et le pouvoir politique. Le débat actuel sur la"surchauffe" que provoqueraient les opérations en cours en témoigne.

En France, comme au Royaume-Uni au même moment, les chefs militaires ont averti : ils ont des difficultés pour durer. Après l’Afghanistan, la lutte antiterroriste au Sahel, la Côte d’Ivoire, ils ont pu répondre aux demandes urgentes de la"diplomatie militaire" en Libye grâce à une bonne planification. La période est à la "suractivité" comme l’a dit le chef d’état-major de la marine, l’amiral Pierre-François Forissier, plus qu’à la "surchauffe". Mais celle-ci est pour demain. Car les armées n’ont plus assez de marge pour, à la fois, combattre et régénérer le potentiel militaire.

Pendant que la marine et l’armée de l’air remplissent leur mission en Libye, la formation des jeunes pilotes est arrêtée. Si l’opération dure jusqu’à la fin 2011, l’unique porte-avions français, outil-vitrine à disposition du président, sera au port en 2012 pour renouveler les équipements et qualifier les hommes aux normes exigées par l’OTAN. Plus généralement, à l’arrière du front, les matériels manquent pour l’entraînement. La disponibilité est mauvaise, moins de 50% pour les avions. Le moral n’est pas bon.

RESTRUCTURATIONS, PROJECTIONS EXTÉRIEURES, PHASES DE CONTRAINTE FINANCIÈRE…

Les responsables militaires qui se sont exprimés ont été convoqués et rappelés à l’ordre ; ceux qui voulaient le faire en ont été empêchés. L’appareil militaire est"au taquet", a pourtant convenu le ministre de la défense, Gérard Longuet. Depuis les années 1960, les armées ont connu des restructurations, des projections extérieures et des phases de contrainte financière.

"Mais jamais les trois à la fois comme aujourd’hui", souligne le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud. "Les armées sont fragiles et fragilisées, il ne faut pas le nier ni se voiler la face : nous sommes dans une situation difficile", admettait-il, en mai, devant l’Institut des hautes études de défense nationale. Les contraintes financières "grèvent notre endurance opérationnelle"et "demain (…) pourraient remettre en cause notre régénération, c’est-à-dire notre aptitude à assumer les missions qui nous sont confiées". Au moment où, bien davantage que l’affaiblissement du lien entre l’armée et la nation, la crise met en péril la cohésion nationale, les exigences financières dominent le débat stratégique.

Souvent comparées, les opérations aériennes du Kosovo en 1999 et de la Libye depuis mars, divergent ainsi sur un point notable. La guerre contre le colonel Kadhafi a été d’emblée jaugée au prisme de ce qu’elle coûte. C’est 1,2 million d’euros par jour, a dû indiquer le ministère de la défense, 100 millions en trois mois. Le surcoût des opérations extérieures dépassera sûrement 1 milliard d’euros à la fin 2011, quand 640 millions ont été budgétés.

L’argent dépensé de la sorte est "aberrant", a estimé Daniel Cohn-Bendit, coprésident des Verts au Parlement européen. Le député évoquait, en juin, la situation de la Grèce, pays aux 100 000 soldats pour 11 millions d’habitants, lancé dans une course aux armements avec la Turquie. Quel sens cela a-t-il de demander à des fonctionnaires de baisser leur salaire, quand leur pays vient d’acheter à la France pour 3 milliards d’euros d’armement, ainsi que six sous-marins à l’Allemagne, pour 1 milliard, s’est interrogé M. Cohn Bendit ? Selon lui, une initiative européenne pour le désarmement serait plus efficace pour régler la crise grecque.

LA SÉCURITÉ COMME THÈME DE CAMPAGNE ?

Dans ce contexte, la France partage avec les puissances occidentales un même défi : disposer d’une armée "au juste prix". Professionnelle et resserrée. Moderne et efficace. Soutenable par l’opinion et disponible dans l’heure pour le pouvoir politique comme ce fut le cas pour l’armée de l’air en Libye. Contrairement aux Européens, les Etats-Unis se définissent comme une "nation en guerre". Mais au moment où la question de la dette rattrape l’Amérique, les sommes dépensées en Afghanistan, 450 milliards de dollars (320 milliards d’euros) en dix ans, apparaissent, elles aussi, exorbitantes.

Si les militaires s’inquiètent de perdre à ce jeu, c’est que les budgets de défense européens ne cessent de baisser au profit des priorités économiques et sociales. L’effort ne peut pas être regardé comme faible dans l’absolu, avec une dépense annuelle de 31 milliards, dont 18 milliards d’acquisition, le premier budget français d’investissement public.

La question est bien celle du hiatus entre les ambitions et les moyens alloués. La contradiction est devenue par trop manifeste. "La question n’est pas : avons-nous ce qu’il nous faut ? Elle est : dites-moi ce que vous voulez que je fasse", indique l’amiral Guillaud. Le chef d’état-major "souhaite que la défense soit non un enjeu, mais un sujet pour 2012."

La stratégie nationale établie en 2008 dans le Livre blanc doit être révisée en 2012. Un Livre vert est à l’étude, qui poserait, avant l’élection présidentielle, un premier diagnostic sur la sécurité du pays et les menaces qu’il affronte. Une étape consensuelle. Sa déclinaison concrète – quelles opérations, avec quels moyens ? – exige un débat plus âpre. L’exécutif ne veut pas l’ouvrir avant la présidentielle.

Nathalie Guibert Article paru dans l’édition du 13.07.11

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Conseil de la création artistique: un grand coût pour rien

  

 J’avais exprimé ma surprise il y a deux ans à la suite de la création du conseil de la création artistique. Cette officine privée, sous contrôle direct du Président de la République au mépris du rôle du ministère de la Culture a été supprimée comme elle a été créée, en catimini et suivant la volonté du Prince.

 

Ce conseil n’aura donc marqué l’histoire culturelle que par son coût de 10 millions d’euros pendant que les budgets dévolus à la création artistique et notamment au spectacle vivant n’ont cessé de diminuer. Paradoxalement, sa suppression, annoncée par un simple communiqué de l’ Elysée, ne fait mention d’aucun grief. Sur ce sujet, comme sur d’autres, Nicolas Sarkozy passe désormais son temps à défaire ce qu’il a fait. Sous sa présidence, la France culturelle perd du temps et pire, sur bien des points, régresse. 

On imagine facilement comment ces 10 millions auraient pu être dépensés par notre nouvel Institut français.

 

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Marine, enfant du carbone

 Je voulais partager avec vous cet article de Jean-Marc Jancovici, paru dans Les Echos.  

 

Jean-Marc Jancovici

Chroniqueur – Ingénieur-conseil

Quel rapport entre la première place dans les sondages de Marine Le Pen et le carbone ? Posée comme cela, la question rappelle fortement les blagues absurdes de notre adolescence. Et pourtant, non seulement la réponse existe, mais elle permet d’affirmer que, tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos actions, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. En 2004 déjà, Marcel Boiteux, peu suspect d’être partisan de l’abandon de la démocratie, proposait ce genre de conclusion. Le grand homme avait-il abusé des mêmes substances que votre serviteur ?

Commençons par le commencement : l’économie n’est qu’une machine à transformer des ressources. De l’ordinateur sur lequel je tape ce manuscrit au papier sur lequel vous lirez ces lignes, tout ce qui a permis d’aller de l’un à l’autre (réseau télécoms, photograveurs, rotatives, usines de papier, usines de camions, puits de pétrole et raffineries, centrales électriques, magasins de journaux, et j’en passe) est constitué de ressources naturelles transformées par l’homme.

Or, par définition, même en physique, l’énergie est la grandeur qui quantifie le degré de changement d’un système. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie, et donc pas d’économie sans énergie, fût-ce celle de nos muscles. Cette dépendance est devenue massive dans le monde moderne, car, depuis un siècle, pétrole, gaz, charbon et uranium ont permis de multiplier par plusieurs centaines la seule force de nos bras et de nos jambes, et par ce même multiple les flux de matière qui alimentent notre système productif.

Sans énergie, plus de transports, de tracteurs et d’engrais, d’hôpitaux, d’usines, de chaîne du froid, d’ordinateurs (et donc plus de banques, ni de téléphone), de pompes (donc d’eau potable), etc. ; sans exagérer, on peut dire que si, demain matin, la France devait être privée d’énergie, le PIB serait divisé par n’importe quoi entre 2 et 20, et évidemment notre pays sombrerait dans le chaos… et la dictature. Or la France importe 99 % de son pétrole, 97 % de son gaz, 100 % de son charbon, et 100 % de son uranium, même si ce dernier se stocke facilement. Et la quantité de pétrole et de gaz à la disposition des Européens (65 % du total à eux deux) a déjà commencé à baisser sous l’effet de la contrainte globale de stock. Rappelons que l’extraction d’un stock donné une fois pour toutes - ce qui est le cas pour le pétrole, le gaz et le charbon, qui ont mis des centaines de millions d’années à se former -ne peut rien faire d’autre, au cours du temps, que de passer un jour par un maximum pour décliner inexorablement ensuite. Le maximum mondial, nous y sommes pour le pétrole et nous y serons bientôt pour le gaz, même avec les gaz de schiste, qui déchaînent tant les esprits aujourd’hui.

Comme les Européens sont en compétition croissante avec les pays producteurs (qui ont de plus en plus de voitures) et les « émergents » (qui ont déjà pas mal émergé !), dès lors que la production mondiale de pétrole n’augmente plus, la quantité que nous pouvons importer décroît. La production de la mer du Nord, pour sa part, baisse depuis 2000. Résultat : - 10 % de pétrole disponible en Europe entre 2004 et 2009, et la tendance n’a aucune raison de s’inverser. Pour le gaz, c’est pareil : la mer du Nord a passé son pic de production il y a quelques années, et les importations ne compensent pas le déclin (et ne le feront pas à l’avenir) ; de 2005 à 2009, le Vieux Continent a eu 7 % de gaz en moins. Enfin l’Europe importe déjà 40 % de sa consommation de charbon, et comme c’est un matériau qui voyage mal et ne peut remplacer le pétrole dans les transports, la substitution ne se décrète pas si facilement.

Nous allons donc avoir moins de combustibles fossiles. Comme ces derniers fournissent 80 % de l’énergie mondiale (et 83 % en Europe) et que, pour des raisons physiques, nucléaire et renouvelables auront du mal à compenser en totalité, nous allons probablement avoir moins d’énergie tout court, donc moins de transformation, donc moins de valorisation monétaire de cette transformation, donc… moins de PIB. Quelques petits artifices financiers permettent de temporairement cacher la misère, en mélangeant bulles spéculatives (y compris sur l’immobilier) ou production de crédits (avec de l’endettement à la clef), mais la réalité physique nous rattrape désormais tous les cinq à dix ans, sous forme d’une crise plus ou moins grave, qui se manifeste par un choc pétrolier puis une récession. La seule question pour la prochaine est juste de savoir si elle sera en 2012 ou 2013 ! Tant que nous conserverons cette dépendance mortelle aux combustibles fossiles, nous connaîtrons périodiquement des récessions, et Marine Le Pen montera dans les sondages, même si elle n’a pas l’ombre d’un plan pour faire face au problème.

Eviter l’extrémisme porte donc un nom : c’est la décarbonisation de l’économie. Que tous les adversaires politiques de Marine Le Pen y travaillent un peu plus sérieusement qu’aujourd’hui !

 

Jean-Marc Jancovici est ingénieur et consultant, spécialiste de l’énergie et des questions climatiques

 

Que reste-t-il du modèle social français?

 Que reste-t-il du modèle social français et de ce qui faisait l’exemplarité de la France ?  On demande aux générations actuelles et futures de travailler jusqu’à 62, voire 67 ans pour être sûr de pouvoir bénéficier de sa retraite en occultant les chiffres alarmants du chômage actuel chez les seniors et chez les jeunes. Il serait plus judicieux de commencer à s’intéresser à la création et le maintien des emplois et la mise en place de nouvelles mesures incitatives à l’emploi des quinquagénaires, mais également à l’emploi des jeunes. Sinon, nous ne faisons que décaler le problème dans le temps et punir les générations futures. Près d’un Français sur trois aura plus de 60 en 2060, d’après les dernières projections de l’Insee.

Dans le domaine de la santé on remet en cause le remboursement d’un nombre croissant de médicaments par la sécurité sociale. Et que fait-on de l’égalité d’accès aux soins ? Ce qui faisait la grandeur de la France, son exceptionnel service de santé. Elle n’existe plus. Et l’égalité des chances à l’école ? Quant à l’égalité d’accès à la formation, au travail, n’en parlons pas. La liberté d’expression? On vole à des journalistes ayant travaillé sur l’une des plus troublantes histoires de délinquance financière française leur outil de travail et le recueil de leurs investigations.

La crise économique et financière que nous connaissons depuis l’an passé n’est que la surface immergée de l’iceberg qui fonce sur nous. Elle ne fait que mettre en exergue l’irrationalité du monde que nous avons fabriqué et dans lequel nous vivons, où un homme à lui seul peut ébranler le marché financier national. Les valeurs de notre société ont changé. Nous sommes devenus une société individualiste, matérialiste, une société dans laquelle la consommation régule le bien-être et est à l’origine du bonheur. Le sociologue Francis Farrugia parle depuis les années 90 d’une « crise du lien social », preuve que le problème n’est pas nouveau.

Cette logique de consommation s’étend et elle touche aujourd’hui à des biens de notre société qui ne doivent pas y être soumis. Pourtant, au nom de cette crise, on démantèle les services publics du domaine de la santé, de l’éducation nationale, de la justice, de la culture. On essaie de leur impliquer une logique comptable, de rentabilité. Or, ce n’est pas possible. L’éducation que l’on donne à un enfant n’a pas de logique comptable mesurable, et encore moins à court terme. Mais elle se conclura par une formation complète et solide, une bonne préparation au monde du travail, un emploi correspondant à ses capacités, un renouement du lien social. C’est ainsi qu’elle peut être mesurable.

On ne peut pas laisser les choses partir ainsi à la dérive. Quelque chose gronde dans la société. La crise sociale que connaissent l’Irlande et la Grèce risque fort d’être contagieuse. La dérive autoritaire d’exclusion, d’individualisation ne peut pas durer. Il faut réfléchir aux choses encore et encore, avancer pour l’épanouissement de tous, pour retrouver de vraies valeurs de solidarité, d’égalité, de liberté.

 

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En Irlande, des élections cruciales pour l’avenir du pays

 


Ce vendredi 25 février, les Irlandais choisissent leurs nouveaux députés, dans un scrutin proportionnel plurinominal qui permet aux électeurs de voter pour un parti mais aussi pour des candidats. Ce vote est crucial. Il intervient dans un contexte de crise aiguë avec une quasi faillite de l’Irlande et après la dissolution de la chambre basse (en principe élue pour cinq ans) du Parlement irlandais, le Dáil Éireann, consécutive au rejet de la classe politique dirigeante.

 

L’Irlande, un pays dynamité

23.02.2011par Sylvie BraibantPour Hélène Conway, universitaire franco irlandaise installée à Dublin et membre du Parti socialiste français, il ne fait aucun doute que les élections du 25 février sont cruciales. « Les Irlandais sont sous le choc. Ils ont vécu une double déflagration, avec l’explosion des bulles financières et immobilières, tant extérieures qu’internes, dans ce pays qui ne vit que grâce à une économie presque entièrement dépendante de la globalisation et qui est désormais en quasi faillite. Les Irlandais ont commencé à se poser des questions sur leurs gouvernants, et ont compris qu’ils étaient étroitement imbriqués avec le système financier mondial et avec les promoteurs  immobiliers, que les uns et les autres s’entraidaient. En clair que leur système était corrompu. » 



En 15 ans, l’Irlande, autrefois contrée rurale et pauvre, en proie aux famines régulières, terre traditionnelle d’émigration, est devenue un État hyper dynamique, à la pointe des nouvelles technologies, et urbain – la capitale Dublin accueille le quart de ses 4 millions 500 000 concitoyens.  Et voici qu’elle régresse radicalement : les jeunes qui ont grandi dans des familles aisées et immobiles, doivent à nouveau partir comme leurs grands parents, s’ils veulent survivre. L’une des étudiantes d’Hélène Conway reste ainsi interdite face à la décision de son père, imprimeur ruiné, jusqu’à récemment à la tête d’une fabrique d’étiquettes, et qui vient de décider de partir tenter une nouvelle chance en Australie, à 50 ans passés. 



EN COLÈRE MAIS PAS RÉVOLUTIONNAIRES 



Pourtant, si les électeurs irlandais rejettent massivement le parti au pouvoir de centre droit, le Fianna Fail, ce ne sera pas pour embrasser des idées révolutionnaires. Leurs voix devraient se porter sur le Fine Gail, légèrement moins à droite et sur Enda Kenny, probable futur Premier ministre, un ancien instituteur, son pâlichon et inexpérimenté chef de file, selon le Financial Times. Le Fianna Fail et le Fine Gail se partagent ainsi le pouvoir de la jeune République irlandaise, depuis 90 ans, dans un mouvement d’oscillation faible et perpétuel. 



Malgré leurs inquiétudes pour l’avenir le Labour peine à séduire au delà des quartiers prolétaires et d’une classe ouvrière quasi inexistante. Les socialistes (Aliance de la gauche unie) passent pour de terrifiants gauchistes, tandis que les Verts peinent à s’affirmer, dans la mesure où leurs idées sont désormais reprises par tous les partis qui veulent pousser l’économie verte et promouvoir une énergie renouvelable et indépendante. Les nationalistes du Sinn Fein (branche politique de l’Ira – armée républicaine irlandaise) ne représentent plus grand monde, et les eurosceptiques de Libertas ont disparu de la scène politique. 



REPENTANTS ET PRÊTS À REPARTIR 



Les Irlandais semblent tout à la fois en colère et résignés. En colère contre leurs dirigeants mais résignés à payer leurs pots cassés et à accepter les plans de rigueur du FMI et de l’Union européenne, mais aussi leurs prêts qui permettent de payer les fonctionnaires. « Les Irlandais, sans doute en raison de leur catholicisme enraciné, ont fait leur mea culpa et leur repentance : j’ai pêché donc je doit passer à la caisse, se disent-ils », commente encore Hélène Conway. 



Du coup, la campagne électorale, courte et intense, a été entièrement dominée par les questions sociales et économiques. Les Irlandais veulent juste avoir des réponses à des angoisses très concrètes : comment vont-ils pouvoirs continuer à rembourser leurs emprunts immobiliers « toxiques » ? Combien de postes de fonctionnaires seront-ils supprimés ? Comment pourront-ils continuer à payer les études de leurs enfants ? À cette dernière question, le Fine Gail (les favoris de centre droit) a très clairement répondu que, contrairement à la politique ultra libérale menée au Royaume Uni et qui a poussé les étudiants britanniques dans la rue, l’Irlande continuera à subventionner les frais d’inscription dans les universités. C’est sur ces petites différences-là que les électeurs de l’Eire départageront les candidats et leurs programmes. 
 
 

Ballade irlandaise

 L’histoire commence avec un pays pauvre. Famine, oppression du colonisateur anglais puis de l’église catholique, misère décrite dans « les cendres d’Angèle » nous donnent les paroles de la chanson, triste comme  le sont toujours les chansons irlandaises. Tout cela fait partie de la mémoire collective et de la réalité qu’ont vécue des générations d’Irlandais. Et puis, un jour, cette petite île que seuls les descendants de ceux qui l’ont quittée viennent découvrir ainsi, que quelques Européens  curieux, connait la prospérité. Elle est adulée par ses partenaires européens, montrée en exemple dans les journaux financiers du monde entier et elle devient un Eldorado qui attire des milliers de jeunes à la recherche d’un emploi. Le salaire minimum double en dix ans, les allocations et aides de toutes sortes augmentent, le chômage est un mauvais souvenir. Les banques encouragent et soutiennent les  dépenses. Elles prêtent sans garantie et les spéculateurs prennent de plus en plus de risques. Grisé par cette richesse soudaine qui est dépensée comme s’il n’y avait aucun lendemain le pays a tous les symptômes du nouveau riche qui ne sait pas gérer sa nouvelle fortune. Avec la même rapidité qui avait amené la richesse la bulle a soudain éclaté.  La crise financière qui suit entraine en quelques mois une crise économique pour déboucher sur une crise sociale. Le gouvernement, trop proche des milieux financiers, est lent à prendre les décisions nécessaires. Le peuple qui souffre, à qui on fait payer les erreurs de quelques-uns, a besoin de faire payer les coupables. En moins de six mois le Premier ministre n’a plus que 14% de soutien dans la population. Pourtant son parti est l’un des deux partis fondateurs de la République et est au pouvoir depuis des décennies. Il s’accroche au pouvoir et gagne une série de motions de défiance présentées au parlement et au sein de son propre parti. Si l’Irlande n’était pas une démocratie elle aurait connue la révolte du peuple comme l’ont connue la Tunisie et l’Egypte. Sa chute sera finalement provoquée par la révélation qu’il avait rencontré le directeur général d’Anglo Irish Bank deux semaines avant sa nationalisation. Depuis la nationalisation de cette banque l’Etat a versé 35 milliards d’euros, financés par les contribuables. Le salaire des fonctionnaires a été baissé de 15% en six mois. Le chômage est passé de 3 à 14,8% et on estime à près de 100 000 le nombre de jeunes qui vont quitter le pays.

Les leaders des cinq partis politiques qui espèrent gagner l’élection législative du 25 février débattent et présentent leurs programmes. Tous proposent de créer un environnement qui stimulera l’emploi, changera radicalement le parlement et réformera les institutions. Il est évident qu’ils ont tous pris la mesure de la crise et que les solutions pour en sortir ne peuvent être qu’impopulaires. Le courage politique n’est pas très visible quand ceux qui le pratiquent sont engagés dans  un jeu de séduction et les promesses restent vagues. Le srutin approche, les débats se terminent. Ils furent tous peu convaincants mais la démocratie donne l’espoir de lendemains meilleurs. On connait trop le présent pour lui offrir le mot de la fin. On terminera notre ballade en pensant que « Tomorrow is another day ! »

Dans l’oeil du cyclone

Le Premier Ministre irlandais discute en ce moment-même avec son parti de sa légitimité à conduire la prochaine élection au Parlement irlandais, qui sera anticipée, probablement en Mars. J’en profite pour partager avec vous un commentaire paru dans l’Est Républicain suite à l’entretien que j’avais eu avec ce journaliste lorsque ce scrutin a été annoncé dans l’urgence, suite à la colère qu’avait suscité l’adoption du plan de sauvetage imposé par l’UE et le FMI.  

«Dans l’oeil du cyclone »

LA COMMUNAUTÉ française n’est pas épargnée par la crise financière qui frappe l’Irlande. Explications avec deux Français vivant sur l’Ile.

« C’est effrayant. On a l’impression d’être dans l’oeil du cyclone », constate Hélène Conway. « Il y a une sorte de calme alors que l’on sait que des vents violents sont en train de tout dévaster ». Cette Française installée en Irlande depuis plus de 20 ans a une bonne connaissance de la société  irlandaise. Elle est chargée du département des langues au Dublin Institute of Technologie (20.000 étudiants).

Elle est aussi élue à l’Assemblée des Français de l’étranger pour l’Irlande où elle représente la communauté française forte de quelque 20.000 membres.

Une communauté peu présente dans cette petite république insulaire comparée aux 150.000 Polonais ou aux 200.000 Chinois sur une population totale de 4,5 millions d’habitants.

« L’essentiel des étrangers sont venus ici il y a cinq ou six ans quand l’Irlande a connu un formidable essor économique », explique Hélène Conway. « A cette époque, le chômage était de 3 % à peine. Il y avait un boom dans la construction. La croissance était à 14 %. Les jeunes qui sont venus se sont endettés pour acheter des propriétés qui, aujourd’hui, ne valent plus grand chose. Ils sont coincés : la vente de leur maison ne leur permet plus de rembourser les banques ».

Si certaines entreprises françaises résistent bien à la bourrasque financière qui souffle sur l’Irlande, comme Yves Rocher (cosmétiques) ou Servier (laboratoire pharmaceutique), d’autres, plus petites, se sont délocalisées à Londres ou ailleurs.

 «C’est brutal»

La crise financière frappe sans pitié tous les habitants. « Tout le monde a eu des réductions de salaire alors que les remboursements bancaires restent les mêmes », constate Hélène Conway. « Chacun se serre la ceinture. Autrefois, on pouvait se faire de l’argent rapidement si on achetait et on revendait au bon moment. Ce temps-là est fini. Finalement, le boom économique apparaît comme un accident de parcours. Les Irlandais en ont bien profité. C’est du jamais vu depuis 1916, date de la création de la République».

Quant aux jeunes qui sortent de l’université, ils savent qu’ils vont être forcés de partir. Ils ne trouveront plus de travail. « C’est une génération qui a connu l’aisance et qui va connaître des difficultés », souligne la représentante de la communauté française. « Le changement a été brutal. D’un mois à l’autre on vous enlève 10 % de votre salaire ». La faute à qui ? « Aux politiques», n’hésite pas à affirmer Hélène Conway. « Les décideurs n’ont pas su imposer un système de régulation du système financier pour encadrer la spéculation mondiale. Mais les Irlandais sont inventifs et capables de relever le défi ».

Marcel GAY

 

 

Petit précis du « sauvetage » de l’Irlande

L’Irlande à la dérive: une crise financière, économique, sociale, et maintenant politique


                

              Cet homme, à terre alors que passent les officiels du FMI, vous le reconnaissez ?

 

Ce qui se passe en Irlande est très grave. La gestion de l’état est catastrophique et les politiques accusent les banquiers qui ne sont pas les seuls fautifs. La souveraineté du pays leur échappe. Conclusion pour l’Europe: une gouvernance commune des budgets (rien de nouveau mais Bruxelles l’exigera quand on sera vraiment au bord du gouffre). Les prochaines victimes sont déjà connues le Portugal et l’Espagne. 

 

Alors que les experts de l’UE et du FMI ont commencé lundi à Dublin à mettre au point les détails d’un vaste plan de sauvetage à l’Irlande l’agence de notation Moody’s a jugé que le plan de sauvetage UE/FMI destiné à l’Irlande aurait un impact négatif sur la note de Dublin, puisqu’il transfèrerait sur le secteur public le fardeau de la crise bancaire et creuserait la dette souveraine. «Une dégradation de plusieurs crans, qui laisserait la notation de la République (d’Irlande) en catégorie d’investissement, est désormais l’issue la plus probable de notre réexamen de la dette souveraine", note l’analyste Dietmar Hornung, dans un document de travail. A Londres, le ministre britannique des Finances, George Osborne, a indiqué que le Royaume-Uni allait fournir à l’Irlande un prêt bilatéral d’environ 7 milliards de livres, soit 8 milliards d’euros. La Suède, également non membre de la zone euro, envisage un prêt bilatéral de 530 millions à 1,06 milliard d’euros à l’Irlande. L’aide internationale à l’Irlande pourrait faire l’objet d’un premier versement en janvier, a déclaré lundi le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker, qui estime que l’aide à l’Irlande ne devrait pas dépasser les 100 milliards d’euros. L’euro a réagi à la hausse, touchant un plus haut d’une semaine à 1,3786 dollar avant de retomber légèrement à 1,3742 dollar.

 

Cette crise financière nous entraine vers une crise politique dont nous voyons les premiers prémices aujourd’hui. Les Verts qui forment un gouvernement de coalition avec Fainne Fail ont annoncé à l’heure du déjeuner qu’ils se retireront du gouvernement en janvier. Les deux indépendants qui soutenaient jusqu’alors le gouvernement ont déclaré dans la foulée qu’ils ne le soutiendraient plus. Si le budget n’est pas voté et que le plan de rigueur promis ne peut être mis en place il est improbable que l’aide de 100 milliards soit donnée. Des militants du Sinn Feinn sont entrés par la force dans le parlement il y a quelques heures. Tout s’enchaine si vite que l’on ne sait trop où l’on va. Le gouvernement n’a plus aucune crédibilité mais on craint fort de découvrir une situation encore plus catastrophique que celle qui a été annoncée.

 

L’Irlande à l’écoute de la culture française de l’insurrection (Radio)

Entre deux réunions, j’étais de nouveau dans les studios de la radio Newstalk hier, Lundi 8 novembre, pour participer au très populaire "Moncrieff" show, généralement dédié à des sujets légers, mais cette fois le présentateur vedette avait décidé de parler de l’attitude des irlandais, de plus en plus révoltés mais pas encore assez, face à la réponse inadaptée du gouvernement contre la crise abyssale dans laquelle s’enfonce le pays. Je souhaitais parler de la tradition française de manifester pour se faire entendre, du droit à la révolte et du devoir d’exercer un contre-pouvoir à une audience qui se méfie traditionnellement de l’autorité mais n’a pas pour habitude de la contester en dehors des urnes.

Cette intervention a été très appréciée du public ainsi que me l’a signalée l’équipe qui m’a reçue, ainsi qu’en témoignent les nombreuses réactions positives. Une très bonne nouvelle pour notre message républicain.

Vous pouvez m’écouter en suivant le lien ci-dessous, je suis "LIVE" à partir de la 24ème minute. 

 


En Bref:

Cathal, le premier intervenant, a parlé de son intention de provoquer une élection législative. Pour l’instant seul le parlement ou le président est habilité à le faire. Le peuple devrait pouvoir décider du moment où il pense qu’il n’est plus représenté par ses élus.

 

J’ai développé l’idée que le droit de manifester en France est prévu par la loi et qu’il fait partie de la liberté d’expression dont jouissent les Français. Les manifestations et les grèves ont amené des changements importants au cours des siècles dans le domaine social et ont permis des avancées importantes. Il est difficile d’expliquer que les Irlandais ne réagissent pas plus à la crise et les mesures d’austérité draconiennes qui les frappent si ce n’est par le fait qu’ils n’ont pas de repère dans leur mémoire collective qui les conforte dans l’idée que le changement est possible par la seule volonté du peuple.

 

Pour eux, le dernier épisode de subversion a eu lieu en 1916 contre la puissance britannique, et a été écrasé dans des circonstances particulièrement dramatiques. Beaucoup gardent en mémoire que les insurgés s’y sont pris trop tôt, dans un contexte international trop tendu, alors qu’il était permis d’espérer une issue plus pacifique, une fois la Guerre passée. La libération du pays fut finalement suivie d’une terrible guerre civile. L’insurrection est synonyme de souffrance et d’injustice pour cette petite Nation encore jeune qui n’en finit pas de chasser le spectre de la Grande Famine et de l’émigration.

 

Parler de la France dans ces circonstances permet avant tout de nous rapprocher avec le peuple de ce pays qui nous accueille, où beaucoup voient malgré tout notre culture de la révolte et du combat social d’un bon oeil, et source de progrès possible pour l’Irlande aussi. 

 

 

 

Retraites: l’arrogance de l’UMP dénoncée sur les ondes irlandaises


Parmi les moyens de combattre la réforme des retraites, j’ai choisi de passer sur les ondes et d’expliquer pourquoi les gens sont dans la rue pour manifester. De toute évidence les Français rejettent le modèle anglo-saxon qu’a adopté Nicolas Sarkozy qui nous fait croire que le bonheur passe par toujours plus d’argent. Les Français veulent une réforme juste dont le poids financier soit supporté également par tous, suivant leurs moyens.

C’est ce que j’ai exprimé dans l’émission "The Wide Angle", présentée par Karen Coleman, une émission d’actualité phare dans le paysage politique irlandais, diffusée sur Newstalk, radio nationale dont les programmes sont très suivis.

Pour écouter la deuxième partie de l’émission de ce 30 octobre : http://media.newstalk.ie/listenback/229/sunday/2/popup 
L’entretien commence à la 6ème minute, après les nouvelles et la météo, pour un total de 30 minutes. Mon intervention commence à la 22ème minute.

 

L’ambassadeur a défendu la ligne du gouvernement qui consiste a souligner  le caractère indiscutable du vote, sur la base que le parlement était l’expression démocratique du peuple et que celui-ci venait d’ approuver la loi sur la réforme des retraites.

Pour ma part j’ai développé un argument sur le type de société que nous voulions qui ne passe pas nécessairement par une explication comptable à tous les problèmes. D’autre part il ne faut pas oublier le CPE: le parlement vote les lois mais le peuple continue à être souverain. Cet épisode est encore frais dans les mémoires. Il était important de montrer que les Français ne sont  opposés aux réformes. Une concertation qui aurait permis la promulgation d’une loi plus juste dont le coût aurait été mieux partagé n’aurait certainement pas provoqué une telle réaction de la rue. Pour rendre l’intervention pertinente, il fallait garder à l’esprit que les auditeurs irlandais partent à la retraite à 65 ans et bientôt à 67 ans et que la situation économique et financière du pays est si catastrophique qu’on parle maintenant d’une intervention probable du FMI.

 

Image: Newstalk www.newstalk.ie

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