De l’orage dans l’Eire
Crise immobilière, financière et politique… L’Irlande a tiré un trait sur ses années de croissance et se débat avec un déficit hallucinant et des plans de rigueur à répétition. Par CHRISTIAN LOSSON (envoyé spécial à Dublin)
C’est une fin de rêve de martingale, un miroir aux alouettes brisé. «L’économie irlandaise a longtemps été le poster d’enfant du libre marché globalisé ; une sorte de fable morale avec un happy end pour ceux qui auraient bien appris les leçons du capitalisme. Le prix à payer pour une telle illusion sera terrible.» Ce prix, Fintan O’Toole, en a une idée assez précise. Chroniqueur et historien, il a écrit le pamphlet le plus fin sur la crise. Ship of Fools («le navire des fous»). «Il suffit, dit-il, de passer en revue le flot d’infos depuis une semaine.» Un sauvetage des banques, jusqu’à 50 milliards d’euros, et un déficit budgétaire hallucinant : 32%. Une nouvelle récession annoncée, après une année 2009 déjà apocalyptique (- 7,1% de croissance). Un cinquième plan de rigueur budgétaire (4,5 milliards à trouver) à l’étude pour décembre et un chômage qui a triplé, et frole les 14%. Une agence de notation qui dégrade la capacité d’emprunt du pays…«Chaque jour, c’est une mauvaise nouvelle. Puis une nouvelle encore pire le lendemain, résume Jimmy Kelly, secrétaire général du syndicat Unite. Mais le pire n’est jamais sûr. Ou plutôt si : il est devant nous.»
Comment l’Irlande, ex-championne d’Europe de la richesse par habitant, en est arrivée là ? «Le modèle de développement irlandais nous a conduits dans le mur, souffle Fintan O’Toole. Parce qu’il est le fruit vénéneux, mélange d’un cocktail létal d’une idéologie libérale sans frein et sans vergogne, et d’un héritage irlandais d’une élite multipliant la collusion, le copinage et la complaisance.» Tournée, donc, la page du pays capable de doubler le nombre de ses chevaux de courses et de ses exportations en cinq ans. Zappées les fiestas des magnats de la construction sur des yachts d’Onassis, ou l’achat pour 379 millions d’euros d’un terrain à Ballsbrige, quartier hype, qui en vaut aujourd’hui dix fois moins. Oubliée la fierté retrouvée d’un pays en marge de l’Europe devenu – grâce aussi aux 10 milliards de fonds de Bruxelles – numéro 1 des exportations de logiciels avant que les multinationales, comme Dell, ne fuient.
«On s’est vu trop beaux». «Le pays a connu deux booms, résume Fintan O’Toole.A partir de 1994, un impôt sur les sociétés de 12,5% a attiré 40% des investissements américains en Europe.» Le vent de dérégulation a aimanté les multinationales. Le cash a afflué. Avec le krach de la bulle Internet, Dublin a voulu trouver un autre levier, un relais de croissance. «Les taux d’intérêts bas de la Banque centrale européenne ont alors permis un déluge de prêts, notamment immobiliers.» Mais la crise planétaire a frappé le pays de plein fouet en 2007. La bulle immobilière a éclaté ; les ressources fiscales ont plongé de 37%. Il a fallu sauver des banques (Libération du 1er octobre), dont le symbole honni : l’Anglo Irish Bank, dont le nouveau siège, squelette de béton figé par l’arrêt des travaux, hante les rives de la Liffey, au sud de Dublin…
«L’Irlande se retrouve face à la plus grave crise de son histoire ! estime ainsi Jimmy Kelly. La rigueur à coups de marteau, les coupes hallucinantes dans le secteur public ne feront qu’aggraver la crise et la récession. Les gens, tétanisés, vont geler leurs dépenses. La récession sera encore plus virulente.» Sans parler d’un dogme, que le gouvernement veut toujours intouchable : le bouclier fiscal made in Ireland.«De l’hystérie : le Premier ministre ne veut pas rompre avec la politique qui nous a conduits dans le gouffre», enrage Jimmy Kelly. «Comment peut-on, dans ces conditions, croire que l’on va passer d’un déficit budgétaire de 32% en 2010 à 3% en 2012, s’interroge, un brin incrédule, John O’Hagan, économiste au Trinity College. Certes, l’Irlande a engrangé des infrastructures, développé une main-d’œuvre qualifiée, mais le cartel feutré au pouvoir semble désemparé pour trouver une autre voie de développement.»
Ironie de l’histoire, les sorties du gouvernement ont des allures de credo tchatcheriens : Tina («There is no alternative»). «Il n’y a pas d’alternative, tout le monde doit faire des sacrifices horribles», assure Brian Lenihan, ministre des Finances. «On s’est cru plus proche de Boston que de Berlin, sourit Eamon, un vidéaste. La classe moyenne a acheté des maisons, est partie en vacances, a payé son café 5 euros. On s’est vu beaux. Trop beaux.»Résultat, «le sauvetage des banques nous plonge tous dans la déprime : 11 000 euros de dette en plus par Irlandais, ça fait cher le mirage, non ?»
Visa en main. Le mirage s’évapore chaque jour. Les pancartes «à louer» balisent l’Irlande. Plus de 300 000 logements seraient vides ou à moitié vides. Jusqu’à 3 000 ghost estates, des lotissements fantômes. Comme à Clongriffin, aux portes de Dublin. «Bienvenue dans le nouveau City Center», vante une pancarte. Un centre-ville, ça ? Un centre vide. Peuplé d’une poignée d’appartements comme habités par des zombies, dont les ombres se découpent. «On vit dans un cimetière immobilier, sourit Aider, 19 ans, étudiant en biologie. A part la gare, il n’y a rien. Pas de restaurants, pas de pharmacie, rien… Ces biens immobiliers sont maudits.» Des fantômes qui tiendront d’héritage-boulet du Tigre celtique. Les pots de peintures séchés immortalisent l’arrêt brutal des constructions. Si les Midlands, au cœur du pays, cristallisent ces subprimes à l’irlandaise, Dublin n’y échappe pas.«Après avoir connu une envolée digne d’un conte de fée pour promoteurs – 500% en dix ans -, les prix de l’immobilier ont chuté de 33% en trois ans,rappelle Fintan O’Toole. Le carrosse de Cendrillon a des allures de citrouille cabossée.» Un bureau sur cinq est désormais vide, record d’Europe. Et les affiches de location à 15 euros le mètre carré pullulent. Une honte, pour Richard Boyd Barrett, de l’organisation People Before Profits («le peuple avant les profits»). «60 000 familles vivent encore misérablement en attente de logements, déplore-t-il. Le pays n’a pas investi massivement dans des services publics – éducation ou santé. On vient de baisser de 20% les salaires des fonctionnaires. On ferme des lits dans les hôpitaux quand il faut huit mois pour avoir une visite chez un spécialiste.» Les transports ? «La mairie de Dublin vient ainsi de supprimer 200 bus sur 1 000. Et les premiers touchés, ceux qui paient la facture, sont les plus vieux et les plus démunis.»
Ils ne sont pas les seuls. «Les Européens sont partis, mais ça ne suffit pas, on expulse les Africains ; on a choisi de diviser la société plutôt que de s’attaquer à la finance, la racine du mal», s’indigne le député (Sinn Féin) Aengus O’Snodaigh, devant une manif au pied du Parlement contre le durcissement de la politique du droit d’asile. La plaie de l’émigration, qu’on pensait cautérisée après l’arrivée historique de migrants des années fastes, s’est rouverte. Béante. «40 000 Irlandais ont fui l’île l’an passé ; on parle de 100 000 cette année», rappelle O’Toole.Sur 4,5 millions d’habitants. Un peu comme si 1,5 million de Français quittaient l’Hexagone… «On est une génération perdue, la génération sacrifiée», lâche Connie, agrégée de lettres, visa pour l’Australie en main. Derrière la crise économique et financière, une autre crise se profile donc. Politique, démocratique.
Moins d’un Irlandais sur quatre soutient encore le pouvoir ultradominant du Fianna Fail. «L’ère du Tigre celtique a entraîné l’institutionnalisation de la déconnexion entre les citoyens et la vie démocratique. Les politiques et les hommes d’affaires baignent dans une inertie telle qu’elle ne peut conduire qu’à la banqueroute morale.» Fiach Mac Conghaile dirige l’Abbey Theater, cofondé par le poète et dramaturge William Butler Yeats. Il dit : «Notre chute résulte de l’absence de vision et de modèle de notre pays. Résultat, l’Irlande n’a plus été dirigée comme un pays, mais comme une entreprise. Les Irlandais ne se sont pas comportés comme des citoyens, mais des consommateurs.» Mac Conghaile s’agace et entend prendre sa part dans le réveil.«A l’inverse de la France, il n’y a jamais eu de débat de fond, en dehors du Parlement, sur le pacte social.» Même l’Eglise s’en indigne. L’évêque de Dublin, Diarmuid Martin, a ainsi résumé l’affaire lundi. Assimilant l’Irlande d’avant crise à une «tour de Babel»,«dominée par une cupidité intellectuelle», il a appelé à écouter les plus pauvres pour éviter de verser dans «une société tyrannique».
Culture de l’Impunité. Fiach Mac Conghaile ne verse pas dans le sermon. Il vient de monter John Gabriel Borkman, du Norvégien Ibsen. L’histoire d’un banquier véreux en quête d’une réhabilitation qui ne viendra jamais. Presque d’actualité, si ce n’est que l’Irlande pratique la culture de l’impunité avec un sens quasi inégalé. «Ici, les politiques et les hommes d’affaires prennent le pouvoir, mais pas le sens des responsabilités qui va avec.» En trois ans, seules deux personnes ont écopé d’une peine de prison.
Collusion, népotisme, passe-droit : une forme de trilogie maison, résume Elaine Byrne. Cette jeune politologue à Trinity University et auteure d’un livre à paraître sur l’histoire de la corruption, est plus prosaïque : «L’Irlande n’a jamais eu d’argent. Donc elle n’a pas su comment dépenser la manne.» Ou plutôt si, façon retour d’ascenseur : «Le parti au pouvoir a été financé pour un bon tiers par le secteur de l’immobilier.» Dans un pays où le renouvellement politique se fait de façon dynastique ( «Le Premier ministre ou le ministre des Finances sont des fils de politiques») et les salaires loin des compétences («Bertie Ahern, ex-Premier ministre, fut le mieux payé des chefs d’Etat du monde entier»), difficile de porter une nouvelle génération au pouvoir.
Dans les pubs, on parle, comme Tim, chauffeur-livreur, «de ressortir les guillotines pour couper des têtes politico-financières». Mais dans la rue, les micromanifs démontrent un stoïcisme très pénitence. Tétanisés, les Irlandais se révoltent en silence. Pour l’instant. Elaine Byrne dit ceci : «Les économistes passent leur temps à se demander si le verre est à moitié plein ou à moitié vide. Or, il est cassé. Il faut en trouver un autre. Et refonder une démocratie qui soit enfin, inclusive.» Sinon, la colère pourrait bien déborder de Facebook et du courrier des lecteurs. «La psyché de revanche des Irlandais a généré une fascination pour l’argent et une euphorie délirante, dit Fintan O’Toole. L’histoire est finie.» Comment en réécrire une nouvelle qui ne finisse pas tel un trash movie de série Z économique ?
Cet article paru sur le site de Libération résume bien notre situation actuelle.
La solidarité européenne suffira-t-elle à la Grèce et à l’UE ?
L’Union européenne, avec en première ligne la France et l’Allemagne, a enfin déclaré soutenir la Grèce dans le comblement de son déficit. Celui-ci dépasse en effet très nettement ce que l’UE demande à ses Etats membres en application des traités de Maastricht et de Lisbonne, avec 12,9 % de déficit au lieu des 3 % demandés par Bruxelles. La dette publique représente 115 % du PIB grec. Le pays ne sera pas laissé à l’abandon. Il pourra recevoir l’aide du FMI s’il la demande ainsi que des aides bilatérales européennes, à condition qu’il persiste dans son plan de rigueur budgétaire, et ce malgré le fort grondement social s’élevant dans l’ensemble du pays. Mais faut-il vraiment être soulagé ? Outre les risques réels de contagion à d’autres pays de l’Union (le Portugal, l’Espagne et l’Irlande en premier lieu), la crise grecque pose deux questions : celle de la solidarité des pays dans la zone euro et celle de la régulation de la finance au niveau de l’Union européenne
Dans quelle mesure les Etats membres de l’Union doivent-ils rester solidaires ? Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré : « Nous avons toujours fait preuve de solidarité avec tous les Etats membres de l’UE, et nous montrerons qu’à l’avenir la Grèce peut compter sur notre solidarité ». Une démarche que n’approuvent pas l’ensemble des 27, sachant qu’ils devront augmenter leur propre dette et celle de l’UE au risque d’un certain mécontentement de leurs propres opinions. Il s’agira là forcément de démarches volontaires puisque le traité de Maastricht prévoit qu’aucun Etat ne peut être forcé à en secourir un autre.
Or, le traité de Lisbonne prévoit dans ses articles la suppression des droits de vote pour les pays ne suivant pas les règles budgétaires communes, voire même leur expulsion en cas d’atteintes multiples aux principes démocratiques européens. L’Allemagne souhaiterait d’ailleurs élargir cette possibilité aux multiples dérapages économiques afin de sortir des Etats de la zone euro. Des mesures plus coercitives aideraient peut-être plus les Etats à tenir une gestion plus stricte de leur économie ?
Cette crise ne montre-t-elle un pan manquant à l’UE ? Les gouvernements ont répugné jusqu’à présent à s’effacer devant un gouvernement économique commun. Les plus libéraux ont même bloqué toute évolution car ils espéraient faire jouer une concurrence fiscale entre les vingt-sept et organiser une baisse des impôts et de la protection sociale. Asphyxiée par plus de vingt ans de désinflation compétitive l’Europe risque fort de ne pas résister aux marchés prêts à dégommer l’euro. On savait que l’euro ne ferait pas l’Europe. Il représente cependant encore cette monnaie unique qui devait permettre à l’UE de se battre à armes égales avec l’Amérique et les puissances asiatiques. Après les échecs diplomatiques successifs de Copenhague et de Doha l’UE frise l’humiliation en devant s’en remettre au FMI pour régler un problème interne. L’aveu est fait qu’elle ne peut s’en sortir seule et que les pays qui la composent se préoccupent plus de leur destin personnel que du destin collectif. Le politique semble crispé entre une opinion publique fixée sur son pouvoir d’achat et les marchés obsédés par la rentabilité.
Si l’UE veut survivre elle sera forcé de se réinventer, plus politique et plus solidaire, plus inscrite dans une logique fédérale. Portées par la déroute libérale, les gauches européennes ne doivent pas avoir peur de proposer l’accélération de l’harmonisation économique ainsi que des mesures fortes qui tordront le cou à la crise comme l’avait fait Roosevelt en encadrant la spéculation sur les marchés des produits dérivés et en décourageant les excès de la cupidité par des taux élevés d’imposition.
La formation de l’IHEDN – Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale
Depuis quelques années je rêvais de suivre la formation de l’IHEDN. Tous les amis qui avaient eu la chance d’engager une réflexion sur les grands problèmes de notre monde dans ce cadre-là m’en avaient parlé avec enthousiasme. Après une lettre de motivation qui m’a demandé quelques heures de travail et mon Curriculum Vitae mis à jour j’ai passé un entretien d’une heure quarante cinq avec quatre personnes. Mon dernier oral remontait à plusieurs années. Je m’en suis acquittée honorablement puisqu’il fut bientôt suivi d’une lettre me convoquant à la première rencontre en septembre.
J’avais posé un congé sabbatique auprès de mon université, tout d’abord accepté puis refusé pour raison de crise financière. L’année qui vient de s’écouler a donc été très chargée puisque j’ai mené de front deux activités. La gestion du département dont je suis responsable et ses problèmes financiers très graves que nous essayons de résoudre suite aux coupes budgétaires que nous impose le gouvernement et aussi les rencontres hebdomadaires avec les auditeurs de la 62 session de l’IHEDN. Ajouter à cela quelques déplacements en province ou à l’étranger et, depuis quelques semaines la campagne pour la désignation à la sénatoriale, et l’on comprend bien vite que j’ai bientôt un an de cinéma et de lectures à rattraper. J’ai beaucoup lu mais mes lectures se sont concentrées sur la crise économique, financière et écologique que nous traversons qui n’avaient jusqu’alors jamais été l’essentiel de mon choix littéraire.
La restitution de notre rapport sur « La crise économique et la crise financière, ferment de déstabilisation des Etats ou de coopérations interétatiques renforcées » s’est faite au Havre le 20 avril. Nous avons démontré qu’une réponse collective était un début de réponse au problème très complexe qui nous était posé. Nous avons eu des entretiens avec quelques experts, plutôt déprimants pour certains, quant aux analyses qui étaient faites de la situation. Au-delà de l’exercice intellectuel et de l’ensemble des connaissances amassées en peu de temps cette formation fait naitre des liens très forts entre les auditeurs. J’ai rencontré des gens dont je n’aurais certainement jamais croisé le chemin, qui sont devenus des amis. La confiance et l’amitié qui se forgent entre les auditeurs sont au cœur de cet apprentissage. Organiser un groupe de 16 adultes qui ne se connaissent pas et qui vont passer des journées ensemble et faire un travail de recherche sur un sujet qu’ils n’ont pas choisi relève du miracle. Et pourtant cela a merveilleusement bien marché. Je compte 15 nouveaux camarades avec tout ce que ce mot possède de positif.
Lors du diner de clôture j’ai eu la périlleuse mission de remercier Rémy Duval qui a encadré notre session. Après avoir ouvert la matinée par la restitution de notre rapport j’avais l’impression de fermer la boucle. Ces remerciements, chargés de reconnaissance pour le rôle central que Rémy a joué dans le succès de nos activités, ont vite été plein d’émotions quand nous avons réalisé tous deux que ces paroles scellaient la fin d’une merveilleuse aventure. Pour lui, l’encadrement de quatre sessions de l’IHEDN et le début d’une nouvelle activité professionnelle et pour moi la fin du rêve commencé en septembre 2009. Il y aura bien sûr d’autres rencontres et un bureau va se charger d’organiser l’avenir sous la direction d’un président et d’une vice-présidente élus lors de notre dernière rencontre au Havre. J’attends avec impatience ce nouveau chapitre dans le livre de la vie que nous ouvrirons ensemble.
Lien: Clôture de la 62ème session nationale « Politique de défense » au Havre
Image © Hélène Conway
L’endettement appelle la solidarité, pas l’austérité
L’endettement sévit à tous les niveaux. De l’Etat à l’individu personne ne semble épargné. En mars dernier, j’ai rencontré avec quelques camarades de mon comité Jacques Attali dans le cadre de notre recherche sur l’impact de la crise financière et de la crise économique sur les Etats. Il était extrêmement pessimiste sur l’avenir de l’euro et prédisait sa fin dans les dix années à venir si l’Union européenne était incapable de s’accorder sur une gouvernance économique, seule capable d’exiger des régulations au niveau mondial.
Dans son dernier livre, « Tous ruinés dans dix ans » Editions Fayard, sorti la semaine dernière il reprend certaines des analyses qu’il avait partagées il y a deux mois. Ses conclusions plutôt déprimantes, soutenues par des données et des diagrammes, démontrent que « sauf en période de guerre totale, la dette publique des pays les plus puissants du monde n’a été aussi élevée. Jamais les dangers qu’elle fait peser sur leur niveau de vie et leur système politique n’ont été aussi menaçants ». Il ajoute que, pour la France, la dette représentera pas moins de 83% du PIB et 535% de ses revenus fiscaux à la fin de cette année. De plus, en 2010 le Trésor public, deviendra le premier emprunteur en Europe avec ses 454 milliards d’euros. On imagine vite ce qui se passerait si les taux d’intérêts devaient augmenter pour un pays où les dépenses atteignent 55% du PIB et les recettes sociales et fiscales 45%.
Nous héritons d’une gestion laxiste des finances publiques à laquelle est venue s’ajouter la crise bancaire de 2008, née de la folie de la dérégulation et des sub-primes aux Etats-Unis. Alors qu’ils étaient déjà en déficit les Etats ont dû emprunter des milliards d’euros et de dollars qu’ils n’avaient pas en caisse et ainsi augmenter d’autant plus leur dette. Aujourd’hui les conclusions sont tirées mais les solutions sont lentes à se mettre en place. Chacun pense que l’autre doit faire le même effort et reste figé dans une attente qui nous fait perdre un temps précieux. L’engrenage de la concurrence à tous les niveaux tue l’esprit collectif. Il est grand temps qu’un projet socialiste mobilisateur apporte les changements nécessaires que nous attendons tous. Le monde a besoin de solidarité, d’empathie et non d’une austérité qui va faire augmenter le chômage et amener la dépression. C’est pour cela qu’il faut soutenir l’économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur. La tâche ne sera pas facile pour la personne qui succèdera à Nicolas Sarkozy.
A quand la fin de l’économie de Casino ?
Nous vivons avec la politique néolibérale depuis le début des années 80. Thatcher et Reagan ont introduit les baisses d’impôts pour les plus riches, soutenu la dérégulation des marchés, démantelé les services publics et fait la promotion du libre-échangisme et de l’innovation financière. Nous supportons cette politique à laquelle Nicolas Sarkozy a mis un coup d’accélérateur pour la France depuis son arrivée au pouvoir. Les inégalités s’accroissent, les richesses sont transférées du bas vers le haut mais comme la France, comme beaucoup d’autres pays, a laissé filer sa dette pour laisser quelques miettes aux plus démunis tout le monde s’en sort un peu mieux et le peuple est silencieux.
Seulement quand l’équilibre penche vers la finance pour un rapport de 80 pour 20 laissés à l’économie réelle et que les marchés financiers n’ont plus aucune retenue alors le système bascule. Les pays qui soutiennent cet équilibre se trouvent attaqués comme de simples produits financiers sur lesquels les traders spéculent. L’UE contre attaque en imitant les pratiques du systèmes en place – voire les emprunts contractés en faveur de la Grèce.
Pour moi les questions fondamentales n’ont pas encore été posées. A quand la fin de l’économie de Casino ? A quand le retour d’un juste équilibre entre le travail et le capital ? A quand enfin l’introduction d’une régulation qui permettrait d’encadrer les folies que nous voyons tous les jours dans les journaux ? Au XIII siècle les Lombards ont introduit la régulation dans leurs échanges. Sommes-nous vraiment incapables de la même prudence ?
Tant que l’idéologie en place n’aura pas changé les ajustements resteront d’ordre cosmétique. Nous devrons commencer par sortir de la pensée unique et réaliser qu’un autre modèle de société est possible. Le diagnostic est fait mais aller chercher l’argent où il se trouve reste tabou. Alors à problème global solution collective pour être plus fort. L’Europe pourrait trouver sa force, si seulement elle en avait envie.
L’Irlande et la crise financière: un peuple fier face à l’arrogance et la tyrannie des banquiers

L’une des rares protestations de rue contre l’injustice des mesures de redressement
Depuis la publication d’Eurostats tout le monde sait que l’Irlande arrive en tête des déficits européens, loin devant la Grèce, l’Espagne et le Portugal avec lesquels ils forment les PIGS, surnom donné par ceux qui ont contribué à la chute de ces pays. Ici ce n’était plus un secret pour personne, pour nous dont les salaires ont diminué de 15% en six mois, nous dont les amis se retrouvent au chômage ou forcés à l’émigration. Le taux de chômage est passé de 3% à 13% en moins d’un an. On estime à près de 100 000 le nombre des départs dû à l’émigration économique et à 300 000 le nombre de familles menacées de perdre leur maison parce qu’elles ne sont plus en mesure de rembourser leurs emprunts.
Chaque jour amène son lot de mauvaises nouvelles. Hier, on annonçait la fermeture des trois piscines du centre ville, où se trouvent les quartiers les plus touchés par le chômage. Aujourd’hui c’est le non remplacement des départs à la retraite. Aucun recrutement n’aura lieu dans la fonction publique jusqu’à la fin de l’année. Le parlement vote toutes les taxes, dont la taxe carbone, pour faire rentrer autant d’argent que possible dans les caisses. En même temps il ne cesse de couper dans les finances publiques. Nous sommes particulièrement touchés à l’université où notre budget doit être réduit de 20% entre juin et décembre 2010. Mission impossible puisque la masse salariale représente la plus grosse partie du budget. Cette mesure est tout simplement l’annonce de fermetures de postes comme cela avait été le cas en Angleterre à l’ère Thatcher. Des départements entiers dans certaines universités avaient alors fermé.
Le problème principal reste que seul l’argent des contribuables semble pouvoir venir en aide aux banques. Les médias font une chasse féroce aux banquiers dont ils dénoncent les abus. Certains sont forcés de rendre le million qu’ils avaient reçu au moment de leur départ il y a quelques mois. Ils le font par obligation morale puisque les politiques expliquent inlassablement qu’il n’existe pas d’obligations juridiques. Pourquoi n’en demandent-ils pas ? Ils y seront peut-être bientôt poussés puisque la chasse aux sorcières les rattrape aussi. Maire Geoghegan Quinn, nouvellement nommée commissaire européen pour la recherche et l’innovation, continue à toucher sa retraite de ministre et député alors qu’elle reçoit un salaire de 238 918 euros par an. Là aussi le Premier ministre explique qu’il n’y a aucune obligation de remboursement. Elle a décidé d’y renoncer ce matin et maintenant la pression est sur les députés pour qu’ils en fassent de même. Certains touchent une retraite de ministre alors qu’ils siègent au parlement. Au-delà de la souffrance imposée aux familles cette crise a l’avantage de chasser les privilèges.
Il est intéressant de voir comment tout un système de cumuls et d’abus est dévoilé dans la presse. Le dénoncer semble servir de soupape de sécurité pour contenir la tension sociale. Nous avons des coupables et ils paient, peu mais assez pour tous ceux qui ne gagneront jamais en toute une vie le bonus rendu. Cependant le système n’est ni changé ni régulé. Le monde de la finance semble attendre que la colère du peuple passe et que les journalistes s’intéressent à d’autres histoires.

Ce monde parallèle est un monde où la sanction n’existe pas ; où l’on s’attribue des sommes colossales pour se remercier d’avoir bien ou mal travailler quand tous les autres n’ont que la satisfaction du travail bien fait comme récompense ; où l’on joue en inventant des règles non contraignantes ; où l’on gagne beaucoup d’argent en touchant la touche d’un clavier sans avoir à se préoccuper du monde réel. Ce monde se sent tellement indispensable qu’il peut continuer sans rien changer à ses habitudes avec la bénédiction des gouvernements qui en ont maintenant peur. Peur de devenir la prochaine cible de la spéculation financière qui prend les pays pour des produits financiers.
La tension sociale ne s’exprime pas dans la rue, comme en Grèce. Elle est contenue, par fierté peut-être. La fierté d’un peuple colonisé jusqu’au début du XX siècle qui veut prouver qu’il n’a besoin de personne. L’Irlande va prêter 400 millions à la Grèce, l’argent qu’elle a elle-même emprunté. Et puis il y a l’émigration qui sauve la face. Il y a enfin ce fatalisme que toute la richesse générée ne pouvait être que passagère dans ce pays habitué à la pauvreté et à la misère pendant trop longtemps. Les Irlandais sont plus aisés qu’ils ne l’ont jamais été. Ils reconnaissent avoir gaspillé une grande partie de cette richesse parce qu’’ils voulaient en profiter tout de suite. On dit ici que le climat influence l’humeur des gens et les force à changer au gré du jeu entre le soleil et la pluie (la grande gagnante !). Il nous apprend certainement à profiter du moment présent parce que rien n’est jamais acquis.
Source Image 1 et 2
Sécurité et multilatéralisme efficace. La crise actuelle, une opportunité pour l’Europe, Partie 3.
La crise actuelle, une opportunité pour l’Europe. Réflexion en 5 parties

B. La Stratégie européenne de sécurité et le multilatéralisme efficace
La mondialisation a offert de nouvelles possibilités, et elle a également renforcé la complexité et l’interconnexion des menaces. La coopération internationale au sein des instances internationales et régionales est devenue de plus en plus importante pour la gouvernance mondiale. Cette coopération fondée sur les principes de la Charte des Nations Unies et sur les règles du droit international offre une garantie pour une meilleure protection de la sécurité internationale, dans un système ou les marchés, les menaces et les défis sont globaux. Dans ce contexte, la sécurité et la stabilité dépendent de plus en plus d’un multilatéralisme efficace, car aucun acteur n’est en mesure de faire face, seul, aux problèmes et aux menaces internationales complexes
Image: le Conseil de Sécurité de l’ONU
Un monde moins sûr. La crise actuelle, une opportunité pour l’Europe. Partie 2
La crise actuelle, une opportunité pour l’Europe. Réflexion en 5 parties

2. Un monde multipolaire et moins sûr
Le rapport qui s’établit entre la nature de la crise et sa globalité devrait nous permettre d’élargir notre perspective à des questions géopolitiques, notamment concernant la sécurité et la défense. En effet, le monde d’après la crise ne sera pas seulement différent en termes financiers et économiques. Dans ce contexte l’Union européenne a la responsabilité morale de saisir l’opportunité de cette crise et de jouer un rôle de stabilisateur et d’exportateur de sécurité.
La crise affecte déjà le système des relations internationales et les rapports de force entre les acteurs majeurs (Etats-Unis, Chine, Russie, Europe) seront profondément modifiés. De plus, la nouvelle multipolarité rend le système moins stable et plus concurrentiel. La crise aura aussi des conséquences profondes sur la sécurité de l’Union européenne et ses Etats membres. De ce fait, elle rend nécessaire une réflexion stratégique et des décisions politiques courageuses de la part des dirigeants européens.
Alors que le pouvoir financier et économique a basculé de l’Ouest vers l’Est, et que l’équilibre des forces qui s’oriente vers l’Est va être accéléré par la crise économique globale, les puissances émergentes deviennent plus fortes. La Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde et d’autres pays poursuivent des objectifs stratégiques bien définis et à long terme. L’Union européenne, ainsi que les Etats-Unis, doivent maintenant faire face à une situation où ils doivent s’appuyer sur des pays qui ne partagent pas nécessairement les mêmes valeurs et principes.
Les Etats-Unis sont devenus particulièrement vulnérable, principalement sur le terrain de l’éthique et de la moralité.En conséquence, leurs opposants (e.g. l’Iran, Corée du Nord) remettent en cause, défient son pouvoir politique et ses capacités militaires, alors que la Chine remet directement en cause l’autorité morale de l’Ouest concernant le nucléaire dans le cas de l’Iran.
Dans ce contexte, l’opportunité se présente pour la relation transatlantique, laquelle constitue un des éléments essentiels du système international, de prendre une nouvelle dimension et pour l’Union européenne de capitaliser sur ce terrain. La perception d’une Amérique « faible » profite à l’Union européenne. L’Union européenne peut être à la source de la stabilité et un intermédiaire de confiance dans les conflits et pour les régions dans lesquelles les Etats-Unis ne sont plus considérés comme crédibles.
La Chine a récemment durci ses positions sur sa politique étrangère et de sécurité. Il devient de plus en plus difficile d’atteindre un consensus au sein des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations-Unies sur les résolutions qui visent au maintien de la paix internationale et la sécurité. La Chine va très probablement continuer à maintenir sa politique consistant à retarder et donc affaiblir les sanctions contre l’Iran. Alors que la Chine a indiqué qu’elle soutenait un Moyen-Orient « sans nucléaire », elle ne veut pas sacrifier ses liens économiques avec Téhéran. Les contrats de vente d’armes par les Etats-Unis à Taiwan et la rencontre récente du Président Obama avec le Dalaï Lama à la Maison Blanche ne sont pas sans liens avec l’attitude et les actes de la Chine.
La Russie également essaye de s’affirmer comme un facteur de stabilité en Europe oriental et au Caucase. La crise en Géorgie a, depuis 2008, changé la donne géopolitique dans le Caucase. De plus, les relations de la Russie avec l’Ukraine ont eu des conséquences profondes sur la sécurité énergétique, y inclut pour les Etats membres de l’Union. La Russie essaye également d’affirmer son rôle majeur dans les affaires de sécurité en Europe, par le biais de propositions du Président Medvedev pour une nouvelle architecture de sécurité en Europe. Là encore se présente une opportunité pour l’Union européenne de mettre ses relations avec ce grand pays sur une base de coopération et pas de confrontation.
Alors que la concurrence entre des acteurs majeurs tells que les Etats-Unis, la Russie et la Chine va s’intensifier, les acteurs régionaux tels que le Brésil, l’Inde, l’Arabie Saoudite, l’Iran et d’autres trouvent là un environnement favorable pour développer des comportements et des actes visant à une hégémonie régionale.
Au regard de cette situation, l’Union européenne demeure un pôle de stabilité. L’Union dispose d’un éventail d’instruments à nul autre pareil. Néanmoins, l’influence accrue de l’Union comme puissance économique et commerciale et son incapacité à promouvoir ses propres intérêts globaux demeurent un paradoxe. Afin de pouvoir affirmer son identité, l’Union européenne doit rééquilibrer son rôle économique, financier et commercial, soutenue par une Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) robuste et autonome.
A suivre.
Pour la Grèce, les socialistes européens plus solidaires que jamais
Dès l’ouverture du Conseil Européen, Merkel et Sarkozy annoncent s’être entendus sur l’aide à apporter à la Grèce. On retiendra que Mme Merkel a déployé des talents de démagogie rares pour sauver une CDU en mauvaise postures dans des élections régionales à venir. Une posture qui fait un mal considérable et peut-être durable aux Grecs qui tentent de relever la tête alors que les mots ne sont pas assez dur en Allemagne pour condamner des gens qui ne sont en rien responsables des problèmes qu’ils subissent. De son côté, la famille sociale-démocrate européenne se serre les coudes.
Le Parti socialiste européen plaide pour des prêts en faveur de la Grèce
LEMONDE.FR avec AFP | 25.03.10 | 17h22
Le Parti socialiste européen (PSE) s’est réuni, jeudi 25 mars, avec le premier ministre grec Georges Papandréou. Le PSE veut convaincre les dirigeants de l’Union européenne d’étendre aux pays de la zone euro la possibilité d’obtenir des prêts européens, ce qui est impossible aujourd’hui. "Nous avons une solution très concrète que nous allons proposer ce soir" au sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, a annoncé le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen. "Il y a quelques années, la Commission européenne avait fait des prêts avantageux, évitant des taux élevés liés à la spéculation, à plusieurs pays en dehors de la zone euro, dont la Hongrie, la Lettonie et la Roumanie", a expliqué M. Rasmussen, s’exprimant devant la presse aux côtés du premier ministre grec. "Ce que nous proposons aujourd’hui est de changer la réglementation sur cette facilité communautaire destinée aux pays hors zone euro afin qu’elle couvre aussi les pays membres de la zone euro", a-t-il spécifié. "En pratique, cela veut dire que la Commission aura la possibilité d’utiliser sa capacité à faire des prêts sur le marché pour des pays comme la Grèce ou d’autres", et"je peux dire aux contribuables allemand que cela ne leur coûtera pas un euro", a ajouté M. Rasmussen.
Une crise globale et morale. La crise actuelle, une opportunité pour l’Europe. Partie 1.
La Crise actuelle, une opportunité pour l’Europe. Réflexion en 5 parties.

A. La crise actuelle offre une opportunité pour l’Union d’affirmer son rôle sur la scène internationale
1. Une crise ‘multi-facette’ globale et morale On peut se demander si la crise n’a pas permis de mettre à jour un phénomène plus profond qui, lié à la mondialisation, aurait profondément affecté la société occidentale en général. N’est-il pas temps de se demander si deux valeurs essentielles, la moralité et l’éthique, ne sont pas en voie de perdition ? La propagation des nouvelles technologies de la communication et d’information, le recours à des systèmes informatiques performants permettant la sur-performance humaine et le côté virtuel d’une grande partie de notre société n’ont-ils pas contribué à déconnecter l’humain de la valeur des choses ?
Les modèles mathématiques sont créés en des temps records, à des vitesses inimaginables il y a encore une vingtaine d’années. Les produits qu’ils engendrent (options sur indices, titrisations synthétiques) sont ensuite diffusés, partagés, commercialisés par les grands centres économiques (New York, Londres, Francfort, Paris) sans délai et sans interruption, voire sans barrières législatives ou réglementaires. La plupart de ces produits financiers n’ont pas de prix à leur sortie des systèmes, tout simplement parce qu’ils ne correspondent à aucun actif sous-jacent dont la valeur a été testée. Il fut un temps où la période de test était longue et les gouvernements pouvaient encore légiférer pour encadrer, limiter voire interdire certaines pratiques. Ce phénomène vaut pour la finance de haut vol, les matières premières, les valeurs instantanées d’entreprises dont le marché seul décide (cotation en Bourse), etc. Les questions ne sont-elles donc pas : N’est-il pas temps de redonner une vraie valeur aux choses ?
En premier lieu, au travail lui-même ? Une valeur qui ne découlerait pas d’un marché virtuel, toujours plus gros, toujours plus rapide à réagir, mais une valeur qui soit enfin mesurable à l’aune de l’être humain. Si les ordinateurs peuvent travailler 24/24, l’homme ne le peut pas. Cette crise, d’origine financière, n’est pas nécessairement à dissocier de nos problèmes environnementaux. Elle n’est pas non plus à dissocier de nos problèmes sociaux (révoltes des banlieues, manifestations, chômage).
Chez les jeunes en particulier, déconnectés par les situations virtuelles en tous genres, la menace est sérieuse : plutôt que d’amasser petit à petit, par l’effort et au mérite moyennant un travail , ne vaut-il pas mieux faire « des coups » (trafic de drogue, opérations risquées mais prometteuses) lesquels sont parfois directement liés aux menaces de la sécurité et de la stabilité nationale et internationale ? Comme nous l’avons évoqué plus haut, cette crise complexe est causée par les excès du capitalisme financier, déconnecté de la réalité économique.
Il est évident qu’il y a urgence à réguler le modèle globalisé et le système capitaliste. La crise actuelle est à la fois financière, économique, et sociale. Mais c’est avant tout une crise globale, politique et morale qui nécessite non seulement une régulation cohérente à l’échelle mondiale, mais aussi une coopération globale efficace.
A Suivre.
« Il n’est de richesse que d’hommes », du leadership de l’Europe de la connaissance

Des atouts européens à faire fructifier dans le cadre de l’économie de la connaissance.
L’actualité internationale a tendance à se focaliser sur le G2 bien vite transformé en match « sino – américain » entre deux puissances rivales. La rivalité économique et militaire entre ces deux géants ne doit pas occulter le rôle majeur de l’économie européenne qui a la capacité de faire de l’économie de la connaissance le fondement de son attractivité et de sa réussite au niveau mondial.
L’Europe des 27 possède déjà une série d’atouts qui la place comme leader possible d’une compétition économique globale dans un monde multipolaire.
L’économie de l’union Européenne démontre sa prédominance dans de nombreux secteurs comme la pharmacie, la téléphonie mobile, les progiciels d’entreprise (avec l’allemand SAP, leader mondial) ou l’industrie du tourisme (53% des touristes internationaux se rendent en Europe qui est la première destination touristique mondiale).
Dans le classement de Fortune Globa, les entreprises multinationales européennes occupent 33% de l’ensemble des sièges des firmes contre 28% d’entreprises américaines.
Sur un plan plus macroéconomique, l’Europe réalise 30% du PIB mondial contre 24% pour les Etats-Unis et notre économie à 27 présente une diversité d’exportations et d’importations propre à une économie évoluée avec, à la fois, des biens produits faiblement transformés (produits laitiers, poissons, fer et acier) et des biens manufacturés à forte valeur ajoutée (produits pharmaceutiques, aéronautiques)
L’Euro, attaqué en ce moment par des spéculations financières honteuses qui s’appuient sur les difficultés de la Grèce, reste pour l’instant une monnaie solide. Elle constitue la deuxième monnaie de réserve derrière le dollar. Elle est la première devise pour l’émission d’obligations. La présence d’une banque centrale européenne indépendante rassure les marchés. Les socialistes que nous sommes doivent militer pour une meilleure coordination des politiques économiques au niveau européen. Pour que « l’Europe puisse marcher sur ses deux jambes », selon l’expression de Jacques Delors au moment de la création de l’Euro, nous devons trouver une stratégie budgétaire cohérente pour permettre un développement économiquement durable, c’est-à-dire socialement cohérent.
L’Union Européenne constitue aussi une zone d’attractivité pour l’économie internationale. Elle est la source de 35% des IDE (investissements directs étrangers) entrants dans l’Europe des 27. Cette attractivité se fonde essentiellement sur des systèmes de santé et éducatifs globalement performants.
Bien entendu, nous n’aurons pas la naïveté de Candide pour prétendre que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes européens possibles.
Le chômage structurel de 9% dans l’Union Européenne, qui dépasse les 12% dans certains pays, pénalise des millions d’actifs qui ne trouvent pas d’emplois. Dans beaucoup de pays ils doivent maintenant se contenter d’indemnisations qui ont été fortement diminuées sous la pression de la politique de déflation compétitive. En France, la création de pole Emploi a provoqué une « traque aux chômeurs. Le dumping social et fiscal, la directive sur les travailleurs détachés, font que c’est parfois la clause de la nation la moins favorisée sur le plan du droit social et de l’emploi qui s’applique. Nous devons impérativement nous doter de minimas sociaux européens, dans le cadre d’une Europe sociale qui reste encore à faire.
L’Union européenne continue de consacrer proportionnellement moins de dépenses à la recherche et au développement que les Etats-Unis ou le Japon (1.9% du PIB contre 2.1 et 2.6%). Créer « une économie de la connaissance », c’est-à-dire faire un choix d’investissement à long terme dans la ressource humaine est essentiel, alors que la crise réclame des plans d’urgence budgétaire. L’Irlandaise Maire Geoghegan Quinn est une des neuf femmes membres de la Commission. Première femme nommée ministre en 1979 pour le Gaeltacht, puis chargée des Affaires européennes, du tourisme pour terminer ministre de la justice avant de quitter le parlement en 1994 Maire Geoghegan Quinn est aujourd’hui en charge de la recherche et de l’innovation. Son budget est assez important et devrait permettre à l’Union européenne, non seulement de garder ses chercheurs souvent forcés à l’expatriation mais de créer des emplois notamment dans les industries pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.
La gauche est minoritaire dans les gouvernements nationaux des 27. Ainsi 18 des 27 commissaires de la nouvelle Commission européenne appartiennent aux rangs des conservateurs ou des libéraux.
Ce sera une des missions des forces européennes progressistes de permettre à l’Europe de renforcer sa stratégie pour une économie de la connaissance qui mise sur les investissements dans l’éducation et la recherche, pour faire de la pensée de Jean Bodin une réalité « il n’est de richesse que d’hommes ».
En ces temps de sinistrose et de crise, il me semblait utile de rappeler les atouts de l’Europe, mais aussi de montrer que l’économie de la connaissance, fondement de notre attractivité et de notre compétitivité au niveau mondial, doit être soutenue.
Nous avons donc des richesses à faire fructifier ensemble. Et ses richesses sont avant tout humaines. Le combat s’annonce rude pour faire triompher nos idées.
Pourquoi il faut revenir aux valeurs fondamentales

Pour pousser la réflexion à l’extrême, ne faut-il pas repenser nos systèmes en fonction des valeurs fondamentales, y compris celle du partage ? Est-il moral de s’enrichir en quelques instants pour des montants supérieurs aux salaires cumulés annuels de familles entières ?
Travailler plus pour ceux qui ont moins
Encore un busy weekend : c’est Samedi matin mais pas de grasse matinée puisqu’il faut aller parler politique à Newstalk, radio d’information nationale de 8h à 8h30. Un député et un sénateur ont quitté leurs sièges cette semaine. Le premier, Georges Lee, star de la chaîne nationale de télévision RTE, spécialiste en économie et élu il y a 9 mois et l’autre, Deirdre de Burca, membre du Green Party depuis 20 ans et en désaccord avec la politique des Verts menée au sein du gouvernement actuel. Crise politique certes dans ces deux partis où le leadership est remis en question. Crise de société certainement où tout doit être immédiat et dans laquelle certains pensent qu’ils ne peuvent attendre leur tour.
Tout d’abord le journaliste voulait savoir si les politiques français démissionnaient. Je lui ai répondu que pour beaucoup la politique était une carrière et que nous avions une ENA qui servait de préparation à toute l’élite du pays puisque la plupart des dirigeants politiques de droite comme de gauche en sortaient. Il voulait connaitre le rôle des femmes en politique. Nous avons eu quelques questions en direct d’auditeurs et j’ai pu mesurer que dans l’esprit de quelques-uns les femmes en politique ne plaisent pas. On ne demande jamais à un homme comment il peut réconcilier sa vie privée et son engagement politique. Pour une femme elle doit forcément faillir auprès de sa famille. La notion de parité a encore du chemin à faire ! Enfin nous avons parlé de la crise et j’ai beaucoup insisté sur le chômage, qui à mes yeux, est le problème principal de la crise économique que nous traversons. Les coupes dans les crédits alloués à l’éducation et la santé sont aussi inquiétantes dans ce pays qui avançait à grands pas dans l’amélioration de la qualité des services publics. Enfin, nous avons parlé du match de rugby entre la France et l’Irlande qui a lieu à Paris le jour même qui, pour un instant, nous a fait oublier les tracasseries de la crise. Un tout petit instant…
Pour écouter mon intervention, suivez le lien vers le podcast de l’émission de Brendan O’Brien: //media.newstalk.ie/podcasts/popup . Dans la partie "Listen Back" (2ème onglet à gauche), cherchez "The Saturday Edition" en milieu de liste. Vous entendrez d’abord les nouvelles avec un commentaire de sondages intéressants sur la politique irlandaise et nord-irlandaise, puis le débat commence à la 7ème minute et dure une demi-heure.
Photo © Hélène Conway
Les enfants du Tigre celtique ne font plus la fête
L’année du Tigre chinois débute. Pendant ce temps le Tigre celtique reste résolument sonné par la crise économique et ne donne aucun signe de vie.
Les statistiques font peur. 13000 chômeurs en plus pour le seul mois de janvier. Prés de 500 000 chômeurs pour 4 millions d’habitants. L’émigration des jeunes a repris avec un jeune sur trois de moins de 25 ans qui aujourd’hui touche le chômage. Les queues devant l’ANPE, image frappante des années 80, grandissent chaque semaine. Il est temps de reparler des citoyens qui paient cher les erreurs de quelques-uns. Le chômage est un de ces dégâts collatéraux.
Photo © Hélène Conway
La gestion de la crise par les Etats, leçons à tirer du passé et initiatives pour le futur. Partie 3: Problématiques pour l’avenir

Problématiques à prendre en compte pour l’avenir
A) a) Positif
Les fondamentaux de la croissance mondiale demeurent. L’émergence de deux milliards d’individus et des nouvelles technologies.
Les crises ont, semblent-ils, eu un effet favorable sur le référendum sur Lisbonne et donc pour l’Etat en tant que Gouvernement qui le soutenait. Un renforcement du sentiment européen s’est fait sentir. Changement dans l’échelle des valeurs et leur priorités où le collectif, le besoin de solidarité reviennent en force.
Les crises auront permis, une fois sortie de la récession, de faire regagner à l’Irlande une certaine compétitivité (baisse des salaires, de l’immobilier, de coût de la vie en général) et donc de la rendre plus attractive aux investissements étrangers, base de la stratégie économique depuis 20 ans.
Les crises auront également permis de renforcer la coopération inter-étatique (lutte contre les paradis fiscaux, renforcement du rôle de régulation de Bruxelles), parfois même contre l’avis de certains Etats ultra libéraux en la matière, notamment la Grande Bretagne et certainement l’Irlande.
A) b) Négatif
La nouvelle criminalité mondialisée est le premier ennemi de la démocratie. Elle est multiforme et elle s’insère dans les réseaux internationaux. Elle est basée sur le trafic de drogue et le trafic humain. L’argent sale représenterait jusqu’à un tiers des transactions internationales. Les démocraties se révèlent démunies face à ces nouvelles mafias.
Les deux types de crises ont énormément déstabilisées certains Etats (Etat au sens du pays), notamment avec un recul pour l’Irlande du PIB de -2,5% en 2008 ; -7,5% en 2009 et probablement -3% en 2010, mais aussi éprouvé son système financier, partiellement nationalisé et sous perfusion.