La disparition du réseau diplomatique français
Point de vue
La diplomatie française n’est plus qu’un château de sable
| 23.06.11 | 13h52 • Mis à jour le 24.06.11 | 14h57
Sur les planches de Deauville, accueillant le G8 hier, sur la Croisette demain pour le G20, il est facile de jouer une pièce de théâtre et de laisser croire que la France a les moyens de ses grandes ambitions déclaratoires.
Nous aimerions applaudir sans réserve à cette séduisante mise en scène. Il y a tant à faire pour gagner les paris d’une mondialisation plus juste et plus humaine. Mais, si on passe dans les coulisses, les illusions s’évanouissent. Le château de sable de la diplomatie française est proche de s’écrouler à la prochaine marée…
Alain Juppé avait exprimé en juin 2010, dans une tribune partagée avec Hubert Védrine, ex-ministre des affaires étrangères, la crainte que "l’instrument (diplomatique) soit sur le point d’être cassé". Il vit maintenant tous les jours l’état dramatique du ministère. Saura-t-il convaincre le gouvernement d’inverser la tendance pour assurer au ministère des affaires étrangères les moyens des ambitions affichées ?
La diplomatie de crise, des communiqués et des coups médiatiques est la plus visible. Mais, à l’opposé de la diplomatie "de perron", la diplomatie de l’influence et la coopération souffrent gravement. La France est en train de perdre la bataille du soft power, qui se joue sur le terrain et à long terme.
Se vanter dans les discours officiels de disposer du deuxième réseau diplomatique après les Etats-Unis est de la poudre aux yeux. Année après année, ce réseau s’appauvrit et devient une coquille vide. Qu’est-ce qu’une politique d’influence sans hommes et sans femmes pour la faire vivre sur le terrain ? Après avoir réduit ses effectifs de 10 % entre 1994 et 2005, le petit ministère des affaires étrangères (15 500 agents au total) doit en sacrifier deux mille de plus d’ici 2013, au titre de la révision générale des politiques publiques (RGPP).
Tandis que les chancelleries et les consulats manquent de personnels essentiels, ceux du secteur culturel et de la coopération, servant de principale variable d’ajustement, diminuent comme peau de chagrin… Au même moment pourtant, de nouveaux emplois "honorifiques" et très coûteux sont donnés à des amis(e) s politiques, dont l’action comme ambassadeurs itinérants ou thématiques est aussi floue que les missions, ou qui font fi des règles déontologiques s’imposant aux diplomates en continuant de mener leur carrière politique nationale.
D’un débat budgétaire à l’autre, les gouvernements successifs ne disent pas la vérité et le Parlement se voile la face. Deux des 5 milliards d’euros dont est "crédité" le Quai d’Orsay ne font en fait que transiter pour faire face à nos engagements internationaux, tels que la contribution au Fonds de développement européen (FED) ou celle destinée aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, qui augmentent chaque année.
Le budget effectif du ministère n’est que de 3 milliards environ. Subissant des coupes drastiques, il est largement insuffisant pour financer un réseau mondial et conduire une politique d’influence ambitieuse.
Ce que l’on appelle la diplomatie culturelle, universitaire et scientifique a été sévèrement touchée et ne dispose plus que d’un budget dépassant à peine les 200 millions d’euros, soit l’équivalent de celui de deux grandes écoles françaises comme Polytechnique, ou du tiers du coût de nos opérations militaires en Afghanistan. La réforme en cours est un fiasco, vue du terrain. Le budget des bourses données à des étrangers est aussi en chute libre, passant de 105 millions d’euros en 2006 à 61 millions d’euros en 2010. Notre réseau scolaire – plus de 460 établissements qui accueillent 250 000 élèves, dont la moitié sont des étrangers qui paient leur scolarité et seront des vecteurs essentiels de rayonnement pour notre pays – est menacé par les conséquences d’engagements présidentiels inconsidérés.
Les contributions volontaires aux programmes des Nations unies, qui témoignent de notre attachement au multilatéralisme et aux valeurs humanistes et de solidarité, ont diminué de moitié en trois ans : avec un total de 48 millions d’euros, la France devient un contributeur secondaire. Elle n’est plus qu’au 17e rang des contributeurs du Haut-Commissariat pour les réfugiés ou de l’Unicef, au 15e rang de l’Unwra (Aide aux 4 millions de réfugiés de Palestine), etc. Dans le même temps, 360 millions d’euros ont été promis par le président de la République pour le Fonds mondial sida. Où les prendra-t-on ? Où est la cohérence de notre action ?
On pourrait multiplier les exemples. Quel que soit le secteur d’activité – culturel, linguistique, coopération universitaire et scientifique, audiovisuel, missions et invitations de jeunes talents et d’experts -, la baisse des moyens depuis 2008 varie de moins 33 % à moins 50 %, voire conduit à la disparition de pans entiers de notre coopération.
Nos partenaires y voient au mieux la marque d’un décalage entre les paroles et les actes, au pire, celle d’un sérieux déclin, et les amis de la France s’en inquiètent partout dans le monde.
Enfin, en matière d’aide publique au développement, nous nous vantons d’être le troisième donneur d’aide derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni. En fait, l’aide publique au développement (APD) française repose pour 40 % de son montant sur des remises de dettes et sur la croissance très rapide des prêts bancaires accordés par l’Agence française de développement (AFD) aux pays émergents.
Les flux encore positifs aujourd’hui deviendront négatifs demain quand le remboursement de ces prêts devra être comptabilisé. En tendance, l’aide publique au développement française est plus proche des 0,3 % du revenu national brut (RNB) que des 0,5 % annoncés publiquement à l’OCDE, et très loin de l’engagement pris lors du sommet du Millénium de porter notre aide à 0,7 % du RNB en 2015.
La comparaison avec le Royaume-Uni est éclairante. Les deux pays affichent aujourd’hui des montants globaux comparables de l’ordre de 10 milliards d’euros, mais le décrochage de la France est patent au regard de l’argent "cash" que le Royaume-Uni investit dans des projets sur le terrain sous forme de dons, à travers des programmes bilatéraux ou multilatéraux, et qui est six fois supérieur au nôtre. Faute de peser financièrement, nous influençons de moins en moins les débats et les décisions dans les pays africains prioritaires pour nous, et ce sont les Anglo-Saxons qui s’imposent dans les enceintes où se concertent les bailleurs.
Des mesures d’urgence s’imposent : L’acte I doit être la négociation du budget 2012, pour donner un coup d’arrêt à la dégradation et fixer un nouveau cap pluriannuel. Au-delà, une réflexion plus globale s’impose. Des états généraux de l’influence de la France dans le monde pourraient permettre de mobiliser l’opinion publique et d’identifier les voies et moyens du redressement nécessaire. Notre pays dispose (encore) d’atouts dans la compétition mondiale. Il n’est que temps de réagir.
Groupe Marly, diplomates français
Article paru dans l’édition du 24.06.11
Pétition de soutien pour Loubna Ahmed Al Hussein
Je signe et vous invite à signer la pétition en ligne sur le site de
l’Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes (A.f.e.m.c.i.)

"Loubna Ahmed Al Hussien a été victime de cette humiliation, condamnée à 40 coups de fouet parce qu’elle a porté un pantalon jugé à leur yeux un peu trop serré. D’autres femmes soudanaises vivent les mêmes injustices et les mêmes crimes comme l’excision et le mariage forcé.
AFEMCI lance une pétition pour la protection des femmes soudanaises et condamne cette pratique machiste et barbare à l’égard des femmes ."
L’environnement, l’affaire de tous.
Le Sommet de Copenhague a montré combien il est difficile de régler les questions de réchauffement climatique, et plus largement de protection de l’environnement, de développement social et écologique au niveau mondial. Ce n’est pas pour autant qu’il faut désespérer de pouvoir agir pour ces problématiques qui nous sont chères et de baisser les bras. De nombreuses initiatives sont possibles à tous les niveaux, tant communautaire que national, régional ou local et nous devons continuer à nous battre. En réponse à mon invitation Brice Lalonde a accepté de venir parler à l’Institut des Affaires européennes et internationales à Dublin le 18 février prochain (www.iiea.com). Le thème de sa conférence est « The Future Direction of International Climate Change negociation Post-Copenhagen ». La verte Irlande a bien l’intention de le rester. Une réflexion au niveau national est engagée à la fois sur la protection de l’environnement et sur la croissance verte qui pourrait sauver l’économie très touchée par la crise. Afin d’aider ce « Grenelle » irlandais de nombreuses conférences sont prévues en 2010 ainsi qu’une recherche sur les bonnes pratiques dans le monde. Souvent il suffit de regarder près de chez soi pour les trouver.
L’Union européenne propose plusieurs engagements ambitieux en matière de réduction des émissions globales, de « transport vert », de consommation et de production durables… À titre d’exemple, malgré l’échec de Copenhague, l’Union s’est engagée unilatéralement pour 2020 à réduire ses émissions globales de 20 % par rapport aux niveaux de 1990. L’environnement c’est avant tout un engagement de tous les jours. De nombreuses initiatives locales existent. La Région Poitou-Charentes, présidée par Ségolène Royal, a une « énergie d’avance » comme le déclare sa profession de foi pour la régionale. Soutien à la production de voitures électriques, développement de l’agriculture biologique et interdiction des OGM, mesures à l’encontre des pesticides, plan d’énergie solaire s’appuyant sur la filière photovoltaïque… Les exemples sont nombreux et ils touchent tant à l’industrie qu’à l’agriculture, la recherche, l’énergie, l’éducation avec l’inauguration du lycée Kyoto à Poitiers, « premier lycée d’Europe 100 % énergies propres »… Ce qui montre encore une fois comment la protection de l’environnement est une donnée essentielle à encrer dans l’éducation de nos enfants, ces citoyens en devenir. De plus, ces initiatives régionales sont effectivement créatrices d’emploi. Plus de 15 000 emplois dans le pôle des éco-industries ont été créés dans cette région ces dernières années.
Il n’y a pas une bonne échelle à la protection de l’environnement. Et l’enjeu est trop important pour que nous nous passions tous la balle pour savoir qui est le plus à même d’agir. Nous le sommes tous, chacun à notre mesure. Les initiatives et les succès sont suffisamment nombreux pour qu’ils soient partagés et imités.
Un busy weekend
Et oui même quand on est fonctionnaire on bosse le week-end, surtout si en plus on est militante !
Samedi dernier, de 10h à 13h, j’ai retrouvé les secrétaires fédéraux à la Culture au Musée social, rue Las Cases à Paris. J’ai quelque peu élargi la notion de Région pour y inclure le reste du monde et parler de l’importance de la qualité de la production française, qui reste un problème français, mais qui est aujourd’hui un problème global et du rôle de la culture dans notre politique d’influence diplomatique. Des rendez-vous sont pris avec le National mais aussi avec le représentant du PS auprès du PSE.
L’après midi j’ai retrouvé mes collègues de la Chaire Unesco « Culture, Tourisme et Développement » sur le projet de module de formation en gestion touristique des sites du patrimoine mondial que nous avons créé. Ce module devrait aider nos collègues dans les pays en voie de développement à former les futurs décideurs à prendre en compte l’environnement et le développement durable dans la mise en valeur des sites touristiques. Des projets notamment en Amérique du sud sont en cours de construction pour la mise en valeur de sites. Il est important de protéger à la fois la culture d’origine et ne pas s’adapter aux envies des touristes qui risquent de dénaturer la forme originelle des produits tout en protégeant l’environnement et l’impact que la présence humaine a sur la faune et la flore d’un environnement jusqu’alors protégé.
Dimanche matin, lecture et sélection de résumés en vue de la conférence « Sites du patrimoine mondiale et Tourisme » organisée par l’université de Laval les 3 et 4 juin prochains sur le thème. En temps que membre du comité scientifique d’organisation j’ai reçu 270 résumés alors que nous en attendions une cinquantaine. Le sujet passionne !
L’Afrique aussi attend la reprise économique
Lu dans la presse d’hier, mercredi 20 Janvier:

Assèchement des investissements dans les pays du Sud
Selon la Cnuced, les flux étrangers directs en direction de l’Afrique ont plongé de 36%, affectant principalement le secteur minier. Une reprise modeste est attendue cette année.
Attendu comme la remise des Oscars par les banques d’affaires, le classement réalisé en fin d’année afin d’identifier celles ayant orchestré les plus importants rapprochements d’entreprises a aussi été l’occasion de confirmer le coup de frein connu par les rachats d’entreprises en 2009. Selon le bureau d’étude londonien Dealogic, le montant total de ces fusions, en déclin de 24%, n’a jamais été aussi faible depuis 2004. Liée à la crise économique et à l’assèchement des financements disponibles, cette moindre propension des multinationales à s’engager dans de nouvelles conquêtes masque un phénomène plus sombre encore: le déclin de leurs investissements étrangers directs dans les pays du Sud.
Six années d’afflux d’argent
Selon le dernier pointage dévoilé mardi par la Commission des Nations unies pour le commerce et le développement, seuls 620 milliards de dollars ont été dirigés vers les pays en développement l’an dernier, soit 35% de moins qu’en 2008. Cette chute met fin à six années d’augmentation ininterrompue de ces flux. Dans les trente-trois pays les moins favorisés du continent africain, cet assèchement des investissements touche en particulier les projets miniers, en raison de «l’atonie de la demande mondiale de matières premières», explique James Zhang, directeur de la division Investissement et entreprises de l’organisation basée à Genève. Les rachats transfrontaliers d’entreprises du continent se sont littéralement effondrés, passant de 21,2 milliards à 5,7 milliards de dollars en l’espace d’un an; 2009 n’ayant été marqué par «aucune acquisition d’ampleur».
Projets remis au placard
Ainsi, au cours de 2009, la «rationnalisation» de leur dépenses par les géants miniers Rio Tento et BHP a touché leurs activités en Afrique. De son côté, l’opérateur mobile indien Bharti Airtel a abandonné son projet d’acquérir 49% du
Redémarrage en 2010
Au total, au niveau mondial, les investissements directs réalisés d’un pays à l’autre – rachat d’entreprises, mais aussi nouvelles installations (usines, infrastructures…) – se sont limités à 1000 milliards de dollars l’an dernier, loin des records affichés en 2007. Les économistes de la Cnuced ne s’attendent qu’à une «reprise modeste» de ces projets en 2010, si l’amélioration de la conjoncture permet aux entreprises de reprendre leur développement à l’étranger. A en croire James Zhang, ces investissements directs devraient remonter à 1200-1400 milliards de dollars cette année, pour, peut-être, revenir vers 1500-1800 milliards de dollars en 2011.
Graphique: projets annulés ou reportés en Afrique entre 200 et 2009 selon la CNUCED