Irlande

Leçons à tirer de la crise ou la solidarité illusoire au sein de l’Union européenne.

 L’Irlande et l’Islande ont servi de laboratoires à la crise. Frappées toutes deux en 2008 aucune concession ne leur a été faite. La France, derrière le FMI et la BCE, a forcé l’Irlande a un emprunt énorme aujourd’hui remboursé par les contribuables irlandais. Les banques françaises protégeaient ainsi leurs investissements et, en plus, gagnaient 3% d’intérêts sur le dos des Irlandais puisqu’elles empruntaient à 3,5% à la BCE et prêtaient aux Irlandais à 6,5%. La menace de défaut de la Grèce a  soudain calmé l’avidité des banques françaises qui ont revu leurs taux d’intérêts à la baisse. Si Nicolas Sarkozy ne faisait pas passer les intérêts des banques avant celui des pays, y compris le sien, les décisions qui s’imposaient auraient été prises à temps.

Ces deux peuples se sont servis des processus démocratiques pour éloigner les responsables de la crise tant au niveau politique que financier dans leur pays. Ils attendaient des nouvelles équipes en place qu’elles soient courageuses et équitables. Les plans d’austérité furent sévères mais ces deux pays ont retrouvé un taux de croissanceraisonnable. Si ce n’était pour l’instabilité des autres pays européens et l’avidité des spéculateurs qui jouissent toujours d’une immunité parfaite tant que le système ne sera pas régulé  ces deux petits pays sont la preuve qu’il existe des solutions et que celles-ci passent par un courage politique qui se base sur une  perspective à long terme qui fait cruellement défaut. Qu’attendent aujourd’hui les pays ciblés par les spéculateurs pour imiter ce qui a marché ? Les mesures « Merkozy » ne sont pas à la hauteur de ce qui est nécessaire et arrivent trop tard.  Les décisions finalement prises cette semaine auraient du l’être au printemps 2010. Elles auraient évité à la France de perdre son triple A. L’indécision n’aura servie à rien et certainement pas à protéger leur système bancaire puisque Merkel et Sarkozy perdent tous deux toutes les élections dans leur pays respectifs.

Au fil des ans, gouvernements et législateurs ont répondu à des attentes catégorielles dans un système opaque. Cette approche a provoque d’incroyables inégalités. Pire encore les promesses non tenues éloignent un peu plus les peuples de la confiance qu’ils donnent aux politiques. Il ne suffit plus de tenir de bons discours le passage à l’acte se relève essentiel. L’Irlande avait perdu son âme à force de courir après le rêve vide et vain du bonheur matériel. Elle revient enfin à ses fondamentaux. Le candidat du Labour Michael D. Higgins gagnera certainement la présidentielle et continuera à apporter à la fonction la dignité que Mary Robinson puis Mary Mc Aleese lui ont donnée. Les élections qui se succèdent prouvent que les citoyens ont encore leur mot à dire et font le bon choix. Espérons qu’ils le feront massivement en 2012.

Photos AP

Conviée sur RTE au « Daily Show » pour parler élection sénatoriale

J’ai été invitée à participer à l’émission The Daily Show sur RTE le lundi 17 octobre.

Cette émission est diffusée chaque après-midi et traite de sujets plutôt légers, propices à la détente. C’est pourquoi l’entretien portait essentiellement sur "le retour du glamour en politique". On reproche souvent aux hommes et femmes politiques irlandais de ne pas être très attirants, de ne pas prendre soin de leur image, ce qui reflète pour certains un manque de professionnalisme de la classe politique irlandaise, et pour d’autres participe au manque d’intérêt des citoyens. J’ai expliqué qu’en France l’apparence compte moins que les idées, et qu’il m’a fallut batailler ferme pour me faire ma place dans un environnement dominé par les hommes, y compris dans ma commission au Sénat. 

Pour regarder l’émission je vous propose de cliquer ici. J’interviens au début. Il se peut que la vidéo ne soit pas disponible dans votre pays, je publie donc ces photos pour illustrer cet entretien. 

   

 

 

 

 

La campagne permanente auprès des Français

Je fais le tour des grandes entreprises qui emploient des Français pour leur parler de leurs droits et devoirs. Ici la dernière réunion avec des Français travaillant à Google, dans leur locaux. L’élue locale garde ses habitudes d’aller à la rencontre des Français. La qualité des questions et la richesse des débats m’impressionnent toujours. 


L’Irlande et la crise économique

 En dehors des débats politiques qui nous intéressent nous avons l’avantage, nous Français de l’étranger, de pouvoir partager ce que nous observons dans nos pays de résidence. Nous pouvons y glaner ce qui marche et nous en inspirer dans nos propositions. Nous pouvons aussi témoigner des erreurs à éviter. 

Pendant près d’une décennie l’Irlande fut adulée par les medias. La presse française présenta le pays comme un Eldorado ; le pays où l’on trouvait du travail dans les 24 heures  (ce qui était vrai) et où tout était possible, en particulier pour les risques financiers. Les Irlandais étaient trop contents de croire au miracle et en ont profité sans penser aux lendemains puisque ceux-ci ne pouvaient être que plus sombres. Ils n’avaient pas eu le temps d’oublier leur passé.

Où va l’Irlande aujourd’hui ? A son arrivée au pouvoir le gouvernement de centre gauche a été forcé de revoir à la baisse toutes ses prévisions de croissance et à la hausse son endettement. Dans un élan de fierté nationale les Irlandais ont fait un point d’honneur de rembourser l’argent prêté par la BCE et le FMI. Ils paient le prix fort et le savent. Dans les vieilles lois et coutumes gaéliques, pour que la paix sociale demeure, il faut honorer ses dettes. Ils l’assument donc comme ils assument qu’ils ont joué à un jeu sans règles ni limites et qu’ils ont perdu. D’autres continuent de jouer et gagnent encore beaucoup d’argent. Les Irlandais, eux, n’ont plus rien à mettre sur la table. 

Il leur faut trouver des solutions et vite. Le gouvernement donne l’exemple avec la réduction des salaires des ministres et de leurs cabinets. Le service public connait les coupes les plus sévères. Aucun départ à la retraite n’est remplacé et des coupes successives de salaire ont atteint 14,5% pour la seule année 2010.  La consommation intérieure est pratiquement nulle alors ils misent tout sur les exportations. Ils stimulent l’investissement, en particulier les PME qui n’ont plus accès au crédit. Ils créent alors une banque publique d’investissement stratégique. La recherche et l’innovation sont les seuls domaines qui ont vu leurs crédits augmenter quand les réductions de budget touchent tous les secteurs de l’éducation. L’objectif premier est la réduction du chômage. Les allocations n’ont pas été affectées et le salaire minimum va être augmenté d’un euro l’heure à l’automne prochain. C’est toute la société irlandaise qui participe à l’effort de redressement des finances.

Il semblerait que les Irlandais aient passé la  phase de vouloir faire payer le prix fort aux banquiers pour les erreurs commises. Certains sont poursuivis par la brigade des fraudes. Aucun président ou directeur général en fonction en 2009 ne siègent aujourd’hui dans les banques dont ils étaient responsables. Du directeur de la banque centrale irlandaise aux principales banques encore présentes on ne trouve que des nouveaux visages. Confronté à une crise de liquidité et de solvabilité, le système bancaire ne doit sa survie qu’au soutien de l’Etat. La sortie de la crise est conditionnée à la maitrise de l’endettement et au succès de la stratégie de « désinflation compétitive », moteur de la croissance. Le gouvernement attend beaucoup des exportations qui rendraient les ajustements douloureux plus supportables.  Les Irlandais attendent de la BCE qu’elle cesse de se concentrer sur sa seule mission de contenir l’inflation et se préoccupe davantage de croissance et d’emploi. Ils attendent aussi de leurs partenaires plus de solidarité. Ils ne comprennent pas l’obsession du président Sarkozy sur le taux de 12,5% d’imposition sur les bénéfices appliqué en Irlande. Ce taux effectif est le taux réel, payé par tous, sans exception. Alors que le taux affiché de la France est de plus de 30% une étude de la banque mondiale et Pricewaterhouse Coopers viennent de démontrer que le taux effectif moyen est de 11% pour la France, grâce notamment a certaines dispositions fiscales qui permettent au groupe Total, par exemple, de ne payer que 8%. En tout cas, changer le système au moment où le pays a un besoin crucial d’attirer des investissements étrangers parait suicidaire.

La volonté de s’en sortir est palpable à tous les niveaux. Seuls deux ministres du gouvernement précédent furent élus il y a maintenant 4 mois aux législatives. Le vent du changement et du renouvellement a soufflé. Les Irlandais veulent croire qu’ils peuvent s’en sortir. Ils regardent avec inquiétude ce qui se passe en Grèce mais aussi au Portugal, en Espagne et en Italie. Il existe encore trop d’incertitudes pour savoir si les mesures en place suffisent. Seule certitude elles font mal et personne n’a envie de voir répété les erreurs du passé. La baisse de la note de l’Irlande par l’agence de notation Moody’s indique qu’en 2013 l’Irlande aura du mal à revenir sur le marché. Elle indique aussi de gros risques pour les investisseurs privés. Si l’Italie devait suivre le pays est trop important pour les mesures de sauvetage mises en place pour l’Irlande puissent être appliquées. Faut-il en arriver là pour que l’UE prenne enfin les mesures d’une politique économique commune qui protègent les Etats des spéculateurs ?

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Gravy train still stops at all the right stations by Fintan O’Toole (The Irish Times)

Voici un article paru il y a quelques semaines, mais qui reste cruellement d’actualité. En Mai, un sénateur irlandais du Fianna Fail, laminé aux dernières élections, recevait une confortable rente à vie alors que s’ouvrait le débat sur l’opportunité d’une réduction du salaire de ceux qui travaillent le dimanche, dans le cadre de l’effort partagé pour renflouer l’économie. Tous dans le même bateau, mais le "Gravy Train" roule pour les riches. J’aime l’énergie de Fintan O’Toole lorsqu’il dénonce l’archaïsme d’une élite qui reste volontairement de marbre face aux injustices qu’elle inflige aux citoyens. Alors que les marchés s’acharnent sur la Grèce, le Portugal et bientôt l’Espagne et l’Italie, avant de passer au plat de résistance, dont la France, un certain nombre de "lucky ones" y trouve son compte, dans une démonstration d’égoïsme et de cynisme inouï. Ce capitalisme triomphant nous ramène deux siècles en arrière, aux pires heures de la révolution industrielle, comme le souligne Fintan qui mentionne très justement Dickens. 

 

 Ivor Callely will get €63,000 a year for the rest of his life yet Richard Bruton targets the poorest workers FINTAN O’TOOLE

WHAT IS the price of a litre of milk? How much does a sliced pan cost? Are baked beans cheaper in Aldi or in Dunnes? What’s the typical bus fare between a working-class city suburb and an industrial estate?

There are people who know the answers to these questions and there are those who don’t. And the most nauseating sound in Ireland is the people who don’t, pontificating about the people who do. It is smug, sleek people who live in a bubble of comfort and self-satisfaction deciding that the problem in this bloody country is that the women who clean their offices are paid too much.

This is a State in which Ivor Callely, who is so smart he couldn’t quite figure out where he was living, is due to get more than a quarter of a million euro from the taxpayers over the next year as compensation for the fact that he can’t get elected anymore. For the rest of his life, which could be about 40 years, Ivor will get a pension of €63,000 a year. With his lump sums that’s a total of about €2.75 million.

Now let’s consider a contract cleaner, whose feathered-bedded status apparently keeps Richard Bruton awake at night. She gets up before dawn or leaves home after dusk to scrub toilets, polish floors and pick up the mess of people she’ll never even see.

I’ve never worked as a senator, so I can only imagine the stress that Ivor would have been under trying to work out all those complex expenses claims. But I have worked as a contract cleaner. It is miserable and soul-destroying, and I’d stick my neck out and say it’s a lot harder on the human spirit than waffling in the Senate while doing a bit of property development on the side.

Under the wage-setting mechanisms that Richard Bruton sees as such a problem, the contract cleaner gets €370.50 a week and no pension. That’s €770,000 over 40 years.

In other words, Ivor will get more than 3½ times for doing nothing at all what the cleaner will get for doing a miserable job in unsocial hours. And which of them does Richard Bruton see as a problem for Ireland, as the one whose over-inflated sense of self-worth must be brought down to size if we are to face reality? Not Ivor, apparently.

But then, Ivor, however repellent, is an individual. He’s a person. He has a name. Contract cleaners don’t have names. They are not people. They don’t have kids. They are “units of labour cost”.

They belong to what Charles Dickens in Hard Times calls “the multitude . . . generically called ‘the Hands’ – a race who would have found more favour with some people if providence had seen fit to make them only hands.”

What do the Hands need with Sundays? There was a time when it suited the powers that be to grant them Sundays for their spiritual and moral edification. But now that time is gone, Sunday should be just another day for the Hands. Not, mind you, for the Brains who have important things to do on Sundays, like being with their kids or visiting their parents or going to a match or taking a walk.

But since the Hands do none of these things, it is clearly extortionate that they should demand extra money for giving up something that couldn’t possibly mean anything to them.

What is the agenda in all of this? Ostensibly, it is to create jobs.

But as the Kevin Duffy-Frank Walsh report on the subject found, there is simply no evidence that attacking the wages of low-paid workers will lead to a substantial increase in employment.

The notion that the Irish low paid are living high on the hog is ludicrous. Hourly labour costs in the hospitality sector, for example, are already the third lowest in the EU. And the evidence shows that workers in the sectors covered by the system are just as likely to have taken wage cuts as those who are not; so much for the need for “flexibility”.

Is the agenda, then, to do with the crisis in the public finances? Clearly not: wage cuts will cost the State revenue. According to the think tank Tasc (whose council I chair), the direct cost to the exchequer of cutting a worker from €9.27 an hour to the current minimum wage is €1,865 a year per worker. This is without considering the indirect costs of reduced economic demand and the growth in demand for social services as workers and their families struggle to cope on poverty wages.

So if it’s not to do with jobs and it would make the crisis in the public finances worse, why are we even discussing wage cuts for the low paid? Because the crisis is an opportunity to dismantle the minimal protections that vulnerable working people have gained over the last century. Because the elite will sacrifice anyone to protect itself.

And because it allows sleek, smug people to look tough while the gravy train still stops at all the right stations.

L’Irlande reste une terre d’espoir malgré tout

Malgré le retour du spectre de l’émigration, du fait de la crise actuelle, l’Irlande a la bonne surprise de compter 100 000 habitants de plus qu’envisagé. Le recensement de l’année 2011 confirme en effet l’augmentation de la population déjà constatée en 2006. L’Irlande compte désormais près de 4,6 millions d’habitants. Une bonne nouvelle pour l’économie, qui signifie que le gouvernement devra revoir ses prévisions notamment en matière de réorganisation des services publics.

 La carte des hausses de population. Source CSO

En 2006, la barre des 4 millions d’habitants avait été passée pour la première fois depuis 1871, avec 4,2 millions de personnes vivant en Irlande. Avec 341.421 habitants en plus, l’Irlande compte désormais 4.581.269 personnes sur son sol, selon les résultats du recensement effectué en avril dernier. 
La population a ainsi augmenté de 8,1 % en cinq ans et les résultats du recensement ont dépassé les attentes du CSO (Central Statistics Office), qui attendait 100.000 personnes de moins. En comptant 363.500 naissances et 140.700 décès, l’accroissement naturel de la population a été de 222.800 habitants. Le reste de la population vient de la migration d’étrangers en Irlande entre 2006 et 2011.

Une hausse disparate
L’augmentation de la population a en revanche été différente selon les comtés. Cavan (13,9 %), Fingal (13,8 %), Longford (13,3 %) et Meath (13 %) ont connu les plus forts accroissements de population. De leur côté, les villes de Cork et Limerick ont connu une baisse du nombre de leurs habitants. Limerick a ainsi perdu 5 % de sa population entre 2006 et 2011. 
Le comté de Cork passe néanmoins la barre des 500.000 habitants pour la première fois depuis la Grande Famine.

 

Irlande : pourquoi la visite d’Elizabeth II est historique

 Cent ans que ça n’était pas arrivé. Le dernier voyage d’un monarque anglais en Irlande remontait à 1911. A l’époque, Georges V, grand-père d’Elizabeth II, avait tellement apprécié son séjour qu’il avait déclaré vouloir s’installer à Dublin d’où il gèrerait les affaires de l’Empire. 

Ce ne fut pas le cas, puisqu’il y eut l’indépendance irlandaise en 1921, aux termes d’un conflit qui laissera des traces profondes. Mais aujourd’hui, la reine semble montrer autant d’intérêt et de curiosité que son aïeul envers ce pays qu’elle découvre. 

Sa visite de quatre jours est chargée en symboles. Elizabeth II s’est d’abord recueillie au « Garden of Rememberance », qui commémore les Irlandais qui ont combattu l’Angleterre. Puis elle s’est rendue dans le stade de Croke Park, où l’armée anglaise avait tiré sur la foule pendant un match de football gaélique en 1920, en représailles des meurtres de quatorze agents britanniques. Mercredi, elle a rendu hommage à tous ceux qui avaient souffert du conflit.

 « Cher frère ennemi »

Les Irlandais n’ont jamais pardonné les 700 ans de colonisation qui perdure dans le Nord de l’île. Aujourd’hui, le ressentiment contre les Anglais est encore réel, et rien ne donne plus de plaisir aux Irlandais que de pouvoir battre les Anglais dans un sport. Mais la grande majorité a envie de fermer le livre du passé et d’en ouvrir un autre qui racontera l’histoire à venir. 

Il y a une certaine fierté de la part des Irlandais de voir que le grand frère ennemi concède enfin ce geste. D’autant qu’il s’ajoute au discours de David Cameron, en juin dernier, dans lequel il présentait ses excuses aux Irlandais du Nord pour le massacre du Bloody Sunday, en 1972. 

Les manifestations contre le voyage de la reine n’ont rassemblé qu’une centaine de personnes, dont certaines, ayant commis des violences, étaient fichées par la police pour trafic de drogue. Tous les partis politiques d’Irlande du Nord étaient présents pour la visite, sauf le Sinn Féin, qui défend la réunification de l’île et qui estiment que ce voyage était prématuré. 

Des relations économiques au beau fixe

Beaucoup reprochent au Sinn Fein d’avoir raté une occasion historique de serrer la main qui lui était tendue, de faire le même pari que celui de Nelson Mandela et son équipe de rugby, en Afrique du Sud. D’ailleurs, le président du Sinn Féin, Gerry Adams, d’abord très critique, a ensuite radouci le ton de ses remarques. 

En dehors des symboles, cette visite est aussi la reconnaissance de la République d’Irlande comme entité politique indépendante et partenaire économique du Royaume-Uni. 

Plus de six millions d’Irlandais résident au Royaume-Uni et de nombreux Anglais vivent en Irlande. Les échanges commerciaux sont privilégiés entre les deux pays, au point où ils surpassent les échanges avec d’autres partenaires plus grands et plus puissants. Quand la crise financière a frappé l’Irlande de plein fouet, le Royaume-Uni a immédiatement offert un prêt de 3,8 milliards d’euros en plus de l’aide reçue par la Banque centrale européenne. 

Des blessures longues à guérir

Une large délégation d’hommes d’affaires accompagne la reine et les rencontres se passent à tous les niveaux. David Cameron est arrivé pour discuter d’accords commerciaux et d’un possible passage de la flamme olympique en Irlande, à l’occasion des Jeux olympiques à Londres en 2012. Pour la première fois aussi un dîner aura rassemblé à Dublin les chefs d’Etat de la République d’Irlande, du Royaume-Uni ainsi que les représentants politiques d’Irlande du nord présents. 

La mémoire collective a transmis les erreurs du passé, la souffrance de la guerre de libération puis de la guerre civile. Si des pays comme la France et l’Allemagne ont pu abandonner leurs rancœurs après plusieurs guerres, on pourrait penser que les Irlandais seraient capable d’oublier aussi. La guerre civile au Nord s’est arrêtée il y a seulement une dizaine d’années. 

Il faudra donc encore certainement beaucoup de temps et de gestes très forts comme ceux de la reine pour que les deux pays aient enfin des relations d’amitié réelle. La volonté est sincère dans les deux camps. Il faut simplement laisser le temps faire son œuvre. 

Photo : la reine Elizabeth en visite à Saint-Patrick’s Rock à Cashel, le 20 mai 2011 (Reuters).

Tribune publiée sur Rue89.com

L’Institut des Affaires internationales et européennes d’Irlande fête ses 20 ans.

L’Institut est reconnu comme étant le think-tank national d’où émanent recherches, publications et idées innovantes qui inspirent les politiques ainsi que le monde de l’industrie et du commerce. Afin de marquer le début d’une série d’événements organisés dans les mois qui viennent pour fêter ses 20 ans d’âge, la présidente de la République d’Irlande, Mary Mc Aleese, a convié les membres du comité directeur de l’institut à une réception. Elle a rappelé dans son discours d’accueil combien le travail de réflexion, de débat et de recherche était important à l’époque « Twitter ».

L’innovation et la création ont besoin de temps. L’Irlande, plus que jamais, a besoin de se projeter dans l’avenir et de le forger tel qu’il peut le vivre. Pour cela, le pays doit sortir de la crise au plus vite s’il veut donner un futur à ses jeunes qui le quittent par milliers depuis quelques  mois. Il doit s’inventer de nouvelles bases économiques et a donc besoin de créer et chercher. L’institut, par le biais d’un programme ambitieux de conférences et tables rondes invite les experts du monde entier à s’exprimer et rassemble ainsi les idées qui pourraient servir au mieux le pays. Un moment fort pour toutes celles et tous ceux qui croient encore à l’importance de la recherche fondamentale et de la pensée.

www.iiea.com

 

Avec Mary Mc Aleese, Présidente de la République d’Irlande  Photos © Hélène Conway

 

  

 

Aras an Uachtarain

Je partage avec vous deux photos prises devant la résidence de la présidence irlandaise dans le Phoenix Park dont l’entrée ressemble étrangement à celle de la Maison Blanche à Washington. Mais dès que l’on se retourne pour admirer les jardins on aperçoit un troupeau de vaches qui se trouve dans le parc de la présidence et qui nous rappelle que nous sommes bien en Irlande.

Les irlandais au coeur de l’Alliance Française

Soirée du 26 mars où nous avons dit au revoir à Alan Dukes pour accueillir Pat Cox en tant que président de l’Alliance Française de Dublin. Le comité directeur a rendu hommage au travail d’Alan et à son engagement auprès de la France autour d’un diner fort sympathique. 

Photo 1: Hadrian Laroche (conseiller culturel), Claire Bourgeois (directrice de l’Alliance Française de Dublin). Photo 2: Pat Cox (ancien président du Parlement européen), Emmanuelle D’Achon (ambassadrice), Alan Dukes (ancien ministre des Finances). Photos © Hélène Conway

Belle saison irlandaise

 

Quelques photos de Dublin en fleur pour fêter l’arrivée du Printemps.  

 

 

 

Photos Hélène Conway

Un grand pas en avant pour l’égalité.


 

Le premier civil partnership entre personnes homosexuelles (en excluant les six autres couples ayant bénéficié d’une exemption des trois mois de bans) a eu lieu hier à Dublin. Cette loi promulguée le 1er janvier 2011 est équivalente au PACS en France. Elle permet d’officialiser aux yeux de l’administration une union entre deux personnes, de même sexe ou non.

Hugh Walsh et Barry Dignam ont donc entamé hier une nouvelle étape dans leur relation. Ils se sont rencontrés il y a 20 ans alors que l’homosexualité était encore illégale en Irlande – elle n’a été décriminalisée qu’en 1993. Leur vie de couple a donc tenu la distance et ce civil partnership n’est pour eux qu’une occasion de renouveler leurs vœux, "devant le pays, devant l’Etat". 

 

 

 

 

 

 

Le civil partnership a été soumis à débat depuis que la proposition de loi le concernant a été publiée, en juin 2009. Au sein même de la communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels), certains auraient préféré refuser cette nouvelle loi pour viser à légaliser le mariage entre personnes homosexuelles. L’association Gay and Lesbian Equality Network y voit néanmoins un changement historique pour la communauté gay et lesbienne d’Irlande.

Au 1er avril, 267 demandes d’unions civiles avaient été enregistrées, selon le Department of Social Protection. Lors du premier PACS célébré à Belfast il y a trois ans une émeute avait accompagnée la cérémonie. Des protestataires étaient venus montrer leur opposition et s’étaient heurtés aux amis « rainbow » du couple. Un seul opposant à Dublin posté devant le bureau de l’Etat civil et une couverture médiatique importante comme pour bien montrer que dans ce domaine aussi, comme dans celui de la paix en Irlande du Nord, une page est définitivement tournée  et qu’il n’y aura plus de retour en arrière.

Chinese Bridge

 Samedi 26 mars cinq étudiants du DIT étaient en compétition avec les étudiants d’autres universités irlandaises. Le « Chineses Bridge competition » avait pour objectif de sélectionner celui ou celle qui représenterait l’Irlande à Pékin en juin prochain pour la finale du meilleur étudiant occidental en chinois. Le DIT a décroché la deuxième et la troisième place. Nos étudiants passeront un mois dans une université chinoise pour parfaire leurs connaissances en langue et culture chinoises, tous frais payés. Nous avons créé le premier diplôme en chinois et commerce international en Irlande il y a cinq ans et nous sommes très fiers des résultats de nos étudiants.

Vive la Saint Patrick!

 Du 16 au 20 mars, toute l’Irlande va vibrer au rythme du festival de la Saint Patrick. Pour y voir plus clair dans la multitude d’événements proposés, suivez le guide…

 

saint patrick

Pour son édition 2011, la ville de Dublin a choisi de placer le festival de la Saint Patrick sous le signe de la littérature : Dublin a en effet été nommée ville Unesco de la littérature en juillet dernier. Pas étonnant alors que la célèbre parade du 17 mars ait été inspirée par la nouvelle de Roddy Doyle, Brilliant (à télécharger ici). La métaphore est filée tout au long du festival, avec le Dublin Swell le vendredi 18 mars, un débat sur l’héritage de la littérature traditionnelle dans les nouveaux genres le mercredi 16, et une chasse au trésor "littéraire" le samedi 19.

saint patrickMais la Saint Patrick, c’est aussi l’occasion de danser, de rire, de s’amuser : de nombreux concerts et spectacles vous attendent à travers tout le pays, dont un feu d’artifice à Wexford. Alors, à vos agendas !

Toutes les informations sur le site de St Patrick’s Festival - Carte des lieux clés du festival

Un scrutin historique donne vie au Labour irlandais

 C’est un vote historique qui avait été annoncé et le dépouillement qui se termine donne raison à ce sentiment. Pour la première fois le Labour ainsi que des candidats indépendants de gauche réalisent des scores jamais vus jusqu’à présent. Les Irlandais ont exprimé leur colère par le biais des urnes. Dans certains quartiers aucun candidat Fianna Fáil (gouvernement sortant) ne sera élu et les candidats Sinn Féin sont en bagarre avec les candidats Fine Gael pour arracher les derniers sièges. Dublin a voté massivement pour les candidats de gauche. Le reste du pays s’est tourné vers Fine Gael. Des 42% réalisés lors des dernières élections Fianna Fáil est tombé à 15%. La sanction méritée est tombée.

Aucun parti n’est en mesure de former seul un gouvernement et, Fine Gael qui emporte le plus de sièges, s’est tourné vers le Labour. Cependant si la direction du parti est en faveur d’entrer en coalition afin d’adoucir certaines des mesures prévues par le Fine Gael et d’avoir le pouvoir pour mettre en place son programme les nouveaux élus, parmi lesquels je compte de nombreux amis, ne sont pas convaincus que c’est la meilleure option. En effet, pour la première fois une vraie division gauche/ droite existe. Si le Labour assume le pouvoir pour la mise en place d’une politique d’austérité telle que le pays n’en a jamais connue et soutenir, de fait, le parti majoritaire avec lequel il est en opposition sur un grand nombre de dossiers la chute pourrait être aussi brutale que l’ascension du parti. La carrière politique de cette nouvelle génération Labour s’arrêtera dans 5 ans. La grande majorité des candidats a moins de 40 ans.

Le Labour fait preuve d’une grande maturité et le débat que le conseil national a engagé dès lundi tourne autour de ce qui est bon pour le pays et ce que le Labour pourrait faire s’il était au pouvoir ou s’il préfère être le principal parti d’opposition et renforcer sa base pour remporter les prochaines échéances électorales et fonder une vraie alternance politique. Les négociations ont débuté et le conseil national du Labour tranchera. Le dilemme comme l’enjeu est grand.

Il y a un vrai air de fête depuis cette belle journée ensoleillée à Dublin.  



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En Irlande, des élections cruciales pour l’avenir du pays

 


Ce vendredi 25 février, les Irlandais choisissent leurs nouveaux députés, dans un scrutin proportionnel plurinominal qui permet aux électeurs de voter pour un parti mais aussi pour des candidats. Ce vote est crucial. Il intervient dans un contexte de crise aiguë avec une quasi faillite de l’Irlande et après la dissolution de la chambre basse (en principe élue pour cinq ans) du Parlement irlandais, le Dáil Éireann, consécutive au rejet de la classe politique dirigeante.

 

L’Irlande, un pays dynamité

23.02.2011par Sylvie BraibantPour Hélène Conway, universitaire franco irlandaise installée à Dublin et membre du Parti socialiste français, il ne fait aucun doute que les élections du 25 février sont cruciales. « Les Irlandais sont sous le choc. Ils ont vécu une double déflagration, avec l’explosion des bulles financières et immobilières, tant extérieures qu’internes, dans ce pays qui ne vit que grâce à une économie presque entièrement dépendante de la globalisation et qui est désormais en quasi faillite. Les Irlandais ont commencé à se poser des questions sur leurs gouvernants, et ont compris qu’ils étaient étroitement imbriqués avec le système financier mondial et avec les promoteurs  immobiliers, que les uns et les autres s’entraidaient. En clair que leur système était corrompu. » 



En 15 ans, l’Irlande, autrefois contrée rurale et pauvre, en proie aux famines régulières, terre traditionnelle d’émigration, est devenue un État hyper dynamique, à la pointe des nouvelles technologies, et urbain – la capitale Dublin accueille le quart de ses 4 millions 500 000 concitoyens.  Et voici qu’elle régresse radicalement : les jeunes qui ont grandi dans des familles aisées et immobiles, doivent à nouveau partir comme leurs grands parents, s’ils veulent survivre. L’une des étudiantes d’Hélène Conway reste ainsi interdite face à la décision de son père, imprimeur ruiné, jusqu’à récemment à la tête d’une fabrique d’étiquettes, et qui vient de décider de partir tenter une nouvelle chance en Australie, à 50 ans passés. 



EN COLÈRE MAIS PAS RÉVOLUTIONNAIRES 



Pourtant, si les électeurs irlandais rejettent massivement le parti au pouvoir de centre droit, le Fianna Fail, ce ne sera pas pour embrasser des idées révolutionnaires. Leurs voix devraient se porter sur le Fine Gail, légèrement moins à droite et sur Enda Kenny, probable futur Premier ministre, un ancien instituteur, son pâlichon et inexpérimenté chef de file, selon le Financial Times. Le Fianna Fail et le Fine Gail se partagent ainsi le pouvoir de la jeune République irlandaise, depuis 90 ans, dans un mouvement d’oscillation faible et perpétuel. 



Malgré leurs inquiétudes pour l’avenir le Labour peine à séduire au delà des quartiers prolétaires et d’une classe ouvrière quasi inexistante. Les socialistes (Aliance de la gauche unie) passent pour de terrifiants gauchistes, tandis que les Verts peinent à s’affirmer, dans la mesure où leurs idées sont désormais reprises par tous les partis qui veulent pousser l’économie verte et promouvoir une énergie renouvelable et indépendante. Les nationalistes du Sinn Fein (branche politique de l’Ira – armée républicaine irlandaise) ne représentent plus grand monde, et les eurosceptiques de Libertas ont disparu de la scène politique. 



REPENTANTS ET PRÊTS À REPARTIR 



Les Irlandais semblent tout à la fois en colère et résignés. En colère contre leurs dirigeants mais résignés à payer leurs pots cassés et à accepter les plans de rigueur du FMI et de l’Union européenne, mais aussi leurs prêts qui permettent de payer les fonctionnaires. « Les Irlandais, sans doute en raison de leur catholicisme enraciné, ont fait leur mea culpa et leur repentance : j’ai pêché donc je doit passer à la caisse, se disent-ils », commente encore Hélène Conway. 



Du coup, la campagne électorale, courte et intense, a été entièrement dominée par les questions sociales et économiques. Les Irlandais veulent juste avoir des réponses à des angoisses très concrètes : comment vont-ils pouvoirs continuer à rembourser leurs emprunts immobiliers « toxiques » ? Combien de postes de fonctionnaires seront-ils supprimés ? Comment pourront-ils continuer à payer les études de leurs enfants ? À cette dernière question, le Fine Gail (les favoris de centre droit) a très clairement répondu que, contrairement à la politique ultra libérale menée au Royaume Uni et qui a poussé les étudiants britanniques dans la rue, l’Irlande continuera à subventionner les frais d’inscription dans les universités. C’est sur ces petites différences-là que les électeurs de l’Eire départageront les candidats et leurs programmes. 
 
 

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