Et vous, que ferez-vous face aux frères Marché?
Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.
Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait.
Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.
Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 euros par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes.
Les jours suivants, il offrit 300 euros et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants.
Constatant qu’il n’en restait plus un seul ce jour-là, il fit savoir qu’il reviendrait en acheter à 500 euros l’unité dans huit jours et il quitta le village.
Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 euros l’unité.
Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 euros dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.
Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.
Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt.
Le cours de l’âne s’effondra : les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier.
Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant.
Or, celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement!
Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale…
On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.
Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front.
On les appelle les frères Marchés.
Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants …
Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place? Que ferez-vous?
Que reste-t-il du modèle social français?
Que reste-t-il du modèle social français et de ce qui faisait l’exemplarité de la France ? On demande aux générations actuelles et futures de travailler jusqu’à 62, voire 67 ans pour être sûr de pouvoir bénéficier de sa retraite en occultant les chiffres alarmants du chômage actuel chez les seniors et chez les jeunes. Il serait plus judicieux de commencer à s’intéresser à la création et le maintien des emplois et la mise en place de nouvelles mesures incitatives à l’emploi des quinquagénaires, mais également à l’emploi des jeunes. Sinon, nous ne faisons que décaler le problème dans le temps et punir les générations futures. Près d’un Français sur trois aura plus de 60 en 2060, d’après les dernières projections de l’Insee.
Dans le domaine de la santé on remet en cause le remboursement d’un nombre croissant de médicaments par la sécurité sociale. Et que fait-on de l’égalité d’accès aux soins ? Ce qui faisait la grandeur de la France, son exceptionnel service de santé. Elle n’existe plus. Et l’égalité des chances à l’école ? Quant à l’égalité d’accès à la formation, au travail, n’en parlons pas. La liberté d’expression? On vole à des journalistes ayant travaillé sur l’une des plus troublantes histoires de délinquance financière française leur outil de travail et le recueil de leurs investigations.
Cette logique de consommation s’étend et elle touche aujourd’hui à des biens de notre société qui ne doivent pas y être soumis. Pourtant, au nom de cette crise, on démantèle les services publics du domaine de la santé, de l’éducation nationale, de la justice, de la culture. On essaie de leur impliquer une logique comptable, de rentabilité. Or, ce n’est pas possible. L’éducation que l’on donne à un enfant n’a pas de logique comptable mesurable, et encore moins à court terme. Mais elle se conclura par une formation complète et solide, une bonne préparation au monde du travail, un emploi correspondant à ses capacités, un renouement du lien social. C’est ainsi qu’elle peut être mesurable.
On ne peut pas laisser les choses partir ainsi à la dérive. Quelque chose gronde dans la société. La crise sociale que connaissent l’Irlande et la Grèce risque fort d’être contagieuse. La dérive autoritaire d’exclusion, d’individualisation ne peut pas durer. Il faut réfléchir aux choses encore et encore, avancer pour l’épanouissement de tous, pour retrouver de vraies valeurs de solidarité, d’égalité, de liberté.
Retraites: l’arrogance de l’UMP dénoncée sur les ondes irlandaises
Parmi les moyens de combattre la réforme des retraites, j’ai choisi de passer sur les ondes et d’expliquer pourquoi les gens sont dans la rue pour manifester. De toute évidence les Français rejettent le modèle anglo-saxon qu’a adopté Nicolas Sarkozy qui nous fait croire que le bonheur passe par toujours plus d’argent. Les Français veulent une réforme juste dont le poids financier soit supporté également par tous, suivant leurs moyens.
C’est ce que j’ai exprimé dans l’émission "The Wide Angle", présentée par Karen Coleman, une émission d’actualité phare dans le paysage politique irlandais, diffusée sur Newstalk, radio nationale dont les programmes sont très suivis.
Pour écouter la deuxième partie de l’émission de ce 30 octobre : http://media.newstalk.ie/listenback/229/sunday/2/popup
L’entretien commence à la 6ème minute, après les nouvelles et la météo, pour un total de 30 minutes. Mon intervention commence à la 22ème minute.
L’ambassadeur a défendu la ligne du gouvernement qui consiste a souligner le caractère indiscutable du vote, sur la base que le parlement était l’expression démocratique du peuple et que celui-ci venait d’ approuver la loi sur la réforme des retraites.
Pour ma part j’ai développé un argument sur le type de société que nous voulions qui ne passe pas nécessairement par une explication comptable à tous les problèmes. D’autre part il ne faut pas oublier le CPE: le parlement vote les lois mais le peuple continue à être souverain. Cet épisode est encore frais dans les mémoires. Il était important de montrer que les Français ne sont opposés aux réformes. Une concertation qui aurait permis la promulgation d’une loi plus juste dont le coût aurait été mieux partagé n’aurait certainement pas provoqué une telle réaction de la rue. Pour rendre l’intervention pertinente, il fallait garder à l’esprit que les auditeurs irlandais partent à la retraite à 65 ans et bientôt à 67 ans et que la situation économique et financière du pays est si catastrophique qu’on parle maintenant d’une intervention probable du FMI.
Image: Newstalk www.newstalk.ie
A l’étranger aussi, nous sommes inquiets pour l’avenir des retraites en France !
Le Parti Socialiste appelle à suspendre le débat sur les retraites au Sénat
A l’étranger aussi, nous sommes toujours plus nombreux à nous inquiéter pour l’avenir des retraites en France !
L’avenir des retraites concerne tous les Français, en France comme à l’étranger. En effet, selon la reconstitution de sa carrière, un Français établi à l’étranger peut dépendre du système français de retraites. La loi de finance de la sécurité sociale de 2010 prévoit que le prix du rachat des trimestres passés à l’étranger sera multiplié par 4 à compter du 1er janvier 2011. La retraite peut subir une décote de 20%, voire plus, si aucune action n’est entreprise individuellement avant le 31décembre 2011.
La situation des conjoints est encore plus grave : carrières interrompues, activité locale impossible et retraites tronquées. C’est le montant des pensions de réversion qui est en jeu.
Une autre réforme que celle de la droite, qui prenne en compte la situation de tous les Français, en France et à l’étranger, est possible.
La force et l’ampleur croissante de la mobilisation dans notre pays peuvent encore faire reculer le Gouvernement. C’est une nécessité: malgré quelques faux-semblants dans le débat au Sénat, la réforme Sarkozy-Woerth reste profondément injuste et ne règle rien. Elle ne garantit ni le financement du système par répartition ni le pouvoir d’achat des retraités.
Les mesures du Gouvernement vont :
· Transformer les jeunes retraités en vieux chômeurs, en obligeant les seniors à cotiser plus longtemps et contraindre les femmes qui ont eu des carrières fractionnées à partir à 67 ans ;
· Entraîner une baisse du niveau des pensions, comme après les précédentes réformes de la droite ;
· Exclure la prise en compte de la pénibilité, qui ne saurait être confondue avec l’invalidité ;
· Faire porter plus de 90 % des nouveaux efforts sur les seuls salariés et rien ou presque sur les revenus du capital ;
· Piller le fonds de réserve des retraites pour maquiller les déficits en vue des échéances 2012 sans régler durablement la question du financement.
Le Parti Socialiste propose :
1. Le maintien de l’âge légal de départ à 60 ans, la protection pour les salariés ayant commencé à travailler le plus tôt et la liberté de choix pour tous ;
2. Une juste prise en compte de la pénibilité, sur base de l’espérance de vie liée aux parcours professionnels ;
3. Le financement des retraites du premier au dernier Euro par des efforts partagés : les revenus du capital et les banques doivent aussi contribuer à l’effort de solidarité ;
4. La reconnaissance par des mesures démographiques de l’allongement de la durée de la vie ;
5. Un fonds de réserve des retraites garanti pour amortir les chocs démographiques et économiques.
Mobilisons-nous pour une réforme juste, qui préserve nos retraites et celles de nos enfants !
Fédération des Français à l’Etranger : 00 33 1 45 56 77 82
Retrouvez toutes les propositions du PS sur les retraites à www.parti-socialiste.fr
De l’orage dans l’Eire
Crise immobilière, financière et politique… L’Irlande a tiré un trait sur ses années de croissance et se débat avec un déficit hallucinant et des plans de rigueur à répétition. Par CHRISTIAN LOSSON (envoyé spécial à Dublin)
C’est une fin de rêve de martingale, un miroir aux alouettes brisé. «L’économie irlandaise a longtemps été le poster d’enfant du libre marché globalisé ; une sorte de fable morale avec un happy end pour ceux qui auraient bien appris les leçons du capitalisme. Le prix à payer pour une telle illusion sera terrible.» Ce prix, Fintan O’Toole, en a une idée assez précise. Chroniqueur et historien, il a écrit le pamphlet le plus fin sur la crise. Ship of Fools («le navire des fous»). «Il suffit, dit-il, de passer en revue le flot d’infos depuis une semaine.» Un sauvetage des banques, jusqu’à 50 milliards d’euros, et un déficit budgétaire hallucinant : 32%. Une nouvelle récession annoncée, après une année 2009 déjà apocalyptique (- 7,1% de croissance). Un cinquième plan de rigueur budgétaire (4,5 milliards à trouver) à l’étude pour décembre et un chômage qui a triplé, et frole les 14%. Une agence de notation qui dégrade la capacité d’emprunt du pays…«Chaque jour, c’est une mauvaise nouvelle. Puis une nouvelle encore pire le lendemain, résume Jimmy Kelly, secrétaire général du syndicat Unite. Mais le pire n’est jamais sûr. Ou plutôt si : il est devant nous.»
Comment l’Irlande, ex-championne d’Europe de la richesse par habitant, en est arrivée là ? «Le modèle de développement irlandais nous a conduits dans le mur, souffle Fintan O’Toole. Parce qu’il est le fruit vénéneux, mélange d’un cocktail létal d’une idéologie libérale sans frein et sans vergogne, et d’un héritage irlandais d’une élite multipliant la collusion, le copinage et la complaisance.» Tournée, donc, la page du pays capable de doubler le nombre de ses chevaux de courses et de ses exportations en cinq ans. Zappées les fiestas des magnats de la construction sur des yachts d’Onassis, ou l’achat pour 379 millions d’euros d’un terrain à Ballsbrige, quartier hype, qui en vaut aujourd’hui dix fois moins. Oubliée la fierté retrouvée d’un pays en marge de l’Europe devenu – grâce aussi aux 10 milliards de fonds de Bruxelles – numéro 1 des exportations de logiciels avant que les multinationales, comme Dell, ne fuient.
«On s’est vu trop beaux». «Le pays a connu deux booms, résume Fintan O’Toole.A partir de 1994, un impôt sur les sociétés de 12,5% a attiré 40% des investissements américains en Europe.» Le vent de dérégulation a aimanté les multinationales. Le cash a afflué. Avec le krach de la bulle Internet, Dublin a voulu trouver un autre levier, un relais de croissance. «Les taux d’intérêts bas de la Banque centrale européenne ont alors permis un déluge de prêts, notamment immobiliers.» Mais la crise planétaire a frappé le pays de plein fouet en 2007. La bulle immobilière a éclaté ; les ressources fiscales ont plongé de 37%. Il a fallu sauver des banques (Libération du 1er octobre), dont le symbole honni : l’Anglo Irish Bank, dont le nouveau siège, squelette de béton figé par l’arrêt des travaux, hante les rives de la Liffey, au sud de Dublin…
«L’Irlande se retrouve face à la plus grave crise de son histoire ! estime ainsi Jimmy Kelly. La rigueur à coups de marteau, les coupes hallucinantes dans le secteur public ne feront qu’aggraver la crise et la récession. Les gens, tétanisés, vont geler leurs dépenses. La récession sera encore plus virulente.» Sans parler d’un dogme, que le gouvernement veut toujours intouchable : le bouclier fiscal made in Ireland.«De l’hystérie : le Premier ministre ne veut pas rompre avec la politique qui nous a conduits dans le gouffre», enrage Jimmy Kelly. «Comment peut-on, dans ces conditions, croire que l’on va passer d’un déficit budgétaire de 32% en 2010 à 3% en 2012, s’interroge, un brin incrédule, John O’Hagan, économiste au Trinity College. Certes, l’Irlande a engrangé des infrastructures, développé une main-d’œuvre qualifiée, mais le cartel feutré au pouvoir semble désemparé pour trouver une autre voie de développement.»
Ironie de l’histoire, les sorties du gouvernement ont des allures de credo tchatcheriens : Tina («There is no alternative»). «Il n’y a pas d’alternative, tout le monde doit faire des sacrifices horribles», assure Brian Lenihan, ministre des Finances. «On s’est cru plus proche de Boston que de Berlin, sourit Eamon, un vidéaste. La classe moyenne a acheté des maisons, est partie en vacances, a payé son café 5 euros. On s’est vu beaux. Trop beaux.»Résultat, «le sauvetage des banques nous plonge tous dans la déprime : 11 000 euros de dette en plus par Irlandais, ça fait cher le mirage, non ?»
Visa en main. Le mirage s’évapore chaque jour. Les pancartes «à louer» balisent l’Irlande. Plus de 300 000 logements seraient vides ou à moitié vides. Jusqu’à 3 000 ghost estates, des lotissements fantômes. Comme à Clongriffin, aux portes de Dublin. «Bienvenue dans le nouveau City Center», vante une pancarte. Un centre-ville, ça ? Un centre vide. Peuplé d’une poignée d’appartements comme habités par des zombies, dont les ombres se découpent. «On vit dans un cimetière immobilier, sourit Aider, 19 ans, étudiant en biologie. A part la gare, il n’y a rien. Pas de restaurants, pas de pharmacie, rien… Ces biens immobiliers sont maudits.» Des fantômes qui tiendront d’héritage-boulet du Tigre celtique. Les pots de peintures séchés immortalisent l’arrêt brutal des constructions. Si les Midlands, au cœur du pays, cristallisent ces subprimes à l’irlandaise, Dublin n’y échappe pas.«Après avoir connu une envolée digne d’un conte de fée pour promoteurs – 500% en dix ans -, les prix de l’immobilier ont chuté de 33% en trois ans,rappelle Fintan O’Toole. Le carrosse de Cendrillon a des allures de citrouille cabossée.» Un bureau sur cinq est désormais vide, record d’Europe. Et les affiches de location à 15 euros le mètre carré pullulent. Une honte, pour Richard Boyd Barrett, de l’organisation People Before Profits («le peuple avant les profits»). «60 000 familles vivent encore misérablement en attente de logements, déplore-t-il. Le pays n’a pas investi massivement dans des services publics – éducation ou santé. On vient de baisser de 20% les salaires des fonctionnaires. On ferme des lits dans les hôpitaux quand il faut huit mois pour avoir une visite chez un spécialiste.» Les transports ? «La mairie de Dublin vient ainsi de supprimer 200 bus sur 1 000. Et les premiers touchés, ceux qui paient la facture, sont les plus vieux et les plus démunis.»
Ils ne sont pas les seuls. «Les Européens sont partis, mais ça ne suffit pas, on expulse les Africains ; on a choisi de diviser la société plutôt que de s’attaquer à la finance, la racine du mal», s’indigne le député (Sinn Féin) Aengus O’Snodaigh, devant une manif au pied du Parlement contre le durcissement de la politique du droit d’asile. La plaie de l’émigration, qu’on pensait cautérisée après l’arrivée historique de migrants des années fastes, s’est rouverte. Béante. «40 000 Irlandais ont fui l’île l’an passé ; on parle de 100 000 cette année», rappelle O’Toole.Sur 4,5 millions d’habitants. Un peu comme si 1,5 million de Français quittaient l’Hexagone… «On est une génération perdue, la génération sacrifiée», lâche Connie, agrégée de lettres, visa pour l’Australie en main. Derrière la crise économique et financière, une autre crise se profile donc. Politique, démocratique.
Moins d’un Irlandais sur quatre soutient encore le pouvoir ultradominant du Fianna Fail. «L’ère du Tigre celtique a entraîné l’institutionnalisation de la déconnexion entre les citoyens et la vie démocratique. Les politiques et les hommes d’affaires baignent dans une inertie telle qu’elle ne peut conduire qu’à la banqueroute morale.» Fiach Mac Conghaile dirige l’Abbey Theater, cofondé par le poète et dramaturge William Butler Yeats. Il dit : «Notre chute résulte de l’absence de vision et de modèle de notre pays. Résultat, l’Irlande n’a plus été dirigée comme un pays, mais comme une entreprise. Les Irlandais ne se sont pas comportés comme des citoyens, mais des consommateurs.» Mac Conghaile s’agace et entend prendre sa part dans le réveil.«A l’inverse de la France, il n’y a jamais eu de débat de fond, en dehors du Parlement, sur le pacte social.» Même l’Eglise s’en indigne. L’évêque de Dublin, Diarmuid Martin, a ainsi résumé l’affaire lundi. Assimilant l’Irlande d’avant crise à une «tour de Babel»,«dominée par une cupidité intellectuelle», il a appelé à écouter les plus pauvres pour éviter de verser dans «une société tyrannique».
Culture de l’Impunité. Fiach Mac Conghaile ne verse pas dans le sermon. Il vient de monter John Gabriel Borkman, du Norvégien Ibsen. L’histoire d’un banquier véreux en quête d’une réhabilitation qui ne viendra jamais. Presque d’actualité, si ce n’est que l’Irlande pratique la culture de l’impunité avec un sens quasi inégalé. «Ici, les politiques et les hommes d’affaires prennent le pouvoir, mais pas le sens des responsabilités qui va avec.» En trois ans, seules deux personnes ont écopé d’une peine de prison.
Collusion, népotisme, passe-droit : une forme de trilogie maison, résume Elaine Byrne. Cette jeune politologue à Trinity University et auteure d’un livre à paraître sur l’histoire de la corruption, est plus prosaïque : «L’Irlande n’a jamais eu d’argent. Donc elle n’a pas su comment dépenser la manne.» Ou plutôt si, façon retour d’ascenseur : «Le parti au pouvoir a été financé pour un bon tiers par le secteur de l’immobilier.» Dans un pays où le renouvellement politique se fait de façon dynastique ( «Le Premier ministre ou le ministre des Finances sont des fils de politiques») et les salaires loin des compétences («Bertie Ahern, ex-Premier ministre, fut le mieux payé des chefs d’Etat du monde entier»), difficile de porter une nouvelle génération au pouvoir.
Dans les pubs, on parle, comme Tim, chauffeur-livreur, «de ressortir les guillotines pour couper des têtes politico-financières». Mais dans la rue, les micromanifs démontrent un stoïcisme très pénitence. Tétanisés, les Irlandais se révoltent en silence. Pour l’instant. Elaine Byrne dit ceci : «Les économistes passent leur temps à se demander si le verre est à moitié plein ou à moitié vide. Or, il est cassé. Il faut en trouver un autre. Et refonder une démocratie qui soit enfin, inclusive.» Sinon, la colère pourrait bien déborder de Facebook et du courrier des lecteurs. «La psyché de revanche des Irlandais a généré une fascination pour l’argent et une euphorie délirante, dit Fintan O’Toole. L’histoire est finie.» Comment en réécrire une nouvelle qui ne finisse pas tel un trash movie de série Z économique ?
Cet article paru sur le site de Libération résume bien notre situation actuelle.
La solidarité européenne suffira-t-elle à la Grèce et à l’UE ?
L’Union européenne, avec en première ligne la France et l’Allemagne, a enfin déclaré soutenir la Grèce dans le comblement de son déficit. Celui-ci dépasse en effet très nettement ce que l’UE demande à ses Etats membres en application des traités de Maastricht et de Lisbonne, avec 12,9 % de déficit au lieu des 3 % demandés par Bruxelles. La dette publique représente 115 % du PIB grec. Le pays ne sera pas laissé à l’abandon. Il pourra recevoir l’aide du FMI s’il la demande ainsi que des aides bilatérales européennes, à condition qu’il persiste dans son plan de rigueur budgétaire, et ce malgré le fort grondement social s’élevant dans l’ensemble du pays. Mais faut-il vraiment être soulagé ? Outre les risques réels de contagion à d’autres pays de l’Union (le Portugal, l’Espagne et l’Irlande en premier lieu), la crise grecque pose deux questions : celle de la solidarité des pays dans la zone euro et celle de la régulation de la finance au niveau de l’Union européenne
Dans quelle mesure les Etats membres de l’Union doivent-ils rester solidaires ? Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré : « Nous avons toujours fait preuve de solidarité avec tous les Etats membres de l’UE, et nous montrerons qu’à l’avenir la Grèce peut compter sur notre solidarité ». Une démarche que n’approuvent pas l’ensemble des 27, sachant qu’ils devront augmenter leur propre dette et celle de l’UE au risque d’un certain mécontentement de leurs propres opinions. Il s’agira là forcément de démarches volontaires puisque le traité de Maastricht prévoit qu’aucun Etat ne peut être forcé à en secourir un autre.
Or, le traité de Lisbonne prévoit dans ses articles la suppression des droits de vote pour les pays ne suivant pas les règles budgétaires communes, voire même leur expulsion en cas d’atteintes multiples aux principes démocratiques européens. L’Allemagne souhaiterait d’ailleurs élargir cette possibilité aux multiples dérapages économiques afin de sortir des Etats de la zone euro. Des mesures plus coercitives aideraient peut-être plus les Etats à tenir une gestion plus stricte de leur économie ?
Cette crise ne montre-t-elle un pan manquant à l’UE ? Les gouvernements ont répugné jusqu’à présent à s’effacer devant un gouvernement économique commun. Les plus libéraux ont même bloqué toute évolution car ils espéraient faire jouer une concurrence fiscale entre les vingt-sept et organiser une baisse des impôts et de la protection sociale. Asphyxiée par plus de vingt ans de désinflation compétitive l’Europe risque fort de ne pas résister aux marchés prêts à dégommer l’euro. On savait que l’euro ne ferait pas l’Europe. Il représente cependant encore cette monnaie unique qui devait permettre à l’UE de se battre à armes égales avec l’Amérique et les puissances asiatiques. Après les échecs diplomatiques successifs de Copenhague et de Doha l’UE frise l’humiliation en devant s’en remettre au FMI pour régler un problème interne. L’aveu est fait qu’elle ne peut s’en sortir seule et que les pays qui la composent se préoccupent plus de leur destin personnel que du destin collectif. Le politique semble crispé entre une opinion publique fixée sur son pouvoir d’achat et les marchés obsédés par la rentabilité.
Si l’UE veut survivre elle sera forcé de se réinventer, plus politique et plus solidaire, plus inscrite dans une logique fédérale. Portées par la déroute libérale, les gauches européennes ne doivent pas avoir peur de proposer l’accélération de l’harmonisation économique ainsi que des mesures fortes qui tordront le cou à la crise comme l’avait fait Roosevelt en encadrant la spéculation sur les marchés des produits dérivés et en décourageant les excès de la cupidité par des taux élevés d’imposition.
L’endettement appelle la solidarité, pas l’austérité
L’endettement sévit à tous les niveaux. De l’Etat à l’individu personne ne semble épargné. En mars dernier, j’ai rencontré avec quelques camarades de mon comité Jacques Attali dans le cadre de notre recherche sur l’impact de la crise financière et de la crise économique sur les Etats. Il était extrêmement pessimiste sur l’avenir de l’euro et prédisait sa fin dans les dix années à venir si l’Union européenne était incapable de s’accorder sur une gouvernance économique, seule capable d’exiger des régulations au niveau mondial.
Dans son dernier livre, « Tous ruinés dans dix ans » Editions Fayard, sorti la semaine dernière il reprend certaines des analyses qu’il avait partagées il y a deux mois. Ses conclusions plutôt déprimantes, soutenues par des données et des diagrammes, démontrent que « sauf en période de guerre totale, la dette publique des pays les plus puissants du monde n’a été aussi élevée. Jamais les dangers qu’elle fait peser sur leur niveau de vie et leur système politique n’ont été aussi menaçants ». Il ajoute que, pour la France, la dette représentera pas moins de 83% du PIB et 535% de ses revenus fiscaux à la fin de cette année. De plus, en 2010 le Trésor public, deviendra le premier emprunteur en Europe avec ses 454 milliards d’euros. On imagine vite ce qui se passerait si les taux d’intérêts devaient augmenter pour un pays où les dépenses atteignent 55% du PIB et les recettes sociales et fiscales 45%.
Nous héritons d’une gestion laxiste des finances publiques à laquelle est venue s’ajouter la crise bancaire de 2008, née de la folie de la dérégulation et des sub-primes aux Etats-Unis. Alors qu’ils étaient déjà en déficit les Etats ont dû emprunter des milliards d’euros et de dollars qu’ils n’avaient pas en caisse et ainsi augmenter d’autant plus leur dette. Aujourd’hui les conclusions sont tirées mais les solutions sont lentes à se mettre en place. Chacun pense que l’autre doit faire le même effort et reste figé dans une attente qui nous fait perdre un temps précieux. L’engrenage de la concurrence à tous les niveaux tue l’esprit collectif. Il est grand temps qu’un projet socialiste mobilisateur apporte les changements nécessaires que nous attendons tous. Le monde a besoin de solidarité, d’empathie et non d’une austérité qui va faire augmenter le chômage et amener la dépression. C’est pour cela qu’il faut soutenir l’économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur. La tâche ne sera pas facile pour la personne qui succèdera à Nicolas Sarkozy.
Les retraites, le grand dossier social pour 2010
Le constat est là. Le rallongement de l’espérance de vie et l’augmentation du nombre de retraités en comparaison au nombre de cotisants requière une remise à plat du système des retraites actuel. Il est impossible de justifier de repousser ce problème à demain. Il ne peut que s’aggraver, en particulier avec le départ en retraite des enfants du baby-boom de 1945 à 1976. La prise de conscience doit être générale, et elle doit s’accompagner d’une réflexion approfondie sur les solutions envisageables et sur des propositions pertinentes. Nous devons nous montrer force de propositions. Or de nombreuses idées reçues existent sur ces questions et empêchent toute possibilité de réforme. Pour lutter contre cela, il faut plus et mieux informer la société, de sorte que les réformes se fassent progressivement dans un réel climat de dialogue social et non de confrontation entre l’idée géniale dont seule notre président est capable et la mise en place d’un système moins complexe et plus performant.
Il est aussi intéressant de voir ce qui se fait dans les autres pays européens sur ce même sujet des retraites. D’autant plus que nombres d’entre eux, dont la Suède, l’Italie et l’Espagne ont déjà réussi à entreprendre une série de réformes à la fin des années 90 et au début des années 2000. Cela permettrait d’apporter au problème un nouvel éclairage, et peut-être des solutions pour la France.
Le système français repose essentiellement sur un système dit de répartition basé sur un régime de base et un régime complémentaire, tous deux obligatoires, permettant de calculer le montant des retraites. Ce système traduit une réelle solidarité intergénérationnelle (les actifs d’aujourd’hui cotisent et payent pour les retraités d’aujourd’hui). Ce système montre malheureusement aujourd’hui ses limites. Il peut être complété par un régime par capitalisation où chaque cotisant économise de l’argent sur son salaire dans un compte épargne géré par l’Etat. Mais celui-ci est peu populaire en France, trop fluctuant, trop aléatoire. Il est largement utilisé dans d’autres pays européens tels que la Suède, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique par exemple où il représente une part variable de la retraite touchée (de 2 % en Italie à 28 % au Royaume-Uni).
Passons à l’âge légal et l’âge effectif de départ en retraite. Il est pour l’instant à 60 ans en France pour les hommes comme pour les femmes, alors qu’il oscille autour de 65 ans dans les autres pays européens pour les deux sexes, avec un système de prime à ceux travaillant au-delà de l’âge légal et un système de contre-points pour ceux s’arrêtant avant. Néanmoins l’âge de départ en retraite effectif demeure généralement avant l’âge légal. L’allongement de la durée de cotisation, et donc le retardement de l’âge de départ à la retraite, est souvent énoncé comme une des solutions pour réduire la dette créée par le système des retraites. Curieuse solution lorsque l’on voit la part de chômage chez les 55-64 ans en France ! 30,3 % en 2000, 40 % en 2008 ! Pourquoi vouloir rallonger l’âge de départ à la retraite alors que les plus âgés peinent à retrouver du travail et que les moins de 25 ans ont du mal à en trouver ?
Le nombre d’années de cotisation nécessaire pour toucher à ces droits à la retraite diffère également entre les Etats européens où certains ouvrent des droits après un nombre très bas d’années de cotisation (15 ans au Portugal, 20 ans en Russie) alors que la moyenne européenne est à une quarantaine d’années de cotisation, tout comme le secteur privé français (le secteur public ne cotise que 37,5 années). De plus, en France, de nombreuses différences existent comme par exemple les 25 dernières années sont comptées dans le privé pour le calcul de leur pension au lieu des 6 derniers mois d’activité pour les fonctionnaires. Les régimes spéciaux qui vont de la SNCF aux fonctionnaires de la Cour des Comptes ont leurs propres spécificités. La multiplicité des régimes rend l’application d’une harmonisation des systèmes pratiquement impossible. Force est de constater que le système français des retraites est trop complexe pour que l’ensemble des cotisants français s’y retrouve et comprenne ce qui leur ait du puisqu’il n’existe pas un seul système de référence. Preuve en est que la majorité ignore que le montant de la retraite versée par le régime de base ne peut excéder en théorie la moitié d’un plafond de la Sécu (2 885 euros), alors que dans la pratique on se retrouve à 43 % maximum (1 240, 55 euros) de ce montant-là. « Une anomalie sur laquelle les syndicats qui gèrent la Sécu ne s’étendent guère » [1]
L’information en la matière est limitée, et la mal-information entraîne les amalgames et empêche le dialogue social. Nous n’avons cependant pas le choix et nous devons nous attacher à ce que le système demeure viable pour les générations futures.
[1] Il s’agit d’un des « dix plus gros mensonges » sur les retraites repris et clarifiés par Laurence Allard dans un article du Point du 22 avril 2010.
Source Image: AFP
Burqa: la liberté et la dignité sont déjà au coeur de la Loi française
Depuis quelques semaines, un débat a lieu au sein de la FFE sur le port de la burqa, similaire à celui qui a fait rage dans l’actualité et chez les politiques. J’ai trouvé les interventions à la fois pertinentes et riches en arguments, peut-être parce qu’elles se plaçaient toutes du point du vue de la femme et de ce que le port de ce vêtement signifiait pour celles qui le portent. C’est une offense à l’histoire que de prétendre qu’elles sont ainsi vêtues comme les femmes du prophète. Il est tout aussi mensonger que de proclamer que c’est une obligation religieuse. Ce vêtement ne permet pas à une femme d’avoir une vie sociale normale et les exclut de facto de la société. Aujourd’hui, nous parlons de ce cas d’exclusion de la femme mais les exemples sont malheureusement nombreux dans l’histoire du monde.
Alors que notre gouvernement cherche à tout prix à légiférer au plus vite sur le sujet, nos voisins députés belges ont voté l’interdiction de la burqa dans l’espace public, devenant ainsi le premier pays occidental à légiférer en la matière. Faut-il reprendre le même exemple en France ? Doit-on forcément passer par la loi ?
Je n’ai nul doute sur le fait qu’il faille interdire le port de la burqa par solidarité avec toutes les femmes pour qui la liberté du choix est illusoire et qui est la plupart du temps le résultat d’un conditionnement de leur environnement. La burqa ne peut être vue autrement qu’une négation de toutes les valeurs fondamentales à la base de notre démocratie. Il y en va de la négation de la femme, de la soustraction de son identité pour un modèle misogyne. Comment pouvons-nous tourner la tête pour ne pas voir ce qui se passe sous nos yeux et tolérer cet esclavage?
Ce qui m’inquiète le plus est cette nécessité de légiférer en la matière. Ce que notre gouvernement a dû oublier, vu sa volonté permanente de vouloir légiférer dès qu’un problème se pose. C’est devenu symptomatique ! Or, sur une question aussi sensible, il est bon de s’ouvrir au dialogue et à la réflexion. Car, dans tous les cas, ce n’est que par l’éducation et le dialogue que l’on parvient à changer les consciences et faire évoluer les mentalités.
Une nouvelle loi interdisant spécifiquement le port de la burqa dans les espaces publics risque de stigmatiser une nouvelle fois la communauté musulmane. Plus encore, ce sont les plus faibles et les plus pauvres de cette communauté qu’elle mettrait en porte-à-faux. S’il faut légiférer, le droit français dispose déjà d’éléments pouvant permettre d’interdire le port de la burqa dans les lieux publics puisqu’il est déjà interdit de se cacher le visage en public. De même, la loi interdit de porter atteinte à la dignité des femmes. Voilà une autre solution pour lutter contre ce genre de pratique intégriste. Le Conseil d’État a déjà rejeté dans son avis du 30 mars 2010 l’option d’une interdiction générale et absolue du port de la burqa. Pourquoi donnerait-il un avis différent aujourd’hui ? Si la loi est censurée les extrémistes gagneront. Il faut certainement réagir sur ce sujet, trop grave et trop sensible pour être passé sous silence, même s’il ne s’adresse qu’à une infime part de la communauté musulmane. Cela ne se fera pas sur la base d’une loi trop fragile politiquement et juridiquement.
L’Irlande et la crise financière: un peuple fier face à l’arrogance et la tyrannie des banquiers

L’une des rares protestations de rue contre l’injustice des mesures de redressement
Depuis la publication d’Eurostats tout le monde sait que l’Irlande arrive en tête des déficits européens, loin devant la Grèce, l’Espagne et le Portugal avec lesquels ils forment les PIGS, surnom donné par ceux qui ont contribué à la chute de ces pays. Ici ce n’était plus un secret pour personne, pour nous dont les salaires ont diminué de 15% en six mois, nous dont les amis se retrouvent au chômage ou forcés à l’émigration. Le taux de chômage est passé de 3% à 13% en moins d’un an. On estime à près de 100 000 le nombre des départs dû à l’émigration économique et à 300 000 le nombre de familles menacées de perdre leur maison parce qu’elles ne sont plus en mesure de rembourser leurs emprunts.
Chaque jour amène son lot de mauvaises nouvelles. Hier, on annonçait la fermeture des trois piscines du centre ville, où se trouvent les quartiers les plus touchés par le chômage. Aujourd’hui c’est le non remplacement des départs à la retraite. Aucun recrutement n’aura lieu dans la fonction publique jusqu’à la fin de l’année. Le parlement vote toutes les taxes, dont la taxe carbone, pour faire rentrer autant d’argent que possible dans les caisses. En même temps il ne cesse de couper dans les finances publiques. Nous sommes particulièrement touchés à l’université où notre budget doit être réduit de 20% entre juin et décembre 2010. Mission impossible puisque la masse salariale représente la plus grosse partie du budget. Cette mesure est tout simplement l’annonce de fermetures de postes comme cela avait été le cas en Angleterre à l’ère Thatcher. Des départements entiers dans certaines universités avaient alors fermé.
Le problème principal reste que seul l’argent des contribuables semble pouvoir venir en aide aux banques. Les médias font une chasse féroce aux banquiers dont ils dénoncent les abus. Certains sont forcés de rendre le million qu’ils avaient reçu au moment de leur départ il y a quelques mois. Ils le font par obligation morale puisque les politiques expliquent inlassablement qu’il n’existe pas d’obligations juridiques. Pourquoi n’en demandent-ils pas ? Ils y seront peut-être bientôt poussés puisque la chasse aux sorcières les rattrape aussi. Maire Geoghegan Quinn, nouvellement nommée commissaire européen pour la recherche et l’innovation, continue à toucher sa retraite de ministre et député alors qu’elle reçoit un salaire de 238 918 euros par an. Là aussi le Premier ministre explique qu’il n’y a aucune obligation de remboursement. Elle a décidé d’y renoncer ce matin et maintenant la pression est sur les députés pour qu’ils en fassent de même. Certains touchent une retraite de ministre alors qu’ils siègent au parlement. Au-delà de la souffrance imposée aux familles cette crise a l’avantage de chasser les privilèges.
Il est intéressant de voir comment tout un système de cumuls et d’abus est dévoilé dans la presse. Le dénoncer semble servir de soupape de sécurité pour contenir la tension sociale. Nous avons des coupables et ils paient, peu mais assez pour tous ceux qui ne gagneront jamais en toute une vie le bonus rendu. Cependant le système n’est ni changé ni régulé. Le monde de la finance semble attendre que la colère du peuple passe et que les journalistes s’intéressent à d’autres histoires.

Ce monde parallèle est un monde où la sanction n’existe pas ; où l’on s’attribue des sommes colossales pour se remercier d’avoir bien ou mal travailler quand tous les autres n’ont que la satisfaction du travail bien fait comme récompense ; où l’on joue en inventant des règles non contraignantes ; où l’on gagne beaucoup d’argent en touchant la touche d’un clavier sans avoir à se préoccuper du monde réel. Ce monde se sent tellement indispensable qu’il peut continuer sans rien changer à ses habitudes avec la bénédiction des gouvernements qui en ont maintenant peur. Peur de devenir la prochaine cible de la spéculation financière qui prend les pays pour des produits financiers.
La tension sociale ne s’exprime pas dans la rue, comme en Grèce. Elle est contenue, par fierté peut-être. La fierté d’un peuple colonisé jusqu’au début du XX siècle qui veut prouver qu’il n’a besoin de personne. L’Irlande va prêter 400 millions à la Grèce, l’argent qu’elle a elle-même emprunté. Et puis il y a l’émigration qui sauve la face. Il y a enfin ce fatalisme que toute la richesse générée ne pouvait être que passagère dans ce pays habitué à la pauvreté et à la misère pendant trop longtemps. Les Irlandais sont plus aisés qu’ils ne l’ont jamais été. Ils reconnaissent avoir gaspillé une grande partie de cette richesse parce qu’’ils voulaient en profiter tout de suite. On dit ici que le climat influence l’humeur des gens et les force à changer au gré du jeu entre le soleil et la pluie (la grande gagnante !). Il nous apprend certainement à profiter du moment présent parce que rien n’est jamais acquis.
Source Image 1 et 2
Pour la Grèce, les socialistes européens plus solidaires que jamais
Dès l’ouverture du Conseil Européen, Merkel et Sarkozy annoncent s’être entendus sur l’aide à apporter à la Grèce. On retiendra que Mme Merkel a déployé des talents de démagogie rares pour sauver une CDU en mauvaise postures dans des élections régionales à venir. Une posture qui fait un mal considérable et peut-être durable aux Grecs qui tentent de relever la tête alors que les mots ne sont pas assez dur en Allemagne pour condamner des gens qui ne sont en rien responsables des problèmes qu’ils subissent. De son côté, la famille sociale-démocrate européenne se serre les coudes.
Le Parti socialiste européen plaide pour des prêts en faveur de la Grèce
LEMONDE.FR avec AFP | 25.03.10 | 17h22
Le Parti socialiste européen (PSE) s’est réuni, jeudi 25 mars, avec le premier ministre grec Georges Papandréou. Le PSE veut convaincre les dirigeants de l’Union européenne d’étendre aux pays de la zone euro la possibilité d’obtenir des prêts européens, ce qui est impossible aujourd’hui. "Nous avons une solution très concrète que nous allons proposer ce soir" au sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, a annoncé le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen. "Il y a quelques années, la Commission européenne avait fait des prêts avantageux, évitant des taux élevés liés à la spéculation, à plusieurs pays en dehors de la zone euro, dont la Hongrie, la Lettonie et la Roumanie", a expliqué M. Rasmussen, s’exprimant devant la presse aux côtés du premier ministre grec. "Ce que nous proposons aujourd’hui est de changer la réglementation sur cette facilité communautaire destinée aux pays hors zone euro afin qu’elle couvre aussi les pays membres de la zone euro", a-t-il spécifié. "En pratique, cela veut dire que la Commission aura la possibilité d’utiliser sa capacité à faire des prêts sur le marché pour des pays comme la Grèce ou d’autres", et"je peux dire aux contribuables allemand que cela ne leur coûtera pas un euro", a ajouté M. Rasmussen.
Penser aux haïtiens, aujourd’hui et demain
Le journal Le Temps rend aujourd’hui un vibrant hommage à ce qui a été Port-au-Prince, "ce mélange de flamboyance créole et de contradictions insulaires dont les grands écrivains caraïbes ont chanté la séduction". Il est douloureux de devoir parler de cette ville au passé, comme le dit l’éditorialiste, mais il est encore plus douloureux de voir ces images de dévastation, de souffrance, de peur, et de solitude dans la panique des heures qui ont suivi le tremblement de terre.
L’aide afflue peu à peu. Dans l’urgence, le Président Obama et Dominique Strauss-Khan ont annoncé que les USA et le FMI mettraient à disposition des moyens financiers colossaux, à hauteur de la catastrophe. Nous organisons localement avec une association irlandaise qui intervient dans les zones touchées par des désastres naturels une petite équipe de gens formés prêts à aller au secours des autres. La réponse internationale est rassurante. Il faut simplement espérer qu’elle durera suffisamment longtemps et que la population ne soit pas trop vite oubliée. La solidarité devra s’appliquer bien au-delà des quelques semaines de secours, et s’attacher à reconstruire un pays en ruine, pas seulement physiquement mais aussi moralement.