Réunion de travail sur la feuille de route consulaire visant à lutter contre les violences faites aux femmes françaises à l’étranger

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J’ai participé à une réunion de travail organisée par la Direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE), consacrée à la feuille de route visant à mieux lutter contre les violences faites aux femmes françaises à l’étranger. Ce temps d’échange a permis de dresser un état des lieux précis, de mesurer les progrès accomplis, mais aussi d’identifier les marges d’amélioration.

Les chiffres présentés témoignent d’une augmentation globale des situations signalées :

  • Violences intrafamiliales : 116 cas en 2024 contre 177 en 2025 (+52,6 %)
  • Mariages forcés : 16 cas en 2024 contre 17 en 2025 (+6 %)
  • Agressions sexuelles sur majeurs : 54 cas en 2024 contre 36 en 2025 (-33 %)
  • Total : 186 cas en 2024 contre 230 en 2025 (+24 %)

Cette hausse ne traduit pas nécessairement une aggravation des violences, mais plutôt une libération de la parole et une confiance accrue envers les postes consulaires.

Une feuille de route structurée autour de trois axes

Premier axe : mieux accompagner et protéger les victimes

  • Plus de 210 agents référents ont été désignés dans 122 postes consulaires (déploiement en cours). Ces agents bénéficient de formations dédiées, avec trois webinaires organisés par l’Académie diplomatique et consulaire. 170 agents ont déjà été formés.
  • Ces formations s’inscrivent dans un dispositif plus large : les nouveaux agents suivent une formation initiale obligatoire sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) depuis septembre 2024. S’il n’est pas possible de faire revenir régulièrement tous les agents à Paris, les webinaires permettent d’assurer une montée en compétence continue.
  • Un partenariat a également été noué avec l’association « Save You Sorority » (mars 2025, renouvelé en mars 2026), qui propose une écoute et oriente les victimes vers les consulats. Ce dispositif, assuré par une vingtaine de bénévoles dans plusieurs pays, vient en complément de l’action consulaire. Après un an de fonctionnement, le bilan est jugé positif : un protocole strict garantit la confidentialité et aucune information n’est transmise sans l’accord explicite de la victime. Un seul incident a été signalé, antérieur à la formalisation de la convention.
  • En interne, la cellule « tolérance zéro » du ministère est pleinement opérationnelle. Accessible par téléphone, WhatsApp ou courriel, elle permet de signaler des situations et peut conduire à des sanctions.

Des difficultés subsistent néanmoins, notamment concernant les agents de droit local, qui ne disposent pas toujours des moyens matériels nécessaires, comme un accès suffisant aux outils informatiques.

Deuxième axe : améliorer l’accès à l’information

  • Le guide à destination des postes consulaires a été actualisé (automne 2024).
  • Les sites internet du ministère de l’Europe et des affaires étrangères et des postes ont été revus (70 % déjà réalisés, couvrant 130 pays). L’objectif est de mettre en place une page unique, accessible en deux clics, diffusant une information homogène partout dans le monde.
  • Le guide 2026 des victimes françaises à l’étranger a été publié et enrichi de trois nouvelles fiches.

Troisième axe : développer les partenariats

  • Les postes consulaires sont encouragés à structurer un réseau local : hébergements d’urgence, avocats spécialisés en droit de la famille, acteurs associatifs, etc.
  • Par ailleurs, plusieurs initiatives innovantes émergent, comme la création d’une permanence juridique à Singapour avec des avocats français et locaux, en lien avec le Barreau de Paris. Une réflexion est en cours pour dupliquer ce modèle dans d’autres pays (Pays-Bas, États-Unis notamment).
  • Enfin, un travail est engagé pour renforcer le rôle des conseillers des Français de l’étranger dans la prévention et l’orientation des victimes.

Mieux accompagner le parcours des victimes

Un enjeu majeur réside dans la continuité entre la prise en charge à l’étranger et l’arrivée en France. Des travaux interministériels sont en cours pour éviter les ruptures administratives et juridiques. Parmi les pistes évoquées :

  • Un outil numérique permettant aux victimes de suivre un parcours personnalisé (retour en France ou maintien sur place) ;
  • Une professionnalisation accrue de l’accueil en France ;
  • Le développement de partenariats avec des structures spécialisées, comme les Maisons des femmes, notamment pour l’accès aux soins.

Cette question de l’accompagnement en France est d’autant plus cruciale que les dispositifs d’hébergement d’urgence sont aujourd’hui fortement saturés : 84 % des demandes font l’objet de refus faute de places disponibles.

Enfin, si la possibilité de déposer plainte en ligne est possible pour les atteintes aux biens, elle ne s’applique pas à ce stade aux violences aux personnes.

Mon intervention

J’ai salué le volontarisme de la DFAE et interrogé l’administration sur plusieurs points. J’ai souhaité savoir si l’administration française s’inspire des pratiques mises en œuvre par d’autres pays disposant de fortes communautés expatriées d’une part ; quels sont les dispositifs existants pour accompagner les jeunes femmes qui, à leur retour en France, se retrouvent totalement exclues par leur famille d’autre part ; et, enfin, si des coopérations sont mises en place par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères avec l’ensemble des acteurs susceptibles d’apporter un soutien tels que les associations, les structures d’hébergement, les professionnels du droit ou de l’accompagnement. Ces partenariats sont en effet essentiels, tant au niveau local, dans les pays de résidence, qu’au niveau national pour les Françaises rapatriées.

Il m’a été répondu que des coopérations consulaires sont bien en place, notamment dans le cadre d’échanges internationaux autour de la diplomatie féministe – tels que la journée internationale des droits des femmes – afin de partager les bonnes pratiques.

Des progrès réels, mais un effort à poursuivre

Cette réunion a mis en évidence des avancées concrètes : structuration du réseau consulaire, montée en compétence des agents, outils modernisés, partenariats renforcés. Pour autant, des défis importants subsistent pour améliorer la formation, notamment en présentiel, des personnels déjà en poste dans le réseau diplomatique et consulaire, pour renforcer les moyens des agents, en particulier des agents de droit local, pour développer les solutions d’hébergement d’urgence et pour mieux accompagner les victimes dans la durée, notamment lors de leur retour en France.

La mobilisation doit rester totale pour garantir une protection effective de toutes les Françaises, où qu’elles se trouvent.

 


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