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Hélène Conway-Mouret

Hélène Conway-Mouret

Sénatrice des Français de l’étranger

L’épopée électorale des guerres sarkoziennes

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 Depuis quelques semaines, un frisson patriotique parcourt le pays et les rédactions de presse : ça y est, la France est de retour, cocorico ! Nos soldats se déploient partout, en Libye, en Côte d’Ivoire, non pas pour intégrer quelque force d’interposition défensive et impuissante, mais pour attaquer et faire chuter les tyrans. Même les néoconservateurs américains fustigent la pusillanimité d’Obama et soupirent après l’impétueux Sarkozy, c’est dire ! Oublié l’inéluctable déclin de la puissante française : le drapeau tricolore flotte à nouveau fièrement aux quatre coins du monde.

Du moins est-ce là ce que l’on entend nous vendre, et auquel voudrait nous faire adhérer l’Élysée car  il y a le Président de la République, sa politique extérieure, la mise en scène de cette politique extérieure, et ses répercussions espérées sur la politique intérieure. Autant de paramètres qu’il faut prendre en compte si l’on veut porter un regard un peu plus lucide sur les événements qui se jouent sous nos yeux.

Nicolas Sarkozy joue sa réélection et il sait bien qu’elle est tout sauf acquise en raison de l’échec de sa politique intérieure. Il avait donc décidé de faire de cette année une grande séquence internationale, utilisant G20 et G8 pour se remettre à flot et tenter d’inverser le cours plongeant de son mandat. Mais ce plan soigneusement préparé est venu se briser sur l’imprévu, sous la forme du vent de liberté qui a traversé les pays arabes depuis le début de l’année. Et le moins que l’on puisse dire est que la réaction de la France, lors des premiers soubresauts en Tunisie puis en Égypte, n’a pas été à la hauteur : lenteur, réactions inappropriées et en retard, sorties malheureuses sur l’aide « au maintien de l’ordre ». La diplomatie française et l’Élysée ont complètement raté le tournant de ces révolutions démocratiques et ont même, comble du comble, donné le sentiment d’être les derniers soutiens des dictateurs en place.

Ce contexte et cette histoire très récente éclairent et expliquent ce qui se passe actuellement. L’intervention en Libye a tout autant été un geste nécessaire et courageux qu’une fuite en avant pour redorer, sur un coup de dé, le blason bien terni de la France. Peu importe : il fallait porter secours aux rebelles libyens qui étaient à deux doigts de se faire écraser dans un bain de sang. Mais une fois le principe de l’intervention acquis, ce sont ses modalités qui importent. Et là, que voit-on ? Une capitulation, après quelques rodomontades pour la forme, devant l’OTAN (n’oublions pas que c’est Nicolas Sarkozy qui a œuvré pour la pleine réintégration de la France en son sein) ; et par suite, une soumission à des objectifs de guerre pour le moins obscurs, avec des interventions au compte-gouttes qui redonnent un peu d’air aux rebelles, puis les laissent échouer à reprendre l’avantage sur l’ennemi, puis reprennent à nouveau, pour les sauver «in extremis», quand les troupes de Khadafi reprennent l’avantage. On voudrait semer le chaos dans ce pays que l’on ne procéderait pas autrement ; et gare au retournement de l’opinion libyenne, qui pourrait bien dans un avenir très proche se lasser de ces « sauveurs » français et alliés.

 

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