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Hélène Conway-Mouret

Hélène Conway-Mouret

Sénatrice des Français de l’étranger

Mon déplacement au Cambodge

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Dans ce pays si lié à la France par l’histoire, la francophonie et le succès des accords de Paris de 1991 – ainsi que le rappelait François Mitterrand durant le voyage officiel qu’il y fit en 1993 – le passé et le présent sont intimement unis dans sa capitale Phnom Penh. Dès mon arrivée, j’ai retrouvé les chefs de service autour de notre Ambassadeur, Jean-Claude Poimboeuf, afin d’aborder les relations économiques entre nos deux pays, notre action et coopération culturelle notamment de l’Institut français, notre soutien au développement avec l’AFD ainsi que les questions de défense et sécurité. Nous entretenons une importante coopération dans un grand nombre de domaines et apportons notre appui aux institutions cambodgiennes et à la société civile.


L’entretien que j’ai eu avec la présidente de la commission des Affaires étrangères, Madame Ty Borasy et son conseiller Monsieur Ly Salim m’a offert l’occasion de leur dire combien la participation du Cambodge dans les opérations de maintien de la paix en Afrique et au Liban était appréciée ainsi que l’importance que la France mettait à accompagner la formation des soldats qui y participent. Notre relation s’adapte à l’intégration grandissante du Cambodge dans son environnement régional et à l’évolution du pays vers le statut de Pays à Revenu Intermédiaire à l’horizon 2020.

La visite du lycée René-Descartes, seul établissement français homologué de Phnom Penh, m’oblige à constater que ce dernier œuvre dans un environnement principalement anglophone. Il accueille 1 070 élèves sur un beau site qui risque cependant d’atteindre rapidement sa capacité maximale avec un taux de croissance de 9 à 10 % par an. Un programme immobilier ambitieux accompagne cet accroissement de la demande. Le nouveau bureau de l’APE permet quant à lui de compléter la rénovation et de créer de nouvelles salles. Sa médiathèque est particulièrement impressionnante après les récents travaux et offre un espace de travail et de réflexion intéressant. Les 88 enseignants et 50 agents administratifs et techniques participent au taux de réussite des diplômes nationaux du brevet et du baccalauréat.

La réunion de travail autour du consul, Pascal Burel, et les conseillers consulaires, Jean Lestienne et Theany Phal, nous a permis d’aborder toutes les problématiques d’une communauté française plutôt jeune et bi-nationale. Parmi ses 5 000 personnes enregistrées au consulat, beaucoup sont employées dans le secteur tertiaire et dans les organisations internationales ou non gouvernementales, ainsi que dans les administrations et les instances politiques locales. Les associations dont j’ai rencontré les présidents complètent activement l’action consulaire. Les élus y sont très impliqués. Phnom Pehn Accueil, la société d’entraide des Français au Cambodge, Français du Monde-ADFE, l’UFE et la Chambre de commerce franco-cambodgienne répondent aux nombreux besoins d’aide sociale de notre communauté.

Brève intervention sur les ondes de RFI qui y dispose de deux fréquences. Elles lui permettent d’émettre en langue locale et en langue française.  Avec ses 2,9 millions d’abonnés, Facebook RFI a su s’imposer dans l’offre d’information locale.

J’ai été très heureuse d’échanger avec Madame Pung Chhiv Kek, Présidente de la Licadho (Ligue cambodgienne des droits de l’homme) sur le thème qui me tient à cœur celui du droit des femmes. Son parcours personnel et son engagement sont nécessaires dans un pays où l’industrie textile emploie beaucoup d’ouvrières dans des conditions de sécurité et de salubrité parfois difficiles. J’ai visité l’hôpital de Nokor Tep avec le Vice-Gouverneur Trac Thai Sieng, le premier hôpital spécialisé dans les maladies de la femme. Ce déplacement nous a conduits à traverser un quartier industriel où sont employées et habitent 300 000 femmes qui travaillent dans les usines environnantes. S’y ajoutent près de 20 000 femmes qui travaillent dans les banques et 30 000 qui travaillent dans les exploitations agricoles.

La densité du programme ne m’a pas permis d’aller jusqu’à l’école d’apprentissage de la langue française de Sihanoukville, ni de voir le patrimoine culturel en dehors de la capitale. J’ai alors d’autant plus apprécié la visite de l’atelier de l’Ecole française d’Extrême-Orient avec Bertrand Porte.  Il illustre la permanence de ce travail que l’EFEO assure en Asie du Sud-Est, depuis un siècle. Un élément certain et presque délicat d’un soft power que nous maintenons envers et contre tout, surtout contre une présence chinoise et japonaise de plus en plus réelles dans le domaine culturel.

Un regret enfin, celui de n’avoir pu revoir le portail de l’ancienne Ambassade de France que nous conservons dans le jardin de la résidence. Un vieux portail métallique et mille fois repeint. Un portail qui s’ouvrit et se referma tragiquement durant le mois d’avril 75 alors que Phnom Penh venait de tomber aux mains des troupes khmères rouges, un portail au travers duquel se tendirent les mains de ceux qui désiraient, alors, quelle que soit leur nationalité, se réfugier auprès de ceux qui tinrent ce poste dans des heures tragiques avec un courage non feint. Je pense, notamment à notre chargé d’affaire Jean Dyrac et au chercheur de l’EFEO, François Bizot. Comme les enfants, la mémoire a parfois besoin d’objets transitionnels. Ce portail en fait partie.  Il est un des éléments de la mémoire collective des Français qui résident au Cambodge autant que de notre relation avec ce pays.


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