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Hélène Conway-Mouret

Hélène Conway-Mouret

Sénatrice des Français de l’étranger

Suite de mon déplacement en Amérique latine, le Chili

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Dernière étape de cette mission : le Chili. Pays tout en longueur, coincé entre les Andes et l’océan, qui depuis le rétablissement de la démocratie a normalisé ses relations avec ses voisins et jouit d’une des économies les plus dynamiques d’Amérique latine. Peut-on cependant s’en tenir à ces quelques éléments objectifs ?

Passant quotidiennement par la place Salvador Allende à Paris, je ne pouvais oublier la promesse faite à l’ami Tito Gonzalez de le voir chez lui et rencontrer " les enfants de son pays que j’aimerais instantanément". Et puis la période est particulièrement intéressante puisque Michelle Bachelet termine son deuxième et dernier mandat et que les campagnes présidentielles et législatives sont lancées. La partie "rencontres bilatérales" a naturellement occupée la majorité du temps, sans négliger bien sûr la communauté française dans un programme très complet, organisé par notre ambassadrice Caroline Dumas déjà rencontrée en Jordanie et dont je sais l’engagement et la générosité dont elle témoigne dans l’exercice de ses fonctions.

J’ai débuté par une réunion de travail avec notre consule Madame Chun-Mee Chaline et les conseillers consulaires Marie Christine Haritçalde, Laure-Hélène Filhol et Daniel Colas pour parler des défis que rencontrent nos compatriotes ainsi que de ce pays qu’ils ont choisi et qu’ils m’ont aidée à appréhender dès mon arrivée. Nous ont rejoints ensuite Michel Bourguignat, vice-président de FdM/ADFE et Dimitri Weiler, président de l’UFE pour compléter cette première introduction.  

Avant la rencontre des associations rassemblant nos compatriotes à la Maison de la France, la longue réunion avec les chefs de service Jean-Claude Reith (COCAC), Bruno Zanghellini (économique), Christophe Bergey (défense) ainsi que la rencontre avec les représentants du monde des affaires avec le président de la chambre de commerce franco-chilienne Gustavo Cuevas, Nicolas Claude (ADP- Vinci), Flavien Leleux (CMA-CGM), Jérôme Ronssin (Airbus Helicopters), Robin Hervé (Aria Technologies), Marc Girard (EDF), Jean-Michel Cabanes (Engie- GNLMejillones), Claude Mauro (Santa Rosa Alimentos), Dimitri Weiler (Groupe Equance) a fait ressortir deux certitudes. Les entreprises françaises, implantées depuis longtemps ont toute leur place dans le rapide développement et la présence de 50 VIE atteste de l’attrait du pays et des opportunités qu’il offre. Ensuite, le Chili dont l’économie est équivalente à celle du Portugal s’impose aujourd’hui comme un pilier de stabilité, ouvert, solide du continent sud-américain et en fait une destination attractive autant pour les investisseurs que pour les exportateurs. 

Ce pays reste cependant singulier par cette tendance à croire qu’il " faut payer pour être libre". Payer pour l’éducation, payer pour des transports entièrement privatisés, payer pour la santé, payer, payer et encore payer comme la bourgeoisie de droite qui a soutenu le régime militaire a su le justifier en contrepartie du soutien de celui-ci par la privatisation globale du système économique et social. C’est sans doute ce qui explique les difficultés rencontrées par la présidente Bachelet à mettre en place son programme ambitieux de réformes notamment dans le domaine de l’éducation. A son actif de grosses avancées mais un projet de réforme de la constitution – visant notamment à permettre une meilleure reconnaissance institutionnelle des peuples autochtones et approfondir la décentralisation de l’Etat – qui est resté au stade d’une large consultation nationale. Le projet de loi relatif à l’avortement thérapeutique qui vient d’être adopté a provoqué un débat national et même au sein de nos élus lors de notre réunion à l’ambassade.  

Pour poursuivre le volet politique j’ai été heureuse de revoir le candidat à la présidentielle Marco Enriquez Ominami, président du parti PRO et échanger sur la campagne présidentielle et législative en cours avec l’universitaire et éditeur Armando Uribe, le député Pepe Auth Stewart et le sénateur Guido Girardi.

   

Revoir aussi une grande dame, Isabel Allende et écouter son analyse sur le développement de son pays avant d’aller me recueillir sur la tombe de son père dans le grand cimetière de Santiago, après être allée au carré des Français qu’administre toujours avec dévouement la société d’entraide.

J’ai aussi beaucoup apprécié la rencontre avec Monique Markowicz, grande défenseuse des droits humains, engagée depuis 1988, date de son retour au Chili. La visite du musée de la Mémoire de Santiago nous rappelle combien ce combat est nécessaire.

Et enfin la rencontre avec le président du PS chilien, Alvaro Elizalde m’a convaincue que le monde est vraiment petit au vu des similitudes des situations !

 

Pour le volet culturel, j’ai visité le lycée Antoine de Saint Exupéry et rencontré les parents d’élèves, les représentants des élèves, les professeurs et l’équipe de direction, en ce jour de rentrée scolaire et de négociation avec la Corporacion. Toujours en compagnie de Jean-Claude Reith, j’ai ensuite rencontré des personnalités du monde culturel avant d’aller à l’Institut Français m’entretenir avec sa dynamique équipe.

Et puis la chaleur de l’accueil dans l’école publique que Tito voulait que je vois a été inversement proportionnelle à la température hivernale extérieure. Le député, le maire, la direction et surtout toute l’école était mobilisée pour un spectacle de danse et de chansons, ponctué de discours. Un vrai plaisir mais surtout l’envie de coopérer pour introduire le français et impliquer notre service culturel à l’avenir auprès de ces enfants. Tito avait raison. On ne peut que les aimer. Dernière touche avant l’aller-retour de 48 heures pour l’île de Pâques un tremblement de terre à deux heures du matin, pour nous rappeler que la terre bouge régulièrement ici.

    

Dernière étape de cette mission à l’autre bout du monde et surtout en hiver au mois d’août : l’île de Pâques. Les Français y représentent la communauté la plus importante, la proximité toute relative de Tahiti l’expliquant. Au centre de ce petit bout de terre de 23 kilomètres de long, connu pour ses statues gigantesques, on trouve une Alliance française, dirigée par Bénédicte Hazard. Son président Juan Edmunds Paoa et son comité font vivre ici la francophonie. Alexandre Bouet assure les cours avec la directrice. Tous nos compatriotes sont engagés dans diverses activités qui va de l’école de plongée, à la défense du monde marin pour Ludovic et à l’accueil touristique pour la majorité. Mais le véritable pilier de cette communauté c’est Liliane Fréchet Teao qui réside sur l’île depuis 33 ans. A la tête d’une fondation, elle fait vivre l’art Rapa Nui après avoir créé l’Alliance Française en 2008. J’ai ramené de notre rencontre un message plein de sagesse : "la vision de la vie est intensifiée quand il y a passion d’une connaissance élargie de l’Homme et de ce qu’il a créé."


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