Vers une fin programmée du Conseil National des Universités ?

Partager cet article

Alors même que seront discutées, aujourd’hui, dans l’hémicycle sénatorial, les conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi de programmation de la recherche pour les années 2021/2030, portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur, de nombreuses sections du Conseil National des Universités, facultés et syndicats ont entamé une grève inédite et illimitée. Malgré le confinement des manifestations ont lieu un peu partout sur notre territoire.

En première lecture, j’avais rédigé un billet au sujet de cette LPR, voici pour mémoire ce que j’en disais :

Les universités se sont également mobilisées contre un sous-amendement déposé par le sénateur LR Stéphane Piednoir qui a provoqué, à raison, la colère de notre collègue communiste Pierre Ouzoulias ainsi que celle du Conseil National des Universités (CNU). En effet, cet article autorise à « déroger pour un ou plusieurs postes à la nécessité d’une qualification des candidats » de la part du CNU. Nous avons apporté tout notre soutien à Pierre Ouzoulias qui déclarait aussi « Si vous enlevez cette gestion nationale des corps au CNU, vous faites tomber la totalité du système de l’enseignement supérieur (…) Si vous videz de sa substance le CNU vous n’avez plus de service national de l’enseignement supérieur ».

Alors aujourd’hui où en sommes-nous ?

Cette disposition, introduite par le groupe Les Républicains au Sénat et – hélas – maintenue par la Commission Mixte Paritaire ôte, dans les faits, tout pouvoir au CNU sur la reconnaissance et la validation des qualifications des enseignants-chercheurs en vue de leur nomination en qualité de maître de conférences et de Professeur au sein des universités. Cette disposition, présentée comme une « expérimentation » pour quatre ans, n’a jamais été présentée ni devant le CNU, ni devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche, ni devant le Conseil d’État. Elle n’a donné lieu à aucune étude d’impact. Elle a suscité l’opposition immédiate du CNU qui rassemble les représentants de toutes les disciplines universitaires. Il considère, à juste titre, que cette disposition met fin au « cadre national de recrutement des enseignants-chercheurs » et parle de « mépris » à l’égard de la « communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche. »


Rappelons que c’est à partir des décisions du CNU et sur la base des compétences par lui reconnues qu’aujourd’hui les universités procèdent à leurs recrutements. Supprimer, de fait, le CNU, c’est rompre avec une politique nationale de l’enseignement supérieur qui conduira à favoriser certaines universités au détriment des autres, et ce au mépris de toute cohérence nationale. Le risque de clientélisme est renforcé. 


L’autonomie des universités doit-elle passer par un chèque en blanc signé au Président de l’Université, actant la dislocation de l’unité du service public universitaire et aggravant nécessairement les inégalités entre Universités ? Je ne le pense pas. En définitive, ceci constitue un scandale dans la droite ligne d’un pouvoir qui veut tout contrôler. Nous assistons, en effet, à une grave dérive autoritaire qui tend à concentrer tous les pouvoirs pour l’application d’une verticalité dans tous les domaines. L’enseignement supérieur n’y échappe pas. 


Partager cet article