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Hélène Conway-Mouret

Hélène Conway-Mouret

Sénatrice des Français de l’étranger

Mon intervention en tant que présidente du jury du Prix Louis Quinio 2020

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Lors de la 33ème rencontre annuelle des Trinômes académiques qui s’est tenue le 17 décembre, j’ai été heureuse de décerner le Prix Louis Quinio 2020, en tant que présidente du jury.  

Je félicite l’ensemble des lauréats et des associations pour leur exceptionnel engagement et leur formidable travail tout au long de l’année, mais aussi les organisateurs qui ont mobilisé tous leurs efforts pour que puisse se tenir avec succès cette cérémonie en visioconférence, dans le contexte sanitaire que nous connaissons. 

Retrouvez ici le lien vers le billet de l’Union-IHEDN et ci-dessous mon allocution. 

***

Mesdames et messieurs les présidents, 

Mesdames et messieurs les candidats, 

Mesdames et messieurs les membres du jury, 

Mesdames et messieurs,

Avant de procéder à la tâche qui me revient de dévoiler les noms des lauréats du Prix Louis Quinio, permettez-moi de vous dire combien je suis honorée de présider son jury pour cette 33ème rencontre nationale des Trinômes académiques. 

La présidente de l’Union-IHEDN, Isabelle Beauvais, a eu raison de rappeler l’ambition qui guidait hier Louis Quinio Pierre Guarrigue dans la création de ces Trinômes.

Plus de 30 ans plus tard, le thème qui a été donné à notre rencontre aujourd’hui, à savoir « l’enseignement de défense autrement », nous montre que si l’acculturation de notre jeunesse aux enjeux de la défense est toujours essentielle, elle doit cependant s’adapter aux profondes mutations que connaît notre monde, justifié dans le titre par le « autrement ». C’est pourquoi je souhaiterais vous en dire quelques mots. 

Enseigner l’esprit de défense autrement, c’est avant toute chose poser les fondements de la citoyenneté.

La jeunesse représente pour nous une priorité et un défi.

Une priorité, car comme l’écrivait Georges Bernanos, « c’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. »

Un défi, car l’enseignement de la défense constitue une étape clef dans le parcours de futurs citoyens conscients et actifs, dans un monde dominé par l’individualisme et un manque croissant de repères. 

Depuis la suspension du service militaire, il incombe à l’école de former les enfants à la citoyenneté et à une meilleure compréhension de la société et des institutions. Mais il revient à la seule « Journée défense et citoyenneté » d’y ajouter l’esprit de défense, sans laquelle cette citoyenneté demeurerait incomplète. 

Enseigner l’esprit de défense autrement, c’est aussi renforcer les liens entre l’armée et la nation.

En 1996, la suspension de l’appel sous les drapeaux et la professionnalisation de l’armée aura pour conséquences de remettre en question le lien organique qui unissait la nation à ses armées et d’éloigner ainsi les citoyens de la culture militaire. 

Depuis lors, les occasions de rencontres entre les deux mondes, civil et militaire, se sont faites plus rares, engendrant une méconnaissance des métiers, des missions, des valeurs et du fonctionnement des armées. 

Pourtant, nos armées se doivent de rester connectées à la nation, tout simplement parce que les premières tirent la légitimité de leur action par l’approbation de la seconde. Pour rappel, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013 précise qu’« il ne peut y avoir de défense et de sécurité efficaces sans l’adhésion de la Nation. Cette adhésion fonde la légitimité des efforts qui leur sont consacrés et garantit la résilience commune » . 

Enseigner l’esprit de défense, c’est également le « premier fondement de la sécurité nationale ».

Avec le temps, les Français se sont quelque peu détachés de l’esprit de défense et une relation distante mais néanmoins confiante s’est nouée entre les citoyens et les forces qui assurent leur sécurité. 

Les nouvelles générations n’ont pas connu la guerre. Elles ont grandi dans une France accoutumée à la paix depuis plus d’un demi-siècle. Ce qui a changé, c’est le type de menaces, devenues à la fois diffuses et permanentes, extérieures et intérieures. Ce qui n’a pas changé, c’est la nécessité d’être « intellectuellement armés pour les contrer », expression que j’emprunte à l’ancien Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale Louis Gautier. 

Il est donc nécessaire que celles-ci s’approprient les questions de défense et en comprennent leurs enjeux, à savoir maintenir la paix tout en défendant les valeurs auxquelles nous sommes attachées. 

Car enseigner l’esprit de défense, c’est finalement promouvoir des valeurs collectives et une certaine conception de la société. 

Ces valeurs, c’étaient le rétablissement de l’État de droit pendant la Seconde guerre mondiale, la lutte contre l’arbitraire pendant la Guerre Froide. Aujourd’hui, ce sont les principes démocratiques et les droits fondamentaux. 

En cela, l’esprit de défense, c’est une conscience des valeurs universelles qui permettent à une société de faire corps. Transmettre cet esprit, c’est former les citoyens en devenir aux droits et aux devoirs de la République ; c’est veiller à ce que nos institutions demeurent solides, reconnues et défendues ; c’est enfin participer directement à la cohésion nationale dont nous avons tant besoin. 

Pour ce faire, l’association de l’ensemble des pouvoirs publics est une condition primordiale. Voilà précisément l’objet des Trinômes académiques.

Nous avons besoin de toutes les sensibilités et de toutes les intelligences. Par le biais de votre engagement et de vos actions, vous participez à renforcer les liens entre deux piliers de la République, l’Éducation et la Défense. 

Je terminerai en citant, une dernière fois, Antoine de Saint-Exupéry, lorsqu’il écrivait que « créer le navire n’est point tisser les voiles, forger les clous, ou lire les astres, mais bien donner le goût de la mer. » C’est ce que fait chacun d’entre vous : donner le goût de la défense à nos enseignants, nos élèves et nos étudiants. Je tiens tout particulièrement à saluer votre engagement et votre dévouement. 

*

C’est dans cet esprit que je suis donc heureuse de vous présenter maintenant les trois Premiers Prix ainsi que les Prix du Jury, et je puis vous assurer que chacun de ces projets a retenu notre plus grande attention et a rendu notre délibération longue et difficile. 

Le Premier Prix revient à Nouméa (l’AR 32 Nouvelle-Calédonie), pour l’éventail aussi riche que complet de ses actions, et notamment pour l’organisation de l’unique première phase du Service national universel, tenu en 2020 sur un territoire français. 

Le Deuxième Prix revient à Toulouse (l’AR 19 Occitanie-Pyrénées), pour la mise en place de 6 stages dans l’année, dans divers lieux durant les vacances scolaires, au profit de jeunes de 12 à 17 ans, issus de quartiers ou de familles défavorisées. 

Le Troisième Prix revient à Bordeaux (l’AR 1 Aquitaine), pour le développement d’un module de formation « défense et sécurité », destiné aux étudiants et jeunes ingénieurs. 

Les trois Prix du Jury ont été accordés à :

–       Grenoble (l’AR 8 Dauphiné-Savoie), pour son colloque sur l’identité et les manières de l’art français de la guerre ;

–       Aix-Marseille (l’AR 9 Provence), pour son colloque sur le thème des « femmes militaires / femmes de militaires : quelle place les armées leur font-elles ? » ;

–       Et Amiens (l’AR 24 Picardie), pour son séminaire à destination d’élèves, étudiants, professeurs et personnels de direction sur le thème « s’engager pour les valeurs de la République à travers le service national universel »

Je souhaiterai aussi féliciter La Réunion, pour son exposition destinée à mettre en valeur l’action des Trinômes académiques depuis 30 ans. 

Je vous remercie toutes et tous, vous qui portez des projets tous aussi intéressants qu’innovants, animés par un désir d’apprendre, de comprendre et de transmettre. 


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