Mon intervention au Conseil d’administration de l’AEFE

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J’ai souhaité intervenir par un propos liminaire pour mon retour au sein du conseil d’administration de l’AEFE. Je n’ai jamais caché mon attachement à ce beau réseau d’enseignement français à l’étranger.  Je souhaiterais prendre quelques minutes pour mettre en valeur certaines problématiques connues dans le réseau. Cela nous permettrait d’avancer collectivement et d’engager de nouvelles pistes de réflexion. Après une large consultation avec nos conseillers des Français de l’étranger, à laquelle j’ajoute de nombreuses visites dans nos établissements à l’étranger, je souhaiterais aborder les difficultés concrètes existantes dans nos écoles.

Le problème principal concerne la hausse des frais de scolarité qui pèse sur les familles.

De nombreux parents ne bénéficient pas du système de bourse. Cette hausse des frais concerne les huit établissements de la circonscription Aragon Catalogne Baleares et notamment le lycée français de Barcelone mais aussi le lycée français de Lisbonne, le lycée Pasteur de Bogota, le lycée français de Prague,  le lycée français de Vienne et le lycée français de Pondichéry.

Certains lycées comme celui  de Ho Chi Minh dénonce également des frais de gestion en augmentation, décision peu compréhensible alors que le lycée présente un bilan financier excédentaire et une trésorerie de plus de 4 millions d’euros. Deux enfants ont été radiés pour impayés alors même qu’ils disposent d’une bourse à 80%, toutes les demandes de remise gracieuse ayant été refusées.

 

Enfin, concernant la politique d’aide à la scolarité des bourses, au lycée Xavier international de Séoul, toutes les demandes de bourses des enfants en classes non homologuées ont été refusées alors que les dossiers des 6 enfants concernés avaient reçu un avis favorable lors du conseil consulaire d’octobre. Cela laisse les familles qui ne sont pas dans la capacité de payer la totalité des frais de scolarité dans une situation de profonde détresse.

Au lycée français international d’Agadir, chaque bourse d’entretien, dédiée aux achats de rentrée scolairearrive trop tardivement à la fin du mois d’octobre, ce qui ne répond pas à la logique d’aide pour débuter la scolarité à égalité avec tous les élèves. Les enfants bénéficiaires de cette bourse font pour la plupart, leur rentrée sans matériel scolaire et vêtement neuf… A l’inverse, le barème des bourses permet à des familles de bénéficier de bourses alors qu’elles payent un loyer très élevé pour des villas parfois très luxueuses.

 

Pour les établissements à Saint Domingue et las Terrenas, les règles d’attribution des aides au transport scolaire dans la cadre des bourses scolaires excluent explicitement les transports qui ne soient pas collectifs. L’application de cette règle pose une difficulté importante dans des villes comme Saint Domingue sans alternative aux transports privés pour des raisons de mauvaise desserte, voire d’absence de service de qualité et de sécurité. Les familles des élèves ne prennent pas le risques d’entasser leurs enfants dans des camionnettes qui roulent portes ouvertes avec 15/20 passagers entassés, ce qui est la réalité du transport public ici, hors des avenues desservies par le métro. Au Chili, de nombreux dossiers de demande de bourse sont toujours en attente de traitement, et met en lumière le nombre très important de dossiers de demandes ajournées ou refusées de renouvellement de bourses. Cette année, vu les restrictions sanitaires dues à la pandémie, les familles n’ont pas pu bénéficier de l’accompagnement du service social au travers des rendez-vous durant lesquels elles sont habituellement aidées dans la constitution de leur dossier. Ceci explique le manque de documents à fournir.

La deuxième problématique porte sur des projets immobiliers qui reposent principalement sur la participation financière des familles.  Alors que les parents paient des frais de scolarité en hausse, ils ne comprennent pas ne pas être associés aux décisions des projets immobiliers. Au lycée français de Prague, la confiance semble être rompue avec les parents par manque de contrôle local du projet immobilier. A Lisbonne, le projet immobilier a pour conséquence la hausse des frais de scolarité (6% pendant 5 ans) et implique l’effort financier des familles. Au lycée français de Berlin, le bâtiment est très délabré (pluie dans les classes, toilettes qui ne fonctionnent pas).

A l’école Cousteau à Vancouver, les enseignants font face à  la possible réquisition de l’école par la municipalité. Au lycée français de Belgrade, un projet inapproprié d’établissement dans une écurie à proximité d’une autoroute dans un terrain inondable est à l’étude. Aux Émirats, l’augmentation du nombre d’élèves pose la question de l’extension des établissements.

La troisième problématique repose sur le manque de professeurs suffisamment formés dans certains lycées. Au lycée français de Prague, dans certaines matières comme l’informatique ou l’économie, il est difficile de recruter localement des professeurs avec les certifications requis. Au lycée Pasteur de Bogota, la crise de gouvernance s’est traduite par la signature de deux pétitions pour que les parents puissent être entendus par le Proviseur. Les établissements à Saint Domingue et las Terrenas ont beaucoup de mal à recruter du personnel local de qualité, la réduction du nombre d’enseignants du fait de la réduction de la carte des résidents pose problème pour ces pays qui ont un très petit vivier d’enseignants au niveau local.

Au lycée Français de Djibouti, l’indemnité spécifique de vie locale est peu élevée par rapport au niveau de vie à Djibouti. Ceci impacte également le recrutement des résidents qui ne trouvent pas des postes assez attractifs.

Au lycée français de Montréal, le nombre de postes de résidents et d’expatriés diminuent, la charge des professeurs est en hausse face à l’augmentation du nombre d’élèves par classe. A l’école Cousteau à Vancouver, les enseignants ont la plus grande difficulté pour obtenir leurs certificats pour enseigner.  Au lycée français à Ottawa, il est de plus en plus difficile de trouver des candidats qualifiés en raison des besoins en France et de la concurrence au sein du réseau à laquelle s’ajoute celle des systèmes éducatifs locaux, très attractifs. Il est évident que l’ouverture des établissements partenaires et le doublement des effectifs font appel au vivier local de professeurs qualifiés.

La quatrième problématique concerne la prise en charge des AEHS. Cette prise en charge arrive souvent trop tardivement pour certaines familles qui ont du mal à avancer les frais de scolarité (parfois un an après avoir payé leurs salariés). Au Japon, les familles ont eu de grandes difficultés à reconnaitre le handicap d’un enfant par la Maison départementale des personnes handicapées, le nombre de famille souhaitant saisir la MDPH étant en progression. A Oman, les professeurs sont trop peu formés, et les aides financières peu suffisantes, de nombreux parents à besoins spéciaux ne prennent pas la peine de les réclamer et déscolarisent alors leurs enfants.

Enfin, dernier point, de nombreux lycées comme à Toronto ou à Montréal sont inquiets d’un possible report des épreuves du Baccalauréat si une nouvelle vague devait frapper le Canada en juin prochain. Ce report l’année dernière a pénalisé de nombreux élèves, évoluant dans un environnement parfois plus anglophone que francophone pendant l’été. Alors que des propositions avaient été faites pour que les épreuves se tiennent en juin, le report de juin à septembre, annoncé au dernier moment, a généré un profond sentiment d’iniquité, les notes obtenues en attestent. Il faudra anticiper l’été prochain afin que les décrets sortent en amont.


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