Colloque annuel de la pensée militaire organisé par le Commandement du combat du futur et intitulé « 2030, l’armée de la victoire »

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J’ai assisté au colloque annuel de la pensée militaire, organisé par le Commandement du combat du futur (CCF) à l’École militaire, intitulé « 2030, l’armée de la victoire ».

Les échanges ont mis en lumière un élément central : les conflits à venir ne seront pas uniquement militaires, mais également économiques, industriels et énergétiques.

Après une introduction par le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat du futur, la première table ronde a réuni Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration de Renault Group, Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales, le général de corps d’armée (2S) Pierre Gillet et l’ingénieur général de l’armement Walter Arnaud.

Jean-Dominique Senard a souligné que les guerres du futur pourraient être avant tout des guerres des matières premières. L’accès à une énergie abondante, décarbonée et compétitive constitue, selon lui, une condition essentielle pour renforcer notre souveraineté industrielle.

Thomas Gomart a alerté sur le décalage entre les diagnostics stratégiques et la prise de conscience collective. Alors même que le point n°7 de Revue nationale stratégique de 2025 évoque un « risque particulièrement élevé d’une guerre majeure de haute intensité en dehors du territoire national en Europe qui impliquerait la France et ses alliés – en particulier européens – à l’horizon 2030 », tous les acteurs ne mesurent pas encore pleinement l’ampleur du choc à venir. Il a ainsi posé une question clef : comment accélérer la préparation de notre appareil productif ?

Le général Pierre Gillet a approfondi la réflexion autour de l’économie de guerre, notion encore insuffisamment définie. Celle-ci repose sur plusieurs piliers structurants : le lien entre l’armée et la nation, la sécurisation des approvisionnements et des ressources, ainsi que le passage d’une logique de stocks à une logique de flux. Il a souligné un paradoxe majeur : alors même que la France et l’Europe ne souhaitent pas entrer en guerre, elles doivent malgré tout penser l’économie de guerre qui se prépare sur le temps long (entre cinq et dix ans).

Enfin, Walter Arnaud a insisté sur la nécessité pour la France de disposer d’un corps d’armée pleinement opérationnel. Cette capacité permet de se maintenir dans un cercle restreint d’États capables de planifier, de conduire et de soutenir des opérations d’envergure et de longue durée – en autonomie ou en coalition – et d’offrir ainsi au pouvoir politique de véritables options stratégiques.

Les travaux ont ainsi convergé vers une conviction forte : pour faire face aux conflits de haute intensité, l’armée de Terre dispose déjà d’atouts solides — organisation éprouvée, capacités opérationnelles crédibles et engagement des femmes et des hommes qui la composent. Mais ces atouts doivent s’inscrire dans un modèle cohérent, capable de répondre aux exigences d’un environnement stratégique durablement dégradé.

Le programme du colloque a alterné entre réflexions stratégiques et mise en situation concrète à travers un exercice de « wargame » et a été clôturé par l’allocution du chef d’état-major de l’armée de Terre Pierre Schill.

Crédit photos : Ministère des armées / Armée de Terre

 


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