Je me suis rendue sur le site parisien de Naval Group, à la rencontre de Pierre-Éric Pommellet, directeur général, et de Guillaume Rochard, directeur de la stratégie, des partenariats et des affaires institutionnelles.
La Marine nationale traverse actuellement une phase de renouvellement particulièrement intense de ses grandes composantes :
- Le programme de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de troisième génération, avec le SNLE « Invincible », engage Naval Group sur des développements critiques. Premier des quatre futurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G) de la Marine nationale, déjà en construction sur le site de Naval Group à Cherbourg, L’Invincible doit rallier la flotte à l’horizon 2036.
- Le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) « France Libre » sera, lors de sa mise en service prévue en 2038, le plus grand bâtiment de guerre d’Europe. Appelé à succéder au Charles de Gaulle, ce programme, voulu par le Président de la République, représente un défi technologique et industriel majeur que seules quelques nations sont capables de relever. Il mobilisera près de 800 entreprises et l’ensemble des savoir-faire nationaux : architecture navale, systèmes de combat, numérique et cyberdéfense, moyens de communication, propulsion nucléaire, aviation embarquée, capteurs et armement.
- Les quatrième et cinquième frégates de défense et d’intervention, construites sur le site de Naval Group à Lorient.
Au-delà des volumes, la question centrale demeure celle de la disponibilité opérationnelle et de la préservation de compétences humaines et industrielles. La Marine nationale se distingue par sa capacité à maintenir ses bâtiments en condition opérationnelle, ce qui constitue un avantage stratégique déterminant.
L’un des défis majeurs du naval militaire réside dans la conciliation entre des cycles de production longs et la nécessité d’intégrer des innovations rapides. Les bâtiments doivent être conçus pour évoluer tout au long de leur vie, afin d’intégrer des ruptures technologiques.
La filière navale française repose sur un tissu industriel dense et structuré, notamment organisée au sein du GICAN qui fédère 350 adhérents. Dans ce contexte, Naval Group s’inscrit dans une démarche proactive : accompagnement de 400 entreprises partenaires sur les enjeux de cybersécurité, prises de participation dans des entreprises stratégiques et mobilisation d’acteurs innovants.
Depuis 2019, Naval Group a profondément transformé son positionnement à l’export. Aujourd’hui, la majeure partie de ses clients sont européens. Les coopérations se multiplient :
- Avec l’Italie, avec la rénovation des frégates de défense aérienne Horizon et la modernisation à mi-vie des frégates multi-missions (Fremm) ;
- Avec la Grèce, avec la commande d’une quatrième frégate de défense et d’intervention (FDI) ;
- Ou encore avec les Pays-Bas, avec la commande de torpilles F21 Mk2.
L’industrie navale française apparaît aujourd’hui comme un pilier robuste de notre autonomie stratégique, capable de répondre aux exigences opérationnelles les plus élevées tout en s’adaptant aux mutations du contexte international. Elle repose sur un équilibre entre excellence technologique, ancrage territorial et ouverture européenne. Sa capacité à relever les défis budgétaires, industriels et technologiques déterminera, dans les années à venir, le maintien de la France parmi les grandes puissances maritimes mondiales.

