Mon déplacement à Rome et ma participation à un cycle de réunions organisé par la Munich Security Conference

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Suite à l’invitation de la Munich Security Conference dans le cadre du cycle de tables-rondes sur la défense européenne, se déroulant plusieurs fois par an dans les grandes capitales de notre continent, j’ai participé à Rome à une réunion rassemblant une trentaine de personnalités politiques, militaires et académiques d’Allemagne, de France, d’Italie, de Pologne et du Royaume-Uni (format E5).

Trois grandes questions ont été abordées lors de cette session :

  • Comment l’E5 et d’autres coalitions peuvent-ils aider l’Europe à mieux s’organiser politiquement et institutionnellement ?
  • Comment mettre concrètement en œuvre une approche de défense à 360°, compte tenu des différents flancs et menaces auxquels l’Europe est confrontée ?
  • Quelles conséquences cette évolution doit-elle avoir pour la coopération industrielle européenne de défense ?

Après deux tables-rondes consacrées à l’organisation du commandement dans le domaine de la défense européenne, puis à la gestion des crises de sécurité interdépendantes en Europe, j’ai participé à la session du soir durant laquelle j’ai mis en évidence la nécessité pour l’Europe de passer d’une logique de « failing forward » à une logique de « winning forward » afin de préserver durablement ses intérêts, ses valeurs démocratiques et son modèle de société. J’en retiens un certain nombre de points :

1. Renforcement de la défense européenne.
L’Europe dispose d’atouts majeurs – capacités financières, excellence scientifique, technologique et industrielle – mais doit davantage les mobiliser au service de sa sécurité. L’enjeu consiste à concilier la réponse aux besoins opérationnels immédiats avec la constitution d’une base industrielle et technologique de défense européenne robuste et pérenne.

2. Consolidation de la base industrielle et technologique de défense.
Les investissements de défense doivent contribuer davantage à l’innovation, à l’emploi et à la croissance en Europe. Une attention particulière doit être portée au maintien des compétences et à l’attractivité des carrières scientifiques et technologiques, afin d’éviter la fuite des talents européens vers d’autres économies.

3. Prise en compte de la guerre hybride.
Les États européens font désormais face à des cyberattaques, campagnes de désinformation, actes de sabotage et ingérences. Ces actions, souvent situées sous le seuil susceptible de provoquer une réponse militaire, peuvent néanmoins fragiliser significativement la cohésion et la stabilité des sociétés européennes.

4. Renseignement et technologies stratégiques.
Le renforcement des capacités nationales de renseignement et de leur coopération apparaît indispensable. Des investissements significatifs doivent également être consacrés au cyber, à l’intelligence artificielle et au spatial, qui constituent désormais des domaines essentiels de la sécurité européenne.

5. Coopérations européennes d’armement.
Les difficultés rencontrées par certains programmes, notamment le FCAS/SCAF et le MGCS, montrent que la volonté politique ne suffit pas à assurer le succès d’une coopération. Les futurs programmes devront reposer sur des besoins opérationnels clairement définis et partagés dès leur conception.

6. Gouvernance des programmes.
Une véritable coopération européenne ne saurait être limitée à deux États lorsque d’autres partenaires disposent de capacités ou de besoins pertinents. Des mécanismes de suivi politique et parlementaire devraient permettre d’évaluer régulièrement l’avancement des programmes et de prévenir les différends industriels susceptibles de se transformer en tensions politiques.

7. Mobilité militaire.
La capacité à déplacer rapidement les forces et les équipements constitue une condition essentielle de la crédibilité de la défense européenne. Les difficultés rencontrées lors de certains déploiements démontrent la nécessité de renforcer les infrastructures, les capacités logistiques et les procédures de circulation militaire. L’objectif doit être de permettre des mouvements en quelques jours, et non en plusieurs mois.

8. Résilience des sociétés européennes.
La résilience des populations doit être considérée comme une composante à part entière de la défense. La lutte contre la désinformation et la propagande doit être renforcée tout en préservant la liberté d’expression. La sensibilisation de la jeunesse aux enjeux de sécurité et de défense constitue également un enjeu de long terme.

9. Préparation aux crises.
L’Europe doit enfin renforcer sa capacité à anticiper les conséquences d’une crise majeure : mouvements de populations, continuité des approvisionnements alimentaires et énergétiques, constitution de réserves stratégiques et protection des infrastructures essentielles.

Marquée par le discours du ministre italien de la défense, Guido Crosetto, cette journée de réunion a confirmé la nécessité d’une approche globale de la sécurité européenne, associant capacités militaires, autonomie industrielle et technologique, renseignement, cyberdéfense, mobilité militaire et résilience des populations. L’Europe dispose des ressources nécessaires pour relever ce défi ; l’enjeu réside désormais dans sa capacité à transformer ces atouts en capacités opérationnelles concrètes, dans un cadre de coopération européenne plus efficace, et se faisant d’avoir le courage de défendre ses intérêts.

En marge de cette conférence, j’ai échangé avec l’ambassadrice de France en Italie, Anne-Marie Descôtes, avant de retrouver plusieurs membres de la section Français du Monde à Rome : Claire Buob, sa présidente, Mathilde, Nicoletta, Nicolas ainsi que Gaëlle Barré et Olivier Spiesser, tous deux conseillers des Français de l’étranger pour l’Italie du Sud.


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